mercredi 20 septembre 2017

"V.H.S. (Very Human Simplement)", de Nicolas Vargas


Dans « V.H.S. (Very Human Simplement) », publié par les éditions Lanskine, Nicolas Vargas dresse le kaléidoscope de son enfance et de sa jeunesse, à remplir tout un cartable.

Dans ce livre, qui emprunte sûrement son nom au support de ces cassettes (vidéo ou pas) héritées de ces temps pas si reculés, il y a un bel inventaire des bêtises qu'on peut faire, des choses qu'on peut aimer, surtout des airs de chansons.

En plus, on n'écrit pas cassettes, mais K7, comme dit l'auteur.

D'ailleurs, les performances orales, traduites par des onomatopées, des polices de caractères différentes, des caractères gras, italiques, ou normaux, ou bien des dessins, des collages, avoisinent les poèmes classiques, sagement déployés en vers.

Ce sont aussi des souvenirs collectifs, avec comme emblème de ces passions communes, le football.

Bref, ce livre est plus détendu que cucul la praline. On y trouve bien traduit ce qui fait l'esprit de la jeunesse, l'art de toucher à tout, de tout essayer sans avoir l'air.

Extrait de « V.H.S. (Very Human Simplement) », et pour vous donner une idée de l’ambiance :

« MA PISTE AUX ETOILES

Mon grand-père trouvait sa cabane les yeux fermés
son fils ce héros a abattu de sang-froid et pour son bien un faon orphelin
sa femme détroussait les lapins comme des chaussettes
Corinne faisait la moule mieux qu’au resto
pendant qu’Hervé conduisait le tracteur à 10 ans

Papa meilleur vendeur félicité par maman Shiva
mord l’oreille du caniche
les frangins champions d’Armagnac-Bigorre boivent du Synthol
et Sébastien joue en équipe Une à Sémeac.

Pitou et Toto descendaient une quille de rouge et de jaune chaque soir
le feu père de Stéphane avait bu un Perrier cul-sec
tandis que Pépite dévissa un panneau de départementale
il faut dire que son oncle était capable de soulever mon copain
paumes contre tempes plus d’une minute
la fille du patron s’appelait Christelle faisait du 105 E
elle jouait au volley à Tournay
Christophe cassait les verres avec ses dents
il était allé à Saint-Tropez
et prenait les ronds-points à l’envers au volant d’une 205 Rallye
première du canton à avoir un poste chargeur CD. »

Je précise que ce livre, publié dans la collection Poéfilm des éditions Lanskine, qui est vendu au prix de 12 €, est acommpagné d’une création filmée autour de la lecture du texte, à découvrir sur le site de l’éditeur : http://www.editions-lanskine.fr 

mercredi 6 septembre 2017

"Haïkus des quatre saisons", de Marie-Anne Bruch



Publiés dans la collection Encres Blanches des éditions Encres Vives, ces 60 « Haïkus des quatre saisons » de Marie-Anne Bruch m'ont plu par leur naturel.

Il m'est difficile de résumer mieux les choses. Naturel, c'est à dire pour moi, volonté de ne pas offrir d'aspérités de style pour montrer qu'on écrit bien, mais simplement exprimer ce qui peut être dit en trois vers, les seules aspérités naturelles étant celles des instants de la vie.

Je ne sais pas s'il s'agit de vrais haikus, mais je m'en fiche, car ces derniers savent saisir cette singularité de l'instant qui met son grain de sable dans les habitudes, notamment visuelles du « tout est en place », alors que rien n'est jamais en place.

Extraits des « Haikus des quatre saisons », de Marie-Anne Bruch :

« La voix chaleureuse
rit au bout du fil
- erreur de numéro.

*

« Pour la Saint-Sylvestre
La forêt a les cheveux blancs,
et de longs bas noirs. »

*

« Selon Beigbeder
l'amour dure trois ans
- grand rire à deux. »

*

« Grâce à notre amour
je pense moins à la mort
et plus à la vieillesse. »

*

« Voyant trois pigeons
perchés sur une rambarde
penser à Hitchcock . »

La quatrième de couverture est de Denis Hamel, l'illustration de couverture, de l'auteur.

Pour en savoir plus sur ces « Haikus des quatre saisons », de Marie-Anne Bruch, qui est vendu au prix de 6,10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://encresvives.wix.com/michelcosem 

mardi 5 septembre 2017

"Encore Plus Nu", de Jean Azarel et Hérold Yvard


« Encore Plus Nu », de Jean Azarel, emprunte son titre et sa page de couverture (photographie de PI) au livre du même nom, publié par les éditions Gros Textes, que j'ai chroniqué il y a un mois environ.

Il s'agit d'un Compact Disc (CD) des poèmes de Jean Azarel lus par lui, avec à la musique et aux arrangements Hérold Yvard, qui joue de la guitare et utilise d'autres instruments virtuels (le son d'un violon, par exemple).

S'il m'a paru important d'écrire quelques mots sur ce CD, c'est parce qu'il me semble être très réussi, et avoir une vie indépendante du livre du même nom, même s'il sert à promouvoir le livre.

