lundi 26 juin 2017

"Les heures de battement", d'Alissa Thor



Premier recueil poétique publié par Alissa Thor aux éditions de l'Aigrette, « Les heures de battement » est un livre de poèmes courts en vers courts, marqué par la conscience de son propre corps.

Et c'est bien cette caractéristique, témoignant d'une sensibilité poétique affûtée, qui me fait aimer ce livre.

En effet, Alissa Thor montre comment le mental peut influer sur le physique. Comment les impressions, bonnes ou mauvaises du quotidien, se traduisent en sensations désagréables ou agréables pour le corps.

Ainsi, les poèmes réunis ici étonnent par leur justesse, car le lecteur ne peut que comprendre qu'il ne s'agit pas là que de mots.

Extraits de « Les heures du battement », d'Alissa Thor :

« Merveille

Tu entres
Dans mes bras

Comme

Le soleil
Racle
La cour

Retourne
La maison
De l'autre côté

Tout au fond de moi-même
L'air
Fait une embardée »

Et « Tipi

Rien à faire
Après tout ce temps

Je me fais toujours
Un bleu
Au même endroit

Je relève
La tête
Trop vite

Tape
Le coin
Dur

Mais qu'est-ce que
Je fabrique
Aussi

La vie
Accroupie
Sous la table
Enfouie
Dans la toile cirée
À carreaux
De la cuisine ? »

Le livre est précédé d'une citation extraite de « Des raisons d'écrire », de Francis Ponge.

L'illustration de couverture est de Nathalie Collange.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « « Les heures de battement », d'Alissa Thor, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de son éditeur, http://www.maisondelapoesiedeladrome.fr/editions.html

"Poème-Passeport pour l'Exil", de Murielle Compère-Demarcy et Khaled Youssef

Publié par les éditions Corps Puce, dans la collection « Liberté sur parole », « Poème-Passeport pour l'Exil » est un dialogue poétique consacré à la séparation d'avec ses racines.

La séparation est d'ordre physique pour Khaled Youssef, puisque ce poète, vivant aujourd'hui en France, est né à Damas en Syrie, pays en guerre depuis plusieurs années.

La séparation est d'ordre mental pour Murielle Compère-Demarcy, qui décrit notamment l'état de stupeur produit par les attentats ayant eu lieu en France depuis 2015 (Charlie Hebdo, Nice).

De manière paradoxale, à première vue, à la puissance des longs poèmes de Murielle Compère-Demarcy, répond la sobriété des courts poèmes de Khaled Youssef, qui est plus directement touché par ces heurts qui touchent son pays d'origine.

Mais il y a peut-être là, la difficulté à exprimer l'inexprimable, qui est pris en charge par son interlocutrice.

Ainsi, le dialogue entre les deux auteurs fonctionne très bien, leurs styles respectifs se complètent, entre coups de chaud et pincement de cœur, comme :

« Dans un élan de démocratie
la société généreuse
m'a accordé la liberté d'expression

dans une boite de conserve » (Khaled Youssef)

Extraits de « Poème-passeport pour l'Exil », de Murielle Compère-Demarcy et Khaled Youssef :

« Des frissons font trembler
la carène
où le jour embarque
apte à se fracasser

où calfater ce quotidien
apte à prendre l'eau
dès le premier écueil

Des frissons parcourent
la carcasse
et le déploiement des œuvres vives
rassemble les reflets
de sa coque
pour mieux conquérir
Reconquérir
cette unité de soi
dispersée
dans les déchirures du monde » (Murielle Compère-Demarcy)

« Une autre rose
coupée de ses racines
s'est fanée ce matin
je l'ai inscrite sur la liste
des martyres de l'exil » (Khaled Youssef).

Le livre est préfacé par Nada Skaff.

La photographie de couverture est de Khaled Youssef. Les photographies des pages intérieures sont de Khaled Youssef et Michel Bourbier.

