dimanche 15 avril 2018

"Soleil plouc", de Laurent Bouisset


Publié par les Éditions "Le Pédalo ivre", "Soleil plouc" est le deuxième livre de Laurent Bouisset.

Le premier, je le connais bien, l'ayant édité à l'enseigne du Citron Gare.

Alors, commençons par dire quelque chose de simple et d'imprécis : "Soleil plouc" se situe dans la continuité, et en même temps, constitue une évolution, par rapport à "Dévore l'attente".

En effet, le lecteur y trouve ce qui fait l'originalité de l'écriture de Laurent Bouisset.

Un côté énervé, célinien (avec tout de même quelques points d’exclamation, des caractères en italique ou en majuscules, des points de suspension, marquant des changements d'intensité).

La différence avec Céline (pour citer cette référence d'ordre général), c'est qu'il y a là le vrai souci de l'humanité souffrante, son obsession même, et une lucidité constante par rapport à son impuissance à changer les choses.

En ce sens, "Soleil plouc" reprend "Dévore l'attente", là où il l'avait laissé.

Les poèmes, ici, digèrent davantage leur révolte, le temps aidant, devenant plus lyriques et adoptant un sourire lucide et lumineux qui vient sans doute de l'Amérique latine. 

Ces poèmes donnent aussi plus dans l'humour. Ils trouvent surtout leur format naturel, leur respiration évidente, je devrais peut-être dire, leur "souffle". Cette manière de commencer à raconter une histoire en vers, puis de digresser. Et plus des mots sont ajoutés, plus l'auteur semble en retrancher, comme s'il cherchait à retenir une vérité, avant qu'elle ne s'échappe malgré tout. 

Il faut préciser aussi que Laurent Bouisset pratique avec aisance la lecture orale, la performance, et donc il sait rythmer ses poèmes, les faire progresser, si la nécessité de leur développement est là (car à l'inverse, certains poèmes dans "Soleil plouc" sont très courts).

Extrait de "Soleil plouc", "Un sourire vrai" :

                              " Pour mes amis guatémaltèques

valeur entière à ce cliché
ce lent cliché que mentalement
du grand volcan
je suis en train de développer
parce que justement : il n'a rien d'immortel
l'impression essaimée par mes seuls yeux
aura la beauté d'être brève
et détachée du lieu bientôt

déjà je vois que se retire
un petit gant de brume molle
des hauteurs apaisées du grand cratère

déjà j'entends couler de l'eau
et je le découvre volatil, le caféier

mouillée de nuit cette prairie impertubable
dont l'herbe fuit,
les arbres courent et le vert sombre...

au bord sans bruit de disparaître
ou de rêver...
un cheval brun discret attend...

pour n'avoir rien voulu garder de ce tableau
pour avoir oublié le mot vouloir sur un caillou
j'ai regardé ma vie sans haine
j'ai goûté l'heure obscure intensément

debout, seul
égaré de mes projets

face au silence assis
du géant rocailleux en arrière-plan
qui sans peine aurait pu
me terrasser de suffisance
mais préférait, je crois
régner sas morgue
massif et léger face au temps

un peu de pluie chaude approchait, je me souviens...
ou je croirai m'en souvenir un jour, faible nuance...

alors j'ai semé pour conclure
un sourire vrai dans la terre calme
avant d'emprunter le chemin du soir
allégé d'un volcan entier et le pas lent"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Soleil plouc", de Laurent Bouisset, qui est vendu au prix de 10 € (+ 3 € de frais de port si achat par correspondance), rendez-vous sur le site de l'éditeur (le Pédalo ivre) : http://www.lepedaloivre.fr

mercredi 11 avril 2018

"Sang & diesel" et "Chute de fiel", de Morgan Riet

Publiés par les Éditions Gros Textes, "Sang & diesel" et "Chute de fiel", de Morgan Riet, sont deux recueils indépendants, réunis en un seul volume par le même éditeur.