Les raisons d'aimer cet enregistrement de plusieurs poèmes tirés du recueil papier ne manquent pas : qualité de l'enregistrement, voix de l'auteur très audible et convenant parfaitement à la révolte et à l’humour trash de ses poèmes, musicalité de l'accompagnement, sa diversité, qui colle au type de texte lu, plus doux ou plus dur, absence de longueurs aussi, dans l'interprétation de ses morceaux, qui s'écoutent bien, car, par exemple basés sur les répétitions, en tant que poèmes-listes.

Bref, surtout si vous avez aimé la version livre d'« Encore plus nu », de Jean Azarel, je vous conseille de vous procurer ce CD, qui n'est pas vendu séparément du livre, et qui coûte donc 13 € (avec le livre), à se procurer auprès de l'auteur, 267 chemin de Cougarri 30700 BLAUZAC.

jeudi 24 août 2017

"¨Pong", de Jean-Christophe Belleveaux


Publié par les éditions de « La tête à l'envers », « Pong », de Jean-Christophe Belleveaux est un recueil de poèmes écrit « pour partie en hôpital psychiatrique », comme le précise la quatrième de couverture.

Le ton est celui de la confession : à la première personne du singulier. Et il est facile de comprendre que ces poèmes ont été écrits en hôpital psychiatrique, parfois, à cause de l'évocation du décor, mais aussi et surtout à cause de la démolition de toutes les certitudes et de la vacance qui émanent de ces textes, empreints de noirceur.

Ainsi, l'enjeu n'est pas l'extérieur (regard jeté sur l'institution psychiatrique) mais l'intérieur (regard jeté sur soi-même, qui n'est pas précisément tendre), même quand des objets familiers sont signalés.

Et l'autre enjeu est celui du style de Jean-Christophe Belleveaux, qui, quand il ajoute des mots, semble en retrancher.

En témoignent ces élans lyriques, rimbaldiens, vite raccourcis, biffés, qui laissent souvent place à des vers sans verbes et sont caractéristiques de l'écriture de leur auteur.

Extrait de "Pong", de Jean-Christophe Belleveaux :

« pire

je rêvai longs poèmes
adjectifs, titres insensés
plus encore qu'île au trésor
un fatras infernal et joli, des embarcadères, un désir

je rêvai l'accord parfait
la luxuriance, planches vermoulues
quoi ? La joie ?

Vrai, j'ai trop attendu
maintenant que soient
le sabre qui m'éventre
ou des parfums inconnus
n'est-il pas temps
de casser le piano du bastringue ?

Ah certes
les cerisiers en fleurs
la sérénité contre la peur
et ma bite dressée
bref »

L'illustration de la première de couverture est une peinture d'Amel Zmerli.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Pong », de Jean-Christophe Belleveaux, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editions-latetalenvers.com/

"A une absente", de Claire B. d'Azoulay

Éditée par « La Porte », cette plaquette de courts poèmes en vers m'a étonné par sa fraîcheur de ton et son ambiance de village parisien.

L'auteur évoque ici les souvenirs vécus avec son ancienne amante, sans que le passé appelle les larmes ou même la tristesse.

Ce recueil est à lire pour sa sincérité d'expression.

Ci-après, trois extraits de « A une absente », de Claire B. d'Azoulay :

« Ta chambre douce dans le dix-septième
Près du local à poubelles
Mais c'était bien toi la reine »

« Et le parquet
Qui ployait sous les livres
Et nos deux cœurs
Qui se déployaient libres. »

« Au ramassage de cailloux
Entre mer et falaise
Tu étais encore
Bien plus folle que moi »

Si vus souhaitez en savoir plus sur « A une absente », de Claire B d'Azoulay, qui est vendu au prix de 4 €, vous pouvez vous adresser à l'éditeur : Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

samedi 12 août 2017

"Je t'écris fenêtres ouvertes", d'Isabelle Alentour


Publié par les éditions « La Boucherie littéraire », dans la collection « La feuille et le fusil », « Je t’écris fenêtres ouvertes », d’Isabelle Alentour, décrit, comme dans une symphonie classique en quatre mouvements, les divers états d’une vie intérieure (et extérieure) marquée par la rencontre, puis la séparation d’avec l’être aimé.

Dans ce livre, le lecteur retiendra avant tout la conscience de son propre corps, qui exprime l’amour, même dans la séparation.

Dans la dernière partie, la pensée de l’aimé va même jusqu’à faire revivre le monde autour.

Extrait de « Je t’écris fenêtres ouvertes », d’Isabelle Alentour :

« Mon cœur à travers la croisée qui rejoint les étoiles
Là où je te pense
Là où     nue
Je te découvre me                              manquant

Et mon bras sans penser qui s’élève et ce geste une main qui approche la peau sans savoir et ce doigt qui effleure d’abord comme s’il n’osait pas ne se souvenait pas et puis qui                             et ce doigt qui se pose sur la bouche et qui touche et qui glisse une lèvre la deuxième et savoure et puis caresse encore et ranime de loin de très loin souvenir enchanté

Le baiser »

Je signale également que ce livre comporte une couverture et un corps de texte tout bleus, qui ajoutent à la classe de l’ouvrage.