Si vous souhaitez vous procurer « Poème-Passeport pour l'Exil », qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://corps-puce.org

"Quelques mots migrateurs", de Patrick Joquel


Publié par les éditions Corps Puce, dans la collection « Cent papiers », dont c'est le volume 10, « Quelques mots migrateurs », de Patrick Joquel, est un texte engagé socialement - car consacré aux migrants - qui me paraît avoir atteint son but.

Celui d'interpeller le lecteur, non pas avec de grands discours théoriques, mais avec l’œil du poète qui décrit la réalité en images.

Sans compliquer le poème, sans l'alourdir inutilement, Patrick Joquel nous donne à voir les difficultés que rencontrent les migrants, une fois qu'ils arrivent en France. La question n'est plus de savoir si on les accueille ou pas, mais de savoir comment se sortir, avec de vraies solutions respectant le genre humain, de ce qui se passe sous ses yeux.

Extrait de « Quelques mots migrateurs », de Patrick Joquel :

«  Ils campent
cartons
palettes et bouteilles à la mer
bâches au vent
boues aux pieds

Ils s'organisent
Ils sont vivants

Bénévoles
certains les soutiennent
soupes
douches
recharge du portable
paroles et papiers administratifs
délit de solidarité

Ils agissent
et de biens moulés
de bien pensants bien droits dans leurs bottes
de bien sérieux démantèlent les campements
sauvages
Option dispersion
option mise à l'abri catégorie oubli
option étude au cas par cas
option retour garanti

Pourquoi ne prend-on pas plutôt en compte
leurs savoirs
leurs compétences
et leurs désirs
? »

« Quelques mots migrateurs », de Patrick Joquel, est accompagné d'une préface de Jacqueline Held. 

La photographie de couverture (de deux grands migrateurs) est de Jean Foucault.

Si vous souhaitez vous procurer ce livre, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://corps-puce.org

lundi 5 juin 2017

"Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard


Publié par les éditions Publie.net, "Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard est une invitation au voyage, mais pas envisagée avec romantisme (Baudelaire). 

Il y a là plutôt un acte militant, le fait de vouloir rompre avec notre civilisation, notre façon de vivre uniformisée. C'est un appel à sortir de ça par une incantation lancée au lecteur, obéissant au rythme de la personne qui cherche son rythme de marche.

Les mots de Sébastien Ménard, traduisant cette posture d'accueil, sont faits pour être dits à voix haute. D'où ces reprises, d'où ces phrases courtes qui enchaînent volontiers des listes. 

Si la poésie de l'auteur est une poésie du départ, donc du mouvement, elle est aussi une poésie des campements, de la halte au milieu d'espaces, saisis à travers des images fixes, comme les personnages d'une crèche, avec notamment, cet ours.

Extrait de "Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard :

"Nous avons allumé un feu nous avons regardé les flammes nous avons écouté les vents. Nous avons discuté tard car l'un d'entre nous tremblait. Nous avons dessiné dans la poussière - nous avons sifflé des mélodies nous avons soufflé des bougies. Nous avons poursuivi des silences feuilles de printemps - nous avons touché l'écorce des arbres comme nos peaux - nous avons nommé des plantes et les possibles - nous avons imaginé des plans et arrangé une cabane - nous avons cherché un poème nous avons écrit dans un carnet - nous avons déclenché l'obturateur de nos regards nous avons cru - un instant - qu'on pourrait tenir comme ça longtemps - nous avons sorti de nos tripes notre souffle tendre et chaud."

Je précise que ce livre est également disponible sous format numérique.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.publie.net/

dimanche 4 juin 2017

"Ici commence la frontière", de Pierre Moreno

Publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "Ici commence la frontière", de Pierre Moreno se compose en fait de deux poèmes-fleuves, le premier donnant son titre au recueil, et le deuxième s'intitulant "Du cap".