L'un est illustré en couleurs par Chantal Godé-Victor ("Sang & diesel") et l'autre est illustré en noir et blanc par Matt Mahlen ("Chute de fiel"), les deux textes étant imprimés l'un à l'envers de l'autre, et constituant les deux faces d'un même livre.

"Sang & diesel" regroupe des poèmes routiers, impressions traduites en vers par le poète, lorsqu'il conduit sa voiture, surtout pour aller et revenir du travail. Il y est question de ronds-points, de paysages, d'embouteillage, d'accident.

"Chute de fiel" regroupe, toujours écrits en vers libres, quelques attaques bien senties contre des archétypes de poètes qui se prennent pour des (h)auteurs. Et là, je ris ! Cela peut d'ailleurs aussi concerner l'auteur de ces textes lui-même, qui se piège parfois, sans le vouloir.

À mes yeux, un point commun existe entre ces deux recueils, qui montrent une même méfiance vis à vis de la chose naturellement poétique, car volontiers coupée du monde réel. Ce cliché de poète adepte de l'art pour l'art.

Ainsi, Morgan Riet met la distance et l'humour avec ces choses qui devraient être obligatoirement ressenties par un poète normal, comme lorsqu'il écrit que les "sanglots longs des violons" ne sont pas qu'une question d'automne, par exemple.

Le style de l'auteur, assez aisément reconnaissable, est la signature de cette distance prise avec le lyrisme "classique".

Bien sûr, l'écriture demeure poétique, mais elle aime couper ses vers, quand ils sont pris par des élans trop étirés, et en appelle à la précision des micro-effets poétiques, bref à une sorte de taille dans le maigre.

La préface de "Chute de fiel" est signée Vincent Motard-Avargues.

Extrait de "Sang & diesel", de Morgan Riet :

"Ellipse vespérale

Collée à un phare
de la voiture,
une aile de papillon.

Calée
contre l'instant,
cette échelle

par où elle monte, 
masquée par le gaz

d'échappement
d'un sourire,
                     l'angoisse."

Extrait de "Chute de fiel" :

"Calimero

Ah ! la fraternité
entre poètes !
C'est curieux,
c'est étrange
comme cette notion
soudain se vide
de toute sa substance,
lorsqu'il t'arrive
parfois
de poser un œil,
comme ça, 
morne sur les bords
de tes piles d'invendus...

Oui
c'est vrai,
c'est un faix,
mon pauvre
Calimero,
mais,
en même temps,
si l'on se penche bien
sur la chose :
quelle fratrie fidèle,
quels lecteurs mordus,
tous ces grains de poussière !
non ?"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Sang & diesel" et "Chute de fiel", de Morgan Riet, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

mardi 10 avril 2018

"Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel

Publié par les Éditions Tarmac, "Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel, est une évocation "en tous sens" des chambres d'hôtel, sous forme de nouvelle : tout ce qu'on y trouve, dans ces chambres, l'ensemble étant énuméré avec minutie.

Je précise que cette évocation descriptive n'est pas un catalogue touristique des plus belles chambres des plus beaux hôtels de la planète. Sont au contraire énumérés des preuves de la misère, du passage d'individus peu recommandables (prostituées, politiques).

À cette évocation descriptive se superposent les souvenirs plus personnels de Jean Azarel : hommage à des personnes "rock and roll" rencontrées, souffrantes et disparues : Jimbo, Estrella. H, Philippe D.
C'est ainsi le résumé de toute une vie de voyages et d'errances.
Nostalgie d'époques disparues.

Ce n'est pas parce que les choses sont parfois pouilleuses, qu'on ne les aime pas, à l'image de ces chambres d'hôtel déshéritées.

"Trans'Hôtel Express" constitue l'amplification poétique de ce paradoxe humain.