Pour en savoir plus sur « Je t’écris fenêtres ouvertes », d’Isabelle Alentour, qui est vendu au prix de 16,50 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr

Ce livre est disponible sur commande dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

"Loin le seuil", de Fabrice Farre



Publié par les éditions de La Crypte, « Loin le seuil », de Fabrice Farre se compose de courts poèmes en vers libres, qui se transforment parfois en poèmes en prose.

En lisant ce recueil, j’ai l’impression d’assister à la projection d’un film surtout muet. Même si le « je » et le « nous » sont souvent ici présents, ils sont comme étrangers à eux-mêmes et regardent le monde défiler dans une vitrine.

Chez Fabrice Farre, c’est vraiment le sens de l’observation, extérieur, puis intérieur, qui l’emporte sur toute autre permanence des choses et des êtres. Et pourtant, derrière le spectacle qui se déroule sous les yeux de l’observateur, subsiste un regard humain.

Les poèmes de Fabrice Farre, dans leur brièveté, enferment tout un monde qui fait oublier que ces poèmes sont brefs.

Extrait de « Loin le seul », « Réel » :

« La porte s’ouvrira, comme la fenêtre avec le soleil, vous me donnerez à boire après avoir quitté votre chambre. Vous me direz, dans le désert de mes paroles, que je dois mourir de soif. Vous m’aurez salué au préalable, oui, sans vous inquiéter de ma présence ou de mon absence et vous m’aimerez autant que ce qui nous lie l’un à l’autre, à traverser ainsi les jours de lieu en lieu, de visage en visage, en parfaits voyageurs désargentés. »

Les poeysages d’Anael Chadli illustrent la première de couverture, ainsi que les pages intérieures des deux parties qui composent ce livre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Loin le seuil » de Fabrice Farre, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur : http://www.editionsdelacrypte.fr/

"Vivre c'est oublier qu'on est mort", de Fabrice Marzuolo


Publié par les éditions du Contentieux, « Vivre c’est oublier qu’on est mort », de Fabrice Marzuolo est une suite de poèmes en vers libres, qui comporte aussi quelques textes en prose.

Dans ses textes, l’auteur identifie avec exactitude – me semble-t-il – notre place dans la société d’aujourd’hui, celle des assis (de Rimbaud ?), qui sont prêts à gober tout ce qu’on tente de leur faire avaler : c’est la place des bons consommateurs (d'ailleurs, le titre de ce livre résume tout).

Partant de situations quotidiennes, de ce qu’il voit autour de lui ou la télé, Fabrice Marzuolo s’emploie inlassablement à nous désillusionner sur nos pouvoirs : il n’y a pas forcément du désespoir là-dedans, car la conclusion est invariable : on se fait toujours avoir, ce qui ne nous empêche pas de continuer à survivre.

La cible de Fabrice Marzuolo est aussi ces écritures trop certaines de leur confort, qui ne font que relayer notre situation d’esclaves, constat que je partage également. Car une écriture, ce n’est pas que des mots, c’est une vision du monde.

Enfin, dans la dernière partie du recueil, à travers des textes plus longs que les autres : « La conquête de l’espace » et « Immondicités », l’auteur résume ce qui est, pour lui, l’existence humaine : quelque chose de déjà fini dès que ça a commencé.

Net et précis, le style illustre ce propos. La chute des poèmes les ferme comme des sacs bien cousus.
Extrait de « Vivre c’est oublier qu’on est mort », « La danse de Jean-Baptiste » :

« Dans la voiture wagon
du RER système D pire
entre Paris et mourir
musique exotique à fond

que faire – demander de la mettre en sourdine
et dans cette Babel sur rails
provoquer la bagarre générale
à moins de subir – souffrir sa ruine
s’en accomoder
jusqu’à trouver l’ambiance géniale

par manque de tripes
se mettre à improviser une danse du ventre ».

L’illustration de couverture est de Pascal Ulrich.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Vivre c’est oublier qu’on est mort », de Fabrice Marzuolo, qui est vendu au prix de 10 €, contact de l’éditeur : romanrobert60@gmail.com

mardi 1 août 2017

"Encore plus nu", de Jean Azarel

Coédité par "Les Alpes vagabondes" et "Gros textes", "Encore plus nu" de Jean Azarel, est un recueil-programme.

Oscillant entre nostalgie d'une époque (les sixties et seventies) et révolte contre toutes les injustices de ce monde, on trouve dans ce livre pas mal de portraits de femmes libres (ou essayant de l'être), du sexe aussi, et une préférence, du côté de l'écriture, pour les listes, aphorismes, jeux de mots et quelques "private joke" entre auteurs, éditeurs, unis pour la circonstance dans un même poème.

Bref, de la poésie rock, plus chaude que froide, même si les situations décrites (comme celle ci-dessous), font parfois froid dans le dos.

