vendredi 19 mai 2017

« Un récit », de Chloé Landriot

Édité dans la collection Polder de la revue Décharge (supplément au numéro 174), « Un récit » est le premier recueil publié de Chloé Landriot.

Ce texte est en fait un récit primordial, celui de la genèse des éléments qui composent la terre : pèle-mêle, air, minéraux, eaux, végétation, arbres, bêtes et êtres humains (d'autres bêtes un peu spéciales).

À cet égard, je précise que ce récit n'est pas religieux, mais plutôt athée. Et d'ailleurs, ça se gâte quand l'homme a voulu se rendre maître de la terre et de la vie, à l'ère de raison, grâce à la science, ce qui nous rapproche dangereusement de notre aujourd'hui.

Après une illustration couleur qui symbolise la destruction de toute vie par les eaux, « Un récit » s'achève sur une note à la fois pessimiste et optimiste, car la fin des anciens hommes, c'est le début des nouveaux, dont on peut encore espérer quelque chose.

Dans sa préface, Jean-Pierre Siméon a raison de souligner le lyrisme de cette poésie. Cela me semble, en effet, caractériser le style de Chloé Landriot. Quelque chose d'ample aussi, de confiant en la nature, qui avance, sans être brisé dans son élan.

Extrait de « Un récit » :

« Nous avons été des arbres
Et le temps pour nous n'avait pas la même
    couleur

De notre apparition il n'est nul souvenir
Nul ne dit notre histoire
Pourtant chacun la sait au plus profond de soi

Nous avons été des arbres
Sans effort nos racines
Ont lentement plongé dans le sol
Faites pour épouser pour embrasser la terre
Pour l'étreindre sans fin au-delà de la vie -
Jusque dans notre mort nous épousons la terre
Amants indéfectibles - (...) »

Les illustrations (dont celle de couverture) sont de An Sé.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Un récit » de Chloé landriot, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.dechargelarevue.com/La-collection-Polder-.html

lundi 15 mai 2017

"Le far West est un cimetière comme un autre", de Fabrice Marzuolo


Autoédité sur Amazon, "Le Far West est un cimetière comme un autre", de Fabrice Marzuolo est un recueil de neuf nouvelles qui, à mes yeux, vaut vraiment la peine d'être lu.

Rien que le le titre déjà !

J'ai à plusieurs reprises rigolé en lisant ces portraits de perdants solitaires, résolument perdants, résolument solitaires, mais qui connaissent toujours leur unique instant de liberté.

J'ai été surtout bluffé par ces jeux de mots qui sont autant de raccourcis spatiaux et temporels, et qui retombent sur leurs pattes, résumant sans fard des vérités vraies, tellement vraies qu'on ne les lit pas souvent.

En voici un exemple (mais il y en a plein d'autres) :

"Il a eu une belle mort, je l'ai entendu souvent ce machin, mais après une moche vie, ce n'est pas un exploit non plus ! Surtout qu'une moche vie, même courte, c'est l'infini à côté d'une belle mort qui dure le temps d'un pet que t'as pas le temps de dire ouf ! Pourtant j'en connais moi des qui ont eu tout moche, tout le long, jusqu'au bout ! Je sais que ça me pend au nez, que c'est bien parti pour cette sale misère, et les autres le sentent aussi, quand ils me voient arriver, je devine combien ils ne voudraient pas prendre ma place, pour rien au monde - la belle affaire ! S'ils croient que je la voulais, moi, ma place !"

(extrait de "Le comptable").

Ou bien visez-moi le réalisme de ce portrait :

"Mais c'était Michel que j'avais vu réapparaître un jour, dans une impasse. Il n'avait pas l'air à la joie; des orbites de prof en arrêt de dépression; une gueule tout droit giclée d'un pinceau expressionniste; tendance cavalier bleu culbuté de sa monture; plus largement - giclée d'une de ces œuvres tombées sur le cubique, tant, que pour différencier la toile de la palette, faut être un fameux expert. Voyez mieux sa tête maintenant, non ?"

Pour les lecteurs qui préfèrent les légumes ramassés au cul du jardin que dans les rayons bios des supermarchés.

Et pour vous procurer "Le Far West est un cimetière comme un autre", de Fabrice Marzuolo, qui est vendu au prix de 10 €, tapez le nom de son auteur sur Amazon.

"Gengis Jobs", de Jean-Marc Proust

Publié par les éditions Rafaël de Surtis dans la collection "Pour un ciel désert", "Gengis Jobs", de Jean-Marc Proust, est résumé par son titre qui est une contraction de Gengis Khan et de Steve Jobs.

Ainsi, ce livre constitue le résumé de deux vies parallèles, en apparence éloignées l'une de l'autre, car se situant à deux époques différentes, le Moyen-Age pour Gengis Khan et l'époque contemporaine pour Steve Jobs.

De plus, elles montrent la vie d'un conquérant mongol, d'une part, et d'un chef d'entreprise informatique, d 'autre part.