Extrait de "Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel :

"Dans les salons blafards où je sommeillais entre deux trains, des coups de feu suivis de cris trouaient parfois le silence du bout des voies, là où l'enchevêtrement des rails, l'odeur de rouille mêlée à celle de pisse, imposent la loi des marges. Visage collé à la vitre des chambres d'hôtel sans âme, nez aplati contre le verre froid, rongé par l'abstinence, j'arrivais encore à extirper de la poésie dans l'expression de la misère."

La photographie de couverture est de Louise Imagine.

En outre, le livre est accompagné d'un CD audio qui regroupe de larges extraits du livre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Trans'Hôtel Express", de Jean Azarel, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur (Tarmac) : http://www.tarmaceditions.com

lundi 9 avril 2018

"Passe en caisse", d'Elsa Hieramente


Publié par les Éditions Gros Textes, "Passe en caisse", d'Elsa Hieramente, est avant tout de la poésie souple et légère.

C'est ce qui saute aux yeux du lecteur que je suis et c'est une constante qui demeure vraie pendant tout le recueil.

Quand je dis "légère", ce n'est pas dans le sens de la musique "légère", quelque chose qui serait juste un délassement superficiel. Non, je parle plutôt de la légèreté des corps faits pour la danse, qui ne s'attardent pas sur la pesanteur.

Je parle aussi d'un monde qui se joue de ses dimensions, où l'immense est rejoint par le petit. Telle l'image de couverture d'Elsa Hieramente elle-même...

Les vers libres de ces poèmes sont courts. Il y a des jeux de mots dedans parfois, et surtout, le lecteur ne sait pas à l'avance ce qui va se mettre en travers de ses yeux.

Et l'on glisse dans la rapidité de cette écriture comme sur une piste de danse aérienne. Si bien que rien ne paraît jamais grave, dans ces poèmes, même quand ça l'est.
En tout cas, ici, tout passe, comme les pensées plus ou moins heureuses.

Extrait de "Passe en caisse", d'Elsa Hieramente :

"je vis maintenant
dans un château

mes cheveux fous s'envolent
par dessus la muraille

j'aime les robes décidément rouges
et du haut de ma tour
les poules n'ont pas d'ailes
cela ne change rien
et je te remercie

j'aime toujours les saisons

j'aime toutes les saisons
pourvu qu'elles ne durent pas

c'est peut-être un arbre
ou peut-être pas
qui cache la forêt

je vis maintenant
dans un château
je n'y tiens pas

les poules s'en fichent
pas moi

les robes se froissent
moi pas"

La postface est de Laurence Vielle.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Passe en caisse", d'Elsa Hieramente, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur (Gros Textes) : https://sites.google.com/site/grostextes/

samedi 7 avril 2018

"Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot


Publié par les Éditions Gros Textes, "Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot est sous-titré "Carnet de notes littéraires et turbulences".

Il s'agit d'un recueil de fragments plus ou moins courts, et que j’appellerais volontiers, pour ma part, des moralités ou (im)moralités.

C'est ce qui distingue ces textes de la plupart des aphorismes que j'ai l'occasion de lire. Il ne s'agit pas seulement ici de raccourcis saisissants qui démontrent un sens de l'observation affiné. Il ne s'agit pas non plus seulement de jeux de mots.

Non, dans ses textes, Cyril C. Sarot ne refuse pas de prendre parti, de faire preuve d'impertinence et d'humour, sans pour autant se cantonner à des traits d'esprit, car c'est plus sérieux que ça.

C'est le cas, par exemple, lorsque cet auteur, se moque des poses que l'on trouvé habituellement chez les (h)auteurs pas que "professionnels".

Il y a de ce fait, et par hasard, communauté d'esprit avec ce que j'ai pu écrire dans les éditos de "Traction-brabant".

J'ai bien aimé aussi, dans ce livre, la précision et la richesse de l'écriture, qui reflètent la multiplicité des centres d'intérêt de Cyril C. Sarot, qui ne parle pas que d'écriture !