Extrait de "Encore plus nu", de Jean Azarel :

""Road movie trip"

Assis à califourchon
sur la rambarde
de la voie rapide,
deux adolescents
aux vêtements élimés
s'embrassent
en pleurant.
Cheveux ébouriffés
sous un ciel
vanille fraise.
Sur la rambarde
de la voie rapide,
ils regardent
les yeux vitreux,
la langue noire,
la peau cloquée
qu'ils aimaient tant
caresser
de leur copine Sylvie,
étendue un genou plié
sur le bas-côté,
garrot desserré,
expression étonnée,
Bretelle de soutien-gorge
défaite
à portée de
la bretelle d'autoroute,
une seringue
au brouet rougeâtre
restée plantée
dans le bras gauche"

La photographie de couverture, intitulée sobrement "les pieds" est de PI.

Pour en savoir plus sur "Encore plus nu", de Jean Azarel, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site des Alpes Vagabondes : https://sites.google.com/site/lesalpesvagabondes/

"Streets (Loufoqueries citadines) ", d'Eric Dejaeger


Publié par les éditions Gros Textes, "Streets" d'Eric Dejaeger est une suite de 99 poèmes en vers qui décrivent les caractéristiques des rues contenues dans leurs noms.

Par exemple la Rue d'A côté, dans laquelle vont toutes celles et ceux qui n'ont pas envie de retourner au boulot.

Dans chaque poème, l'accent est mis sur l'humour de la situation, comme avec cette rue de Bruxelles, où tous les passants ont envie de pisser (comme le Manneken Pis).

Un recueil de textes bien senti, même si, je l'avoue, je n'aurais pas envie de me retrouver dans beaucoup de ces rues, ayant peur d'être pris dans des pièges implacables.

Extraits de "Streets" :

"67th street

Entre dix-sept heures
& dix-sept heures trente
il est conseillé
de se munir
d'un parapluie
ou de porter
un vêtement imperméable
pour entrer dans
la Rue aux Pots de Fleurs :
c'est le moment 
de l'arrosage."

Et :

"79th street

Seules les personnes
titulaires d'un doctorat
en sodomie
sont habilitées
à pénétrer dans
la Rue de l'Anus.
On n'y a
de mémoire de docteurs
jamais croisé
de femme."

Les illustrations (dont celle de couverture) sont de Jean-Paul Verstraeten.

Pour en savoir plus sur "Streets" d'Eric Dejager, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

mardi 11 juillet 2017

"Civilisé", de Walter Ruhlmann


Publié par les éditions Urtica, « Civilisé » de Walter Ruhlmann regroupe les poèmes issus du recueil qui donne son titre à ce livre, plus d'autres poèmes écrits entre 2005 et 2014.

« Civilisé », mais pas trop surtout, j'aurais envie de dire en lisant ces textes. Ou plutôt, civilisé à contrecœur, à cause d'un héritage pas toujours facile à porter, celui de la famille tout particulièrement, qui nous est plus ou moins commun à tous.

Car les poèmes publiés ici clament leur soif d'une vie intense, loin des codes, obligations sociales et toutes sortes de clichés. Une soif de liberté et d'aventures, bien entendu, qui est vécue comme quelque chose de sombre, par la faute des interdits amassés tout autour.

Il y a pas mal de sexe dans ces poèmes, des souvenirs de fêtes sombres, des portraits de femmes aussi, des souvenirs de mort familiales.

J'aime, en tant que lecteur, cette ambiance crépusculaire et ce sentiment d'urgence qui s'échappe de ces vers.

L'image de couverture est de Norman J. Olson.

Extrait de « Civilisé », de Walter Ruhlmann :

« Famille

La famille craint la fin,
elle suinte la peur ;
elle geint, elle pleure,
elle fait tout pour dramatiser.

Théâtre ambulant,
portes qui claquent,
paires de claques,
fouet, martinet.

Les fils électriques
une ombre ecclésiastique,
les démons et les ogres
déferlent, frappent et cognent
sur le fils éclectique.

Mais la famille relie
le fils indigne,
l'enfant prodigue -
celui fabriqué de ton sperme -
à tes tuyaux, tes souffles, tes yeux, ta peau.

La famille ferme les portes à l'espoir,
l'optimisme n'est pas de rigueur ;
la rigueur est tout ce qu'elle a à cœur
et son credo,
son hymne,
son fait,
se résume à la règle de l'endurance,
de marche ou crève,
du pain rassis et des souffrances
affrontées et digérées.
Endurées. »

Pour en savoir plus sur « Civilisé », de Walter Ruhlmann, qui est vendu au prix de 7 €, contact  : wruhlmann@gmail.com

lundi 10 juillet 2017

"Les agrès du plaisir", de Robert Roman


Publié par les éditions du Contentieux, « Les agrès du plaisir », de Robert Roman est consacré au sexe très brutal. 