Poèmes en vers libres, de longueurs diverses, toujours centrés sur la page (ce qui leur donne justement la forme d'un fleuve), les deux textes publiés ici sont d'une rare richesse d'images et montrent un souffle poétique qui va avec.

Les deux textes s'articulent autour de refrains qui les relancent, comme par exemple : "Ici commence la frontière" ou "Le cap est passé".

Un appel à chaque fois à passer les limites, à basculer dans un autre monde.

Le lecteur peut y voir plusieurs choses : un appel à l’aventure, ou plutôt à toutes les aventures imaginables, mais également un appel à basculer dans le monde de la poésie, où justement n'existent plus les limites de la réalité, où chaque image ouvre un nouveau monde merveilleux, autant meilleur que le précédent, parce qu'autre.

Même l'apparition du père, puis sa disparition, servent de prétexte à digressions.

"Ici commence une frontière", c'est un peu comme un palais des glaces. On s'y perd, sauf que les miroirs qui nous sont renvoyés, ne sont pas transparents, mais sont autant de peintures aux couleurs chatoyantes.

Extrait de "Ici commence la frontière" :

"Ici commence la frontière
Qui se dessine sur nos mains comme un
rivage inconnu
Comme la migraine et la soif
Comme le chant de l'alouette
Comme la lutte et le repos
Nous sommes arrivés un jour de carnaval
Et les cris des enfants pavoisaient les rues
blanches
A la terrasse d'un café
Nous avons dit "Passez !"
Au retour bariolé des fontes
Comme aux aiguilles d'une montre
Ce défilé nous attendait nous avions toutes
les audaces
Les yeux brillaient le ciel riait
Et toutes les portes de la ville
S'ouvraient devant notre passage
Nous disposions de nos chimères comme
d'un jardin clos sous nos mains
Et l'avenir en habit de fête avait rejoint le
cortège
Puis le soir est sorti de sa voûte de plumes
Languissant dans sa traîne ponceau
seigneur de haut parage
Entrouvrant sa poitrine de cerisier blessé
Sans s'étonner nos lèvres ont goûté de son 
sang
Te souviens-tu elles ont roulé
Comme des dés
Dans le corset entrouvert des rues
aromatiques (...)"

Les illustrations (dont celle de couverture) sont de Marc Gratas.

La préface est d'Alain Kewes.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ici commence la frontière", de Pierre Moreno, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

"Le cargo de Rébétika", de Guillaume Decourt


Huitième livre de Guillaume Decourt édité en six ans, "Le Cargo de Rébétika", publié par les éditions Lanskine, est le récit d'un séjour (de l'auteur ?) qui se déroule sur un lieu non défini.

En tout cas, ce séjour est un îlot temporel de douze mois dans la vie de son protagoniste.

On retrouve au fil de ces poèmes, des personnages typiques, dont voici à peu près l'ordre d'apparition : l'acupuncteur, Grupetta, un fauve (sale), Rébétika, Le tenancier de l'embarcadère, Aristide. Une succession de lieux aussi revient : la dune aux outrages, l'hôtel de l'existence, le Tombeau, la fontaine aux Affins. Et enfin, ce cargo de bananes qui n'arrivera jamais, en fin de compte.

Dans "Le cargo de Rébétika", le narrateur connaît deux liaisons avec Rébétika et Grupeta. On pourrait parler à cet égard d'obsession, tandis que dans cet espace, hommes et femmes semblent eux aussi obéir à leurs propres obsessions, pour lesquelles ils semblent avoir été construits, même si souvent, ils ratent leur mission (s'agissant par exemple de l'acupuncteur).

Dérision et préoccupation pour ces deux femmes, avec un soupçon de tendresse pour tous : voilà comment peut être résumée l'attitude de l'observateur de ces personnes d'inventaire.

Cette attitude contamine aussi le lecteur, car les images se succèdent à une telle cadence dans ces poèmes qu'il est difficile, parfois, de savoir de quoi il est question. De miracles inutiles peut-être ? 