De plus, ces notes littéraires, si elles sont rangées par chapitres, ne sont pas classées ensemble par thèmes convergents, ce qui va aussi à l'encontre de ce qui se trouve dans la plupart des livres, dans lesquels l'ordre des petits soldats règne.

À cet égard, les titres des chapitres sont aussi amusants, car ils ne constituent qu'un résumé, certes précis, de leur contenu.

Par exemple, "Notes sur le fair play des pâquerettes et l'ordre impérieux des choses", ou "Notes sur le selfie-mitrailleur et les reflets des vitrines".

Extraits de "Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot :

"Le bruit de chaque bouteille venant se fracasser sur les autres lui évoque un cœur brisé. Le passage au container à verre est un moment déchirant pour l'âme sensible."

"Un magazine littéraire. La photo d'un écrivain de face, absorbé, profond, pensif, dans une pose à la Rodin. Quelques pages en suivant la photo d'un autre, légèrement de profil, méditatif, le regard lointain, comme porté par la force de sa pensée, pénétrante et inspirée. Cliché, cliché, cliché ! Voit-on vraiment dans ces postures l'image projetée de l'écriture ? Je doute que ces lieux communs de l'écrivain plaident réellement en sa faveur, lui dont on attend plutôt - ou plutôt dont on devrait attendre - qu'il se départisse des postures et des rôles pour aller au-devant de lui-même, de sa liberté, de sa singularité, de sa solitude."

"Quand je n'ai eu aucun mal à écrire un fragment, j'ai le sentiment étouffant d'avoir trahi quelque chose, que ce que je viens d'écrire est mauvais, le résultat d'une aisance dangereuse et suspecte, sournoisement piégeuse, comme si seuls la difficulté et l'effort étaient aptes à me préserver de moi-même, de mes manques, de mes limites."

"Je ne souhaite la mort de personne, pas même de mon pire ennemi. Je voudrais juste qu'il disparaisse de la surface de la terre, rien de plus."

La photo de couverture est de Nicolas Anglade.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Juste qu'on peut vivre", de Cyril C. Sarot, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur (Gros Textes) : https://sites.google.com/site/grostextes/

lundi 2 avril 2018

"La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales


Publié par les Éditions de la Boucherie littéraire, dans la collection "Sur le billot", "La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales, semble être un livre de poète maudit.

Je fais exprès d'utiliser ce terme fort, peut-être galvaudé, mais qui, du point de vue du contenu de ce livre, me paraît justifié.

Je ne sais pas si c'est l'auteur qui l'est (maudit), en tout cas, son personnage, qui dit "je", vit mal son présent.

Il faut dire qu'il n'a pas l'air d'être terrible, ce présent.

Tour à tour échappé dans une errance automobile ou immergé dans la solitude d'une ville inhumaine, peut-être dans une chambre d'hôtel, ce "je" ne trouve pas le sommeil et se cogne la tête contre les murs à chaque instant.

En tout cas, cette poésie, très imagée, claque à chaque vers. D'où l'image de "se cogner la tête contre les murs".

Chaque vers semble être justement une vague (déferlante) qui se brise contre un mur et ensuite, il n'y a plus qu'à repartir à zéro.

Cette impression vient aussi du fait que les strophes de ces poèmes en vers libres sont très courtes, parfois réduites à un seul vers, voire à une seule phrase.
Les vers aux aussi sont courts, comme coupés au couteau. Normal, me direz-vous, si l'on est édité à la Boucherie littéraire !...

Il n'y a pas de progression dans ce livre, encore moins de progrès. Ce qui ne me dérange pas, en tant que lecteur. Mais le réflexe naturel serait d'espérer que la situation s'améliore au fil des pages. Au lieu de ça, c'est peut-être la mort qui vient à la fin, et puis non...

Bref, pour une fois, voilà un livre qui ne fait pas dans l'intimisme, ou alors, c'est de l'intimisme grave.