Peut-être inspiré par des photographies d'un monde post-industriel (merci les usines fermées...), les textes qui composent « Les Agrès du plaisir » - une nouvelle et trois brefs pavés en prose (des « embuscades ») - semblent se dérouler dans ces lieux d'outre-tombe, voués à la mort autant qu'au plaisir, destinés à de véritables séances de torture en même temps que de plaisir.

Politiquement pas très correct, « Les agrès du plaisir » remplit son objectif : décrire les choses sans y mettre du romantisme, ou alors, il sera très gothique. Quant à savoir s'il y a là-dedans de l'humour au dixième degré ou pas du tout, je vous laisse juges.

Extrait de « les agrès du plaisir », de Robert Roman :

« Deuxième embuscade

Tapis. Deux experts du fondement. Un couple de narines aux frémissements dilatés. Grand écart animal. Chutes d'airain . Nombrils en creux. Une envie de starting-block à l'extrémité des talons. La sueur se déplace dans le repli des peaux. Le mascara vacille. Titube un vagabond nocturne. Son air penché a séduit. Feu ! Nos sloughis s'élancent. Placage en règle et bâillon de rigueur. Les haillons dispersés se tendent vers les étoiles. Des doigts de fer se vissent dans le fessier. Un dard anxieux féroce le passage, visite les muqueuses, possessionne l'intérieur, travaille l'empalement. Le rouge et le blanc s'entremêlent dans un tournoiement de filaments Mouvement de croupes. Le premier se rétracte. Le vagabond, allégé ; esquisse un regard de plaisir. Son orifice murmure une prière secrète. Le second l’enfourche et l'exauce. E pal devient câlin, sa semence, une douceur. Retrait. Son postérieur déborde. Ils ont disparu.

Un vent chaud souffle dans on entaille. »

L'illustration de couverture est de Pascal Ulrich. Les photographies des pages intérieures sont de l'auteur.

Pour en savoir plus sur « Les agrès du plaisir », de Robert Roman, qui est vendu au prix de 5 €, contact : romanrobert@gmail.com

mercredi 5 juillet 2017

« Alpha-bêêê », de Sébastien Kwiek


Publié par les éditions « La chouette imprévue », « Alpha bêêe », de Sébastien Kwiek, n'est pas un recueil de poèmes, comme on aurait pu s'y attendre dans ces chroniques, mais une « fable théâtrale ».

De plus, comme précisé en quatrième de couverture, « Alpha bêêê » ne comprend pas tous les ressorts d'une pièce de théâtre, dans le sens classique du terme. Il n'y a pas d'histoire, pas de personnages identifiés.

En fait, chaque tableau de cette fable théâtrale comprend un titre dont la première lettre suit l'ordre de l'alphabet. Ce livre est composé de 26 parties distinctes entre elles, sans ordre chronologique. Et chaque personne qui s'exprime est simplement nommée d'une lettre (celle de la lettre de l'alphabet qu'elle illustre), et d'un chiffre, par exemple A1.

Cependant, derrière cette apparente disparité de fond (aux dépens de la forme) qui semble caractériser « Alpha bêêê », ce livre possède une véritable unité thématique.

En effet, chacun des tableaux décrit une situation de travail, dans laquelle, au nom de la concurrence et de la maximalisation des profits économiques, l'humain est ravalé au rang de chose, elle-même désignée par cette lettre et ce chiffre, ou de… mouton !

Sont ainsi mises en scène un accident de travail, un licenciement, une écoute psychologique, cette dernière constituant le mince lot de consolation face à la violence au travail, à moins qu'il ne s'agisse de cette fameuse pantoufle, représentée à la une de couverture, très joli bien de consommation.

En résumé, « Alpha bêêê » de Sébastien Kwiek, résume bien les problèmes très actuels qui touchent notre société et contre lesquels il serait bien que l'on se batte. 

Les illustrations (dont celle de couverture) sont de Fabian Lemaire.

Pour en savoir plus sur « Alpha bêêê », de Sébastien Kwiek, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.lachouetteimprevue.com/

lundi 3 juillet 2017

"Deux", de Philippe Jaffeux



Il est des livres qui sont faciles à lire et je ne les aime pas toujours, les trouvant trop superficiels.
Il est des livres qui sont difficiles à lire et que je n'aime pas lire, car ils sont tout simplement illisibles, expérimentaux pour le plaisir de n'être pas compris et d'en foutre plein la vue aux profanes.
Et enfin, il est des livres qui valent la peine d'être lus, même s'ils sont difficiles à lire.

« Deux », de Philippe Jaffeux, publié par les éditions Tinbad, appartient pour moi à cette dernière catégorie de livres.

Comme toujours chez l'auteur, il s'agit d'une suite de phrases qui peuvent être lues dans le désordre, même si elles sont dites par deux personnages n°1 et n°2 et même si elles sont destinées au théâtre, comme précisé sur la couverture.
Le temps est ici circulaire, c'est celui de l'informatique, de l’immatériel. Il n'y a ni passé, ni futur, le temps se contente de s'enrouler sur lui-même.