En témoigne ce poème :

"Un feu de jupes se propagea sur toute
la surface à lapider. Ce n'était ni le sextant ni le brûlis qui générait
les pertes. Un animal douteux tirait avec
ardeur des panerées de friandises tandis que des enfants
léchaient la terre meule. On voyait des bocaux s'agiter
à leurs lobes terrestres."

En tout cas, la gravité finit par l'emporter. Et le séjour s'achève sur un poème en vers rimé, mais au rythme boiteux (de 7 et 3 syllabes), comme si l'auteur quittait son livre en traînant la patte :

"J'ai perdu mon panama
sur le port,
cette négligence m'a
fait du tort.
On n'est rien sans couvre-chef
aux abords
des femmes, j'ai des griefs
depuis lors.
C'était un beau panama,
large bord,
tissé en bombanaxa
pas retors.
J'en veux à la brise, au soir.
On a tort
de me moquer, l'accessoire
revigore.
C'était un vrai panama
de consort.
Je me sens démuni, las,
sans ressort."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le cargo de Rébétika", de Guillaume Decourt, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editions-lanskine.fr/

"Le bubon", de Florentine Rey

Publié par les éditions Gros Textes, "Le bubon", de Florentine Rey est le récit poétique d'un dialogue avec soi.

A travers l'excroissance qui apparaît sur la joue, l'auteur va apprendre à traiter ce mal inconnu dont même la disparition est mystérieuse comme un être à part entière.

D'abord, c'est une maladie, puis cela devient quelque chose qu'il vaut mieux comprendre.

Chacun des fragments poétiques qui composent "Le bubon" sonne - et pour cause ! - comme des éclats d'un même phénomène. Il y a du jeu dans tout cela, chaque poème doué d'exclamation est aussi un excès de langage.

A noter qu'une illustration (de Florentine Rey et d'Eric Martin) accompagne chacun de ces textes.

Extrait de "Le bubon" :

"Battre le BUBON, le forcer à prendre forme.
Goût de viande dans la bouche, chair en trop.
Le monde déformé entre en moi par BUBON, le monde CRU.
CRU, nuit noire dans la bouche, la logique ne passe plus, emmuraillée, corps clos, continuera à s'infecter si je n'arrive pas à transformer le CRU en mots.

Je remonte aux origines.
Le BUBON : résidu d'ancienne bouffe, déchet placentaire.
Hypothèse : le BUBON stigmate d'une grossesse non désirée chez une arrière-grand-mère."

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Le bubon", de Florentine Rey, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

"Nico, icône des sixties", de Christian Bulting


Publié par les éditions Gros Textes, "Nico, icône des sixties", de Christian Bulting est un ample parcours de vie de près de 100 poèmes découpés en plusieurs tranches (de vie) : vie d'adulte, voyages à Shanghai, La Havane et à St Petersbourg.

Ces poèmes de 25 vers chacun (sauf exceptions) sont assez longs : comptez 11, voire 13 syllabes par vers.

Cette caractéristique du style de Christian Bulting permet de définir les desseins du poète qui tâche de saisir en continu l'émotion incluse dans l'instant (parfois, certains poèmes s’enchaînent même entre eux), d'où la densité de texte nécessaire.

Ainsi, cette poésie est lyrique à l'américaine, comme du blues, résolument tournée vers les humains, et tout particulièrement vers les femmes, dont est traduite la sensualité : femmes connues ou inconnues, stars, lorsque leur présence médiatique fait irruption dans l'intimité. Traces de l'époque de la jeunesse de l'auteur aussi, amitiés qui continuent d'habiter le présent, par-delà la mort (par exemple, celle de Gilles Pajot, poète nantais décédé en 1992).