Extrait de "La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales :

"j'ai quitté mon visage
dans les profondeurs d'un évier

aucune issue
ni trace de l'autre rive

il me reste une reprise
à supporter
et les coups bas de l'enfance


un ciel gris m’envahit les poumons

je m'aiguise les poignets sur le tranchant du
couloir
et proclame mes blessures
grandes ouvertes

je tourne en rond sur le matelas
drapé de bile
sans camisole de rechange

le vent siffle
un air de condamné

je me retourne encore une fois
et lève mon silence à ta santé"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "La rotation du cuivre", de Nicolas Gonzales, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible, sur commande, dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

"cOsmOésia", de Christophe Dekerpel


Avec "cOsmOésia", Christophe Dekerpel nous ouvre à autre chose (que l'habituel) en poésie.

Est-ce parce qu'il vit en Picardie, patrie d'adoption de Jules Verne, le romancier d'anticipation pas que pour les enfants, et de Pierre Garnier, le créateur de la poésie spatialiste ?

En tout cas, avec ce livre publié par les Éditions de la Chouette Imprévue, l'auteur nous convie à croiser la poésie avec la science et l'expérimentation des mots éclatés en tous sens sur la page.

Ainsi, certains des textes publiés ici, comme l'explique les "notes explicatives" de la fin du livre, formalisent ou illustrent certains thèmes scientifiques. Par exemple, lorsque le poème sur la page se décline en plusieurs dimensions, un poème pouvant en cacher un autre, décliné dans des couleurs de caractères différentes.

On soulignera, au passage, la mise en page exigeante que nécessite le déploiement de ces poèmes.

Quant au style de "cOsmOésia", il possède le souffle d'un rapport de nature mystique qui unit l’homme, resté sur terre, aux étoiles situées à une distance si éloignée que seuls les mots peuvent la raccourcir.

Ainsi, ces poèmes peuvent-ils aussi bien s'adresser à une étoile qu'à un être humain.

Extrait de "cOsmOésia", de Christophe Dekerpel :

" J'ai parcouru les univers possibles,
Créés dans la justesse absolue
J'ai parcouru les lois de l'équilibre parfait
Fragile dans ses fondements.
Extraordinaire dans sa précision

Je t'y ai cherché
Mais tu restes invisible, je ne peux encore te voir
Peut-être te caches-tu dans les dimensions repliées
Que mes yeux ne peuvent encore sonder
Où seuls les Rois fantômes vivent ?

D'où seuls les Rois fantômes peuvent nous voir,
Nous veiller, nous éveiller, nous réveiller,
Dans notre monde noué au leur
La matière se reflète sur nos corps

Je n'ai pas besoin de la vue pour savoir
Je n'ai pas besoin de la vue
Les vibrations sont mes seules preuves
Comme quand tu agites tes cordes
Qui s’emmêlent alors aux miennes
Et je frôle du bout des doigts
La structure des horizons cachés"

L'illustration de couverture est d'Alicia André.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "cOsmOésia", de Christophe Dekerpel, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur (La Chouette Imprévue) : http://www.lachouetteimprevue.com/

lundi 12 mars 2018

"C'est meilleur que n'importe quoi", de Sammy Sapin



J'ignore si "C'est meilleur que n'importe quoi", mais en tout cas, ce livre de petit format de Sammy Sapin, publié par les Éditions Cactus Inébranlable, spécialiste des recueils d'aphorismes, en contient pas mal de réussis.

C'est que l'exercice est toujours très difficile, le principal risque étant d'écrire des évidences, bref, de tomber à plat.

Tandis qu'ici, l'effet de surprise est majoritaire. Le lecteur ne sait tout simplement pas comment une phrase va se finir avant d'arriver au bout.

Il y a de l'absurde, et aussi pas mal de cruauté pour les corps (on sentirait presque le scalpel passer à travers) dans ces textes courts qui souvent dépassent la taille des aphorismes pour se transformer en petites histoires.