À l'infini, presque, les deux personnages parlent de l'absence de ce Il. Très vite, bien entendu, le lecteur comprend que ce Il n'apparaîtra jamais, tel un Dieu, seul point commun avec lui, en l'absence de toute transcendance.

C'est pour cette raison que ce texte m'a parfois fait penser au « génie » d'Arthur Rimbaud, dans son énonciation. Il est celui qui peut tout faire, même si finalement, il ne fait rien, cette certitude amusante se renforçant au fil des pages.

Et finalement, cette absence de « Il », n'est pas un problème, car l'important, c'est que le « Nous » apprend très vite à se situer par rapport à ce « Il ». Malgré ses incapacité (aphasie) et immatérialité (alphabet comme seule image à offrir), le « Nous » acquiert sa dynamique dans ses interlignes, ce qui fait de l'ensemble de ce livre quelque chose de lumineux.

Dans ce dialogue à bâtons rompus qui s'étale sur deux cent trente pages, j'ai juste regretté les quelques phrases bâties sur des répétitions d'assonances, le lecteur ayant l'impression qu'elles ne relèvent que de la virtuosité du jeu de mots.

Il n'en demeure pas moins que se dégage de ce livre une richesse presque invraisemblable. La phrase, en nous entortillant avec elle, exprime à elle seule le tout du monde. Ce livre est une mine de formules, dont aucune ne peut se dégager par rapport aux autres, puisqu’il s'agit du résultat de l'instant : recomposition continue et instantanée d'un monde, malgré l'absence.

Extrait de « deux », de Philippe Jaffeux :

« N°1 : Ses lettres sont des organes qui sentent le point commun entre nos yeux et nos bouches. Nous habitons les voyages d'une parole qui ressemble à une image de notre hôte. Il déconstruit notre représentation parce que nous intégrons nos visions au moment de sa transparence.

N°2 : Le creux de nos existences s'organise autour d'un vide qui caricature son absence. La peau de notre langue recouvre la sensibilité de nos voix avec ses désirs inaudibles. Nos yeux musclent l'écoute d'un aveuglement qui répond à son aphasie éblouissante. »

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Deux », de Philippe Jaffeux, qui est vendu au prix de 21 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionstinbad.com/ 

"Le crématorium inutile", de Valéry Molet


Premier recueil publié par Valéry Molet, en l’occurrence aux éditions Ex Aequo, avec « Le crématorium inutile » (rein que le titre, déjà, m'a titillé), je me suis senti en terrain connu.

En effet, j'y retrouve certaines des caractéristiques des poèmes que j'ai pu écrire il y a quelques années : goût des images poétiques, joli regard critique sur ce qui entoure l'auteur, et enfin, sensation issues de la fréquentation d'un sport (course à pied) et d'une ville (Vézelay) que je connais bien.

De manière générale, il s'agit dans ce livre d'impressions de vacances, de villégiature, qui se déroulent en divers endroits : mis à part Vézelay, l'Espagne, La Bretagne, Vincennes…

Il est question d'amour aussi dans ce livre, de l'amour d'un couple , plus précisément.

Cependant, la vacance de l'esprit fait ressortir le vide et donc l'inutilité de toutes choses, d'où cette ironie envers soi-même et cette distance envers l'autre, l'extérieur (humains comme paysages) qui, la plupart du temps, l'emportent, à mon sens.

Outre la richesse des images, « le crématorium inutile », de Valéry Molet vaut également par le sens des formules qui ressortent avec netteté, vous sautent à l'esprit, mélange de puissance lyrique (images) et concision de l'instant qui blesse.

Extrait de « Le crématorium inutile », de Valéry Molet :

« Dans l'horreur de l'été

L'été appartient aux pauvres gens
Le bruit s'extasie en sandalettes
Les orteils bringuebalent dans les bistrots
Les chevaux-vapeur scalpent les cervelles ornant
Leurs chiens de prénoms d'acteurs américains
L'univers est un panneau signalétique prévenant de la sortie d'engins,
Une chose insignifiante comme la biographie d'un auteur,
De l’humour noir comme un soleil aux teintes
tanniques.

Les couloirs aériens mécanisent les nuages
Chaque avion est lourd
La lune s'amincit ans sa gaine de gazole et de nuit
Le raffut des tracteurs admoneste les champs
insonores
Emblavés d'essence et butés de blés.

Et pourtant le petit Joseph s’épanouit
Avec ses yeux de cidre et de cassis
Son visage a une mine de limace après al pluie
Et ma femme discerne l'amour enfin crû
Tandis que nos deux vies dessinent une voûte en
arc de cloître
Et que les berceaux nous enferment et nous libèrent
tout à la fois.

Il n'y a plus que nous, parfois,
Qui formons une natte imparfaite
De cheveux gris et d'amour
Que le crépuscule maltraite
Comme l'océan deux-pieds droits
Peu importe si la nuit commue le jour en jour. »

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Le crématorium inutile », de Valéry Molet, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editions-exaequo.fr/

lundi 26 juin 2017

"Les heures de battement", d'Alissa Thor



Premier recueil poétique publié par Alissa Thor aux éditions de l'Aigrette, « Les heures de battement » est un livre de poèmes courts en vers courts, marqué par la conscience de son propre corps.