Extrait de "Nico, icône des sixties" : 

"Nico icône sixties incroyablement belle
Inimaginable disait Maureen Tucker
Sublime magnifique et elle le savait
Toi est-ce que tu le sais est-ce que tu le sais
Quand tu accordes tes escarpins à ta robe
A toutes ces futures fêtes chantait Nico
All to morrow's parties derrière une icône
Une pauvre fille une pâte humaine en proie
A la solitude la folie le manque
Qui flanque chacun derrière la surface
Lisse de l'apparence devant nous elle danse
Nous éblouit rayonnement de la chair
Ne suis qu'une paire de jambes longues jambes
Longs cheveux blonds lèvres pulpeuses yeux bleus
Que voyez-vous de moi vous qui me voyez
Ma souffrance est-ce que tu la vois est-ce que tu la vois
Et ma voix est-ce que tu l'entends ma voix
Basse lente traînante lourde sourde dit-elle
La même chose que mon grand corps ma voix
Basse lente traînante lourde sourde dit-elle
La même chose que mon grand corps ma voix
Écoutes-tu ce qu'elle module des courbes
Internes de ce que je suis moi Crista
Päffgen ce qui vient de mes gouffres mon vide
La corde tendue sur laquelle je vacille
Existence en quête de paix pas une icône"

Le collage de couverture est de Ghislaine Lejard.

Pour en savoir plus sur "Nico, icône des sixties", de Christian Bulting, qui est vendu au 10 €, rendez-vous sur le site des éditions : https://sites.google.com/site/grostextes/

"Lettres d'une île", d'Alexandre Billon


C'est une bonne découverte que celle de ce livre. C'est du moins mon ressenti de lecteur. Et il s'agit - semble t-il - d'un premier livre de poésie publié (par les éditions p.i.sage intérieur) pour Alexandre Billon.

"Lettres d'une île" est un recueil de 87 poèmes en vers libres, excepté quelques proses, de longueur de vers variables, mais toujours bien découpés.

Il se dégage de ces textes un amour de la vie permanent, même si parfois quelques petits problèmes se posent, qui sont évacués par le biais de l'humour.

Une attention très importante est tout particulièrement portée à l'environnement naturel, autant qu'humain, dans ces poèmes, ce qui contribue à leur faire prendre l'air du large et ce qui explique, en tout cas, mon goût pour ce livre.

On trouve aussi une palette de couleurs assez inhabituelle ici, la science (astronomie, physique, informatique), n'étant pas disqualifiée au profit de la seule littérature.

Bref, le lecteur peut se laisser surprendre par le tour que va prendre un poème, ne pensant pas au départ y trouver telle ou telle chose, tel ou tel animal.

De manière plus classique, il y a enfin une attention portée aux proches de l'auteur, sa femme, son fils (Jonas) qui s'épanouit à travers quelques poèmes d'amour.

Extrait de "Lettres d'une "île", d'Alexandre Billon :

"Dans le même pré

Aristote dit qu'être amis, ce n'est pas comme être deux vaches dans le même pré.
Toutes ces nuit sous la même lune quand même, à boire à la même eau, à attendre la même herbe, à prêter l'oreille pour l'entendre, à force de l'attendre. Et ces tempêtes.

Et ces soleils, ces nuages, ces ombres, ces mêmes lois naturelles imbéciles contre lesquelles lutter ou bien ne pas lutter.
Moi je suis persuadé que même s'ils ne jouent pas au Scrabble, cet âne et ce cheval-là, chaque jour, dans le même pré, sur le chemin du port, sont copains comme cochons. Et puis ils me rappellent un peu mes grands-parents, cette façon de s’aimer aussi, qu'ils ont eue à la fin, dans la même maison.
De passer leurs nuits, en chambres séparées, grogner un peu, aussi, bien sûr.
Et de ne pas le supporter
A la fin
Quand on en enleva un."

Pour en savoir plus sur "Lettres d'une île", d'Alexandre Billon, qui est vendu aux prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.p-i-sageinterieur.fr