Le scalpel sert aussi à décrire la précision chirurgicale de cette écriture en broderie.

Dans la préface, ce n'est pas un hasard si Sammy Sapin se présente comme un disciple de Scutenaire, Perros et Hardellet, presque une sainte trilogie !

Dans "C'est meilleur que n'importe quoi", Sammy Sapin a également recours à des séries intitulées "Les enfants", "Sapin", "Réfugiés"..., ce qui crée un effet de reconnaissance pour le lecteur, qui attend un nouvel épisode de sa série, comme à la télé, enfin, façon de parler !

Extraits de "C'est meilleur que n'importe quoi" :

"J'enfonce ma clé dans la serrure
Elle geint mais ne jouit pas".

"Elle le quitta. il se sentit heureux comme un poisson qui se noie".

"Sur la fin de sa vie, il ne buvait plus que de l'eau, et il est mort".

"il avait un gros bouton sur la cuisse, le gratta jusqu'au sang, ça le démangeait encore, il creusa avec ses ongles, trouva une veine, l'écarta, des muscles, les déchira, creusa encore, enfin il vit l'os, une petite lueur blanche, et il se dit : - Bon bon bon bon bon, qu'est-ce que je fais maintenant que j'ai trouvé l'os ?"

La mise en page de ce livre (notamment pour la première de couverture) est de Styvie Bourgeois.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "C'est meilleur que n'importe quoi", de Sammy Sapin, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http:cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

"Guide de la poésie galactique", de Sammy Sapin


Publié par les éditions Gros Textes, "Guide de la poésie galactique", de Sammy Sapin se présente davantage comme un récit en vers que comme un ensemble de poèmes.

Je pourrais presque dire "en trous de ver", puisque l'action se situe dans un vaisseau spatial en 2069, après que le héros de cette histoire, un humain, se soit réveillé.

Cet humain, c'est Sammy Sapin, poète immortel. C'est dire si finalement, le dépaysement est relatif !
C'est dire aussi la place jouée par l'auto-dérision dans ce livre, puisqu’à chaque à fois que Sammy Sapin se proclame poète immortel, il est remis illico à sa place par son interlocuteur. L'exercice n'est pas si facile que cela à réussir, partant du principe que l'on est sa propre cible.

Ainsi, ce guide peut être vu comme un manuel de survie en milieu hostile, sauf qu'il n'y a ni guide ni manuel, puisque notre héros est victime de moult péripéties. On ne peut donc pas dire qu'il domine son destin.

Et le milieu est vraiment hostile, car, par exemple, il n'est plus possible d'y boire un whisky autrement qu'en catimini, un seul verre d'OH étant capable de faire tomber de leur tabouret les extra-galactiques.

À force de partir à l'autre bout de l'univers, le lecteur revient très vite sur terre, catapulté qu'il se retrouve en Suisse. Comme suggéré plus haut, il semblerait que ce guide se serve finalement de la science-fiction comme d'un paravent pour montrer la place du poète dans la société d'aujourd'hui, autant dire, une place nulle.

Et il a bien raison de le dire, Sammy Sapin, que sa place est nulle, au poète. Que ce soit aujourd'hui ou hier d'ailleurs. Le décalage du poète avec la plupart des autres hommes n'est jamais aussi important que sur notre terre.

Il me reste à essayer de définir le style original de "Guide de la poésie galactique".

Qu'elles soient des vers (au delà de leur apparence) ou pas, les phrases de ce livre ne constituent pas, à l'oreille du lecteur, de la prose découpée en vers. Comme si le rythme des aventures leur imposait son rythme.

Ainsi, les mots sont étirés dans l'espace (ou pas), obéissant aux interjections des protagonistes. Ce qui n'empêche pas de remarquer les moments disséminés, voire les séquences entières, où la poésie devient images.