Et c'est bien cette caractéristique, témoignant d'une sensibilité poétique affûtée, qui me fait aimer ce livre.

En effet, Alissa Thor montre comment le mental peut influer sur le physique. Comment les impressions, bonnes ou mauvaises du quotidien, se traduisent en sensations désagréables ou agréables pour le corps.

Ainsi, les poèmes réunis ici étonnent par leur justesse, car le lecteur ne peut que comprendre qu'il ne s'agit pas là que de mots.

Extraits de « Les heures du battement », d'Alissa Thor :

« Merveille

Tu entres
Dans mes bras

Comme

Le soleil
Racle
La cour

Retourne
La maison
De l'autre côté

Tout au fond de moi-même
L'air
Fait une embardée »

Et « Tipi

Rien à faire
Après tout ce temps

Je me fais toujours
Un bleu
Au même endroit

Je relève
La tête
Trop vite

Tape
Le coin
Dur

Mais qu'est-ce que
Je fabrique
Aussi

La vie
Accroupie
Sous la table
Enfouie
Dans la toile cirée
À carreaux
De la cuisine ? »

Le livre est précédé d'une citation extraite de « Des raisons d'écrire », de Francis Ponge.

L'illustration de couverture est de Nathalie Collange.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « « Les heures de battement », d'Alissa Thor, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de son éditeur, http://www.maisondelapoesiedeladrome.fr/editions.html

"Poème-Passeport pour l'Exil", de Murielle Compère-Demarcy et Khaled Youssef

Publié par les éditions Corps Puce, dans la collection « Liberté sur parole », « Poème-Passeport pour l'Exil » est un dialogue poétique consacré à la séparation d'avec ses racines.

La séparation est d'ordre physique pour Khaled Youssef, puisque ce poète, vivant aujourd'hui en France, est né à Damas en Syrie, pays en guerre depuis plusieurs années.

La séparation est d'ordre mental pour Murielle Compère-Demarcy, qui décrit notamment l'état de stupeur produit par les attentats ayant eu lieu en France depuis 2015 (Charlie Hebdo, Nice).

De manière paradoxale, à première vue, à la puissance des longs poèmes de Murielle Compère-Demarcy, répond la sobriété des courts poèmes de Khaled Youssef, qui est plus directement touché par ces heurts qui touchent son pays d'origine.

Mais il y a peut-être là, la difficulté à exprimer l'inexprimable, qui est pris en charge par son interlocutrice.

Ainsi, le dialogue entre les deux auteurs fonctionne très bien, leurs styles respectifs se complètent, entre coups de chaud et pincement de cœur, comme :

« Dans un élan de démocratie
la société généreuse
m'a accordé la liberté d'expression

dans une boite de conserve » (Khaled Youssef)

Extraits de « Poème-passeport pour l'Exil », de Murielle Compère-Demarcy et Khaled Youssef :

« Des frissons font trembler
la carène
où le jour embarque
apte à se fracasser

où calfater ce quotidien
apte à prendre l'eau
dès le premier écueil

Des frissons parcourent
la carcasse
et le déploiement des œuvres vives
rassemble les reflets
de sa coque
pour mieux conquérir
Reconquérir
cette unité de soi
dispersée
dans les déchirures du monde » (Murielle Compère-Demarcy)

« Une autre rose
coupée de ses racines
s'est fanée ce matin
je l'ai inscrite sur la liste
des martyres de l'exil » (Khaled Youssef).

Le livre est préfacé par Nada Skaff.

La photographie de couverture est de Khaled Youssef. Les photographies des pages intérieures sont de Khaled Youssef et Michel Bourbier.

Si vous souhaitez vous procurer « Poème-Passeport pour l'Exil », qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://corps-puce.org

"Quelques mots migrateurs", de Patrick Joquel


Publié par les éditions Corps Puce, dans la collection « Cent papiers », dont c'est le volume 10, « Quelques mots migrateurs », de Patrick Joquel, est un texte engagé socialement - car consacré aux migrants - qui me paraît avoir atteint son but.

Celui d'interpeller le lecteur, non pas avec de grands discours théoriques, mais avec l’œil du poète qui décrit la réalité en images.

Sans compliquer le poème, sans l'alourdir inutilement, Patrick Joquel nous donne à voir les difficultés que rencontrent les migrants, une fois qu'ils arrivent en France. La question n'est plus de savoir si on les accueille ou pas, mais de savoir comment se sortir, avec de vraies solutions respectant le genre humain, de ce qui se passe sous ses yeux.