Extrait de "Guide de la poésie galactique", de Sammy Sapin :

"14.

Nous piétinons.

Le sas d'entrée dans la chaloupe VIII
(c'est la mienne visiblement) se rapproche lentement mais
sûrement. On vérifie les identités, dates de réveil, 
affectations.

Voilà, me dis-je. Je vais mourir encore.
Et la gorge sèche avec ça.

C'est alors que j'entends crier : Sapin !

Me retourne. L'enfant de Gary Grant et de Gary Copper est
là. Hector,
Il a couru, halète sportivement, comme un cheval de noble
race
après un trot soutenu.

Sapin, j'ai obtenu votre changement d'affectation.
Vous êtes bien poète, c'est ça ? demande-t-il, un doigt
tendu dans la direction de mon cœur.

Bien sûr que je suis poète, dis-je.
C'est même la seule chose que je sache faire :
être poète.

Alors j'ai besoin de vous, poursuit Hector.
Vous serez bien plus utile sur Isidore 5, 
parmi les Ghenka aux longues racines, les Aiguilles froids
comme le gel,
les chicaneurs Vézo aux mille yeux de fer, les mercenaires 
Pile-Pile
qui ne s'arrêtent jamais-jamais,
et les Poulpes et les Chnoques et les Pr?°tan,
vous serez bien mieux employé au milieu
de toute la fripouille galactique du coin,
qu'à vous faire dévorer par le premier Saurien venu."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Guide de la poésie galactique", de Sammy Sapin, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes

samedi 24 février 2018

"On se regarde crever", de Pascal Ulrich

"On se regarde crever", ça c'est du titre : et c'est vrai, en plus !

Avec ce recueil de poèmes écrits entre 1995 et 1996, Robert Roman, des éditions du Contentieux, continue la publication des inédits (en recueils) de Pascal Ulrich, disparu en 2009.

Pour le fan que je suis, "On se regarde crever" se doit d'exister.

Tout au plus regretterai-je que certains poèmes me semblent moins nécessaires que d'autres, sans doute ceux dans lesquels existent le plus de références (littéraires ou musicales).

En tout cas, même ces références ont le mérite d'attirer l'attention du lecteur sur des auteurs un peu oubliés, comme Gaston Criel.

Il faut dire aussi que Pascal Ulrich écrivait très vite - ça se sent - et je trouve que c'est une bonne chose, car nous avons là des instantanés de vie noire, mais de vie quand même, qui sont très efficaces.

Extrait de "On se regarde crever", de Pascal Ulrich :

"Tatouée sur la joue gauche
la difficulté de causer
ça représente un point d'interrogation
sur fond bleu ciel
j'ai bien envie de hurler
qu'être sans cesse à la page du muet
indispose ma révolte
et mes dispositions à l'accélération
le rêve le rêve
après ça la débâcle
coup de colt dans les nuages
- hé t'as vu
Une hirondelle en sang !
Arrache toutes les foutaises de ton cœur
Casse la porte
Saute par la baie"

Les illustrations des pages intérieures sont de Pascal Ulrich, ainsi que ses yeux, sur la couverture...

Si vous souhaitez en savoir plus sur "On se regarde crever", de Pascal Ulrich, qui est vendu au prix de 10 €, contact auprès de l'éditeur, Robert Roman : romanrobert60@gmail.com

"L'homme qui regarde l'homme", de Salvatore Sanfilippo


Publié par les éditions Gros Textes, "L'homme qui regarde l'homme", de Salvatore Sanfilippo, est un recueil qui se situe dans le prolongement de ceux que j'ai pu chroniquer du même auteur.

Il s'agit d'un ensemble de poèmes basés sur les jeux de mots, donc sur l'humour.

Il faut dire que Salvatore Sanfilippo ne cherche pas à se prendre trop au sérieux. Et il faut reconnaître qu'en principe, pour le lecteur non dénué d'humour, lire des poèmes marrants est moins ennuyeux que de lire des poèmes qui se prennent trop au sérieux.

Bref, à force de ne voir que rire dans ces poèmes, on ne remarque plus ceux qui sont volontairement moins rigolos que les autres, et c'est à ce jeu de repérage que je vous invite ici.

Le titre de ce recueil, me plait également : "L'"homme qui regarde l'homme", et pour en rire gentiment, c'est un projet plutôt sympathique.

Il y a enfin une autre caractéristique à signaler dans ces poèmes. C'est qu'ils racontent de petites histoires qui, assez souvent, fonctionnent bien.

À titre d'exemple, voici, extrait de "L'homme regarde l'homme", "Voilà t'y pas" :

"Voilà t'y pas qu'elle m'attrape par le colbac
Voilà t'y pas qu'elle colle sa bouche contre la 
mienne
Voilà t'y pas qu'elle glisse sa main sous ma
chemise
Voilà t'y pas qu'elle me couvre de baisers
Voilà t'y pas qu'elle enlève ses dessous
Révélant son corps de biche
Voilà t'y pas qu'elle me reverse sur le lit
Voilà t'y pas que ma tête cogne contre le montant
Voilà t'y pas que je perds connaissance
Voilà t'y pas qu'on m'emmène à l’hôpital
Voilà t'y pas qu'à mon réveil
Un gros balèze
En blouse blanche
Me regarde d'un œil fixe
C'est pas lui
Non
Qui me fera les câlins
qui m'étaient promis
Je crois bien que j'y ai perdu au change".

Les illustrations de "L'homme qui regarde l'homme" sont de Chrisal. Je les ai trouvées variées et collant bien aux poèmes. Et quand il y a de la couleur, cela ajoute encore de la joie à ces pages.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "L'homme qui regarde l'homme", de Salvatore Sanfilippo, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

mercredi 17 janvier 2018

"Le canard bleu et noir", de Mathieu Coutisse


Publié dans la collection "De bric et de broc" des éditions Lanskine, "Le canard bleu et noir", de Mathieu Coutisse, est un recueil de textes courts, aux formes diverses, qui vont des aphorismes de la première partie, aux tercets, puis aux quatrains, et enfin aux poèmes, de dix vers environ, de la fin du livre.

Souvent, ces poèmes possèdent des vers courts et des assonances au bout de la ligne, ce qui leur donne une apparence de contes pour enfants.

Cette impression vient aussi du fait qu'il est souvent question de mammifères, d'insectes, de tout un bestiaire naturel aujourd'hui en voie de disparition.

Mais à mes yeux de lecteur, ces poèmes ne sont pas vraiment des textes pour enfants, bien que s'y trouvent quelques moralités.

Quant à la poésie, elle vient de la rencontre improbable entre ces éléments traditionnels de l'ancien temps et ceux plus récents, du monde des villes.

Extraits de "Le canard bleu et noir", de Mathieu Coutisse :

"Le loup qui fait les pansements
A l'infirmerie des étoiles
Étripe plus d'un animal
A l'aube quand il redescend"

Et encore :

"La femme qui en avait plus que marre
De toutes ces histoires,
Qui avait décidé de tout envoyer bouler
Et d'aller patiner sur les bords de la lune
Avec pour seuls amis le silence et la nuit,
Faisait du stop à la sortie Nord de Béthune
Mais d'un œil encor si mauvais
Qu'aucune auto ne s'arrêtait"

Et enfin :

"L'intérieur des chapeaux

Le carton du décor
Du château d'Eléonore

Les ornements,
Les tambours du mystère

L'ampoule trouvée sous une étoile

Des chagrins encrassant l'espérance

Un univers tissé d'années-lumière,
Dont malgré tant de bons experts
On ne sait toujours pas ce qu'on va faire"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le canard bleu et noir", de Mathieu Coutisse, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editions-lanskine.fr/