Extrait de « Quelques mots migrateurs », de Patrick Joquel :

«  Ils campent
cartons
palettes et bouteilles à la mer
bâches au vent
boues aux pieds

Ils s'organisent
Ils sont vivants

Bénévoles
certains les soutiennent
soupes
douches
recharge du portable
paroles et papiers administratifs
délit de solidarité

Ils agissent
et de biens moulés
de bien pensants bien droits dans leurs bottes
de bien sérieux démantèlent les campements
sauvages
Option dispersion
option mise à l'abri catégorie oubli
option étude au cas par cas
option retour garanti

Pourquoi ne prend-on pas plutôt en compte
leurs savoirs
leurs compétences
et leurs désirs
? »

« Quelques mots migrateurs », de Patrick Joquel, est accompagné d'une préface de Jacqueline Held. 

La photographie de couverture (de deux grands migrateurs) est de Jean Foucault.

Si vous souhaitez vous procurer ce livre, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://corps-puce.org

lundi 5 juin 2017

"Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard


Publié par les éditions Publie.net, "Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard est une invitation au voyage, mais pas envisagée avec romantisme (Baudelaire). 

Il y a là plutôt un acte militant, le fait de vouloir rompre avec notre civilisation, notre façon de vivre uniformisée. C'est un appel à sortir de ça par une incantation lancée au lecteur, obéissant au rythme de la personne qui cherche son rythme de marche.

Les mots de Sébastien Ménard, traduisant cette posture d'accueil, sont faits pour être dits à voix haute. D'où ces reprises, d'où ces phrases courtes qui enchaînent volontiers des listes. 

Si la poésie de l'auteur est une poésie du départ, donc du mouvement, elle est aussi une poésie des campements, de la halte au milieu d'espaces, saisis à travers des images fixes, comme les personnages d'une crèche, avec notamment, cet ours.

Extrait de "Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard :

"Nous avons allumé un feu nous avons regardé les flammes nous avons écouté les vents. Nous avons discuté tard car l'un d'entre nous tremblait. Nous avons dessiné dans la poussière - nous avons sifflé des mélodies nous avons soufflé des bougies. Nous avons poursuivi des silences feuilles de printemps - nous avons touché l'écorce des arbres comme nos peaux - nous avons nommé des plantes et les possibles - nous avons imaginé des plans et arrangé une cabane - nous avons cherché un poème nous avons écrit dans un carnet - nous avons déclenché l'obturateur de nos regards nous avons cru - un instant - qu'on pourrait tenir comme ça longtemps - nous avons sorti de nos tripes notre souffle tendre et chaud."

Je précise que ce livre est également disponible sous format numérique.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Notre désir de tendresse est infini", de Sébastien Ménard, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://www.publie.net/

dimanche 4 juin 2017

"Ici commence la frontière", de Pierre Moreno

Publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "Ici commence la frontière", de Pierre Moreno se compose en fait de deux poèmes-fleuves, le premier donnant son titre au recueil, et le deuxième s'intitulant "Du cap".

Poèmes en vers libres, de longueurs diverses, toujours centrés sur la page (ce qui leur donne justement la forme d'un fleuve), les deux textes publiés ici sont d'une rare richesse d'images et montrent un souffle poétique qui va avec.

Les deux textes s'articulent autour de refrains qui les relancent, comme par exemple : "Ici commence la frontière" ou "Le cap est passé".

Un appel à chaque fois à passer les limites, à basculer dans un autre monde.

Le lecteur peut y voir plusieurs choses : un appel à l’aventure, ou plutôt à toutes les aventures imaginables, mais également un appel à basculer dans le monde de la poésie, où justement n'existent plus les limites de la réalité, où chaque image ouvre un nouveau monde merveilleux, autant meilleur que le précédent, parce qu'autre.

Même l'apparition du père, puis sa disparition, servent de prétexte à digressions.

"Ici commence une frontière", c'est un peu comme un palais des glaces. On s'y perd, sauf que les miroirs qui nous sont renvoyés, ne sont pas transparents, mais sont autant de peintures aux couleurs chatoyantes.

Extrait de "Ici commence la frontière" :

"Ici commence la frontière
Qui se dessine sur nos mains comme un
rivage inconnu
Comme la migraine et la soif
Comme le chant de l'alouette
Comme la lutte et le repos
Nous sommes arrivés un jour de carnaval
Et les cris des enfants pavoisaient les rues
blanches
A la terrasse d'un café
Nous avons dit "Passez !"
Au retour bariolé des fontes
Comme aux aiguilles d'une montre
Ce défilé nous attendait nous avions toutes
les audaces
Les yeux brillaient le ciel riait
Et toutes les portes de la ville
S'ouvraient devant notre passage
Nous disposions de nos chimères comme
d'un jardin clos sous nos mains
Et l'avenir en habit de fête avait rejoint le
cortège
Puis le soir est sorti de sa voûte de plumes
Languissant dans sa traîne ponceau
seigneur de haut parage
Entrouvrant sa poitrine de cerisier blessé
Sans s'étonner nos lèvres ont goûté de son 
sang
Te souviens-tu elles ont roulé
Comme des dés
Dans le corset entrouvert des rues
aromatiques (...)"

Les illustrations (dont celle de couverture) sont de Marc Gratas.

La préface est d'Alain Kewes.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ici commence la frontière", de Pierre Moreno, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html