Là où ça devient intéressant, c'est que Jean-Marc Proust montre que ces deux vies-là sont non seulement parallèles, mais aussi équivalentes.

Leur moteur est toujours le même : une soif de pouvoir insatiable, et volontiers destructeur, voire auto-destructeur : d'ailleurs, ces existences se terminent par deux morts, ou solitaire, ou prématurée.

Plus extraordinaire encore : elles se ressemblent souvent dans leur déroulement.

Ainsi, on le sait : les conquérants d'hier (pouvoir militaire) sont devenus les chefs d'entreprise d'aujourd'hui (pouvoir économique).

Pour donner à voir ce qu'il entend dire, Jean-Marc Proust procède par collages, s'inspirant de deux livres de Michel Hoang et Walter Isaacson.

Le résultat de cette démonstration est impitoyable :

"XXXVII

    "J'ai commis beaucoup de cruautés et j'ai fait tuer un nombre incalculable d'hommes sans savoir si c'était juste mais ce qu'on dira de moi m'est indifférent.
     C'est sûrement pour cela que je n'ai jamais aimé les interrupteurs on/off sur les produits d'Apple".

La postface, intitulée "Citizen Khan" est de François Huglo.

L'illustration de couverture est de Joële Fontaine.

Pour en savoir plus sur "Gengis Jobs", de Jean-Marc Proust, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.rafaeldesurtis.fr/

mardi 9 mai 2017

« 30 poèmes », d’Étienne Paulin

Publié par les Éditions Henry, « 30 poèmes » d’Étienne Paulin est divisé en trois séquences, avec, en plus de celle qui donne son titre au livre, deux autres parties intitulées « Pneus Dieu » (une seule page) et « Vers la vraie pacotille ».

Par rapport aux précédents recueils de l'auteur que j'ai pu lire et chroniquer, je trouve dans ce livre davantage de dépouillement (la plupart du temps) et une préoccupation plus importante quant au sens du poème.

En dehors de cette préoccupation, dont je ne me sens pas forcément le plus proche, ces courts poèmes en vers libres, également courts, me font irrésistiblement penser aux petites villes de province.

En effet, ils se passent toujours dehors et de préférence l'été. Et l'espace entre les strophes correspond à toute la somme de vide qui est contenue en ces endroits : vide social, faute d'un aménagement complet du territoire, et puis évidemment, solitude, vide des apparences, du non-dit comme du non-vu.

Ces poèmes sont également traversés par la lassitude, avec quelquefois, des pointes de dérision comme, par exemple, dans ce poème :

« tes insurgés sont bons
et
puisqu'ils sont là
cours les aimer

cela fait une armée toujours

toi qui n'as pas idée
tu peux aller combattre »

Étienne Paulin me semble aussi être passé maître dans l'art des petites touches (d'ailleurs, il n'y a presque jamais de majuscules, ici) et de l'équilibre à trouver entre ces mots, qui sont noyés dans du vide.

Extrait de « 30 poèmes » d’Étienne Paulin :

« je suis au paradis de la tristesse. partout volète le temps mort
et le feu ne prend pas : il danse, il n'a pas pris.


l'amour et les larmes volages
sont morts         le vent les tape
biffe les rêves


l'été s'endort en quarantaine
le docteur dit tout vendre alors on vend tout


tout se passe
aux confins sans nous »

Si vous souhaitez en savoir plus sur « 30 poèmes », d’Étienne Paulin, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionshenry.com

« Le pays de l'enfant ocre », de Michèle Capolungo


Publié par les éditions Vagabonde, « Le pays de l'enfant ocre », de Michèle Capolungo, n'est pas, comme je l'ai cru d'abord, un recueil de poèmes, mais le récit autobiographique du retour de l'auteur à Madagascar (et dans une moindre mesure, au Vietnam).

Il s'agit donc beaucoup plus qu'un récit de voyage, car Michèle Capolungo part ici à la recherche de son passé, puisqu'elle a vécu durant son adolescence avec sa famille à Madagascar, ayant un père militaire.

Dans « Le pays de l’enfant ocre », la forme suit avec bonheur le fond. Évitant une progression trop linéaire, l’auteur mélange avec bonheur souvenirs et présent, dévoilant peu à peu ce qui fut sa vie en pays désormais étranger.

Et ses incertitudes viennent à la fois du passé et du présent, et plus particulièrement de l'approximation de ses souvenirs, à jamais en partie enfuis, ainsi que de sa difficile place à tenir vis à vis des autres.

En effet, les habitants de Madagascar ne voient en elle qu’une simple touriste, soit un « robinet d'argent », alors qu'elle voudrait appartenir encore à ce pays et à ses habitants.

Ces sentiments mélangés sont décrits avec finesse et justesse dans « Le pays de l'enfant ocre ».

Extrait de ce livre :

«   Je pressens déjà que ce retour ne m'octroie aucune place. Dépassée dans ce pays quitté depuis si longtemps, craignant tout écart colonialiste, je m'impose une posture compassée. Que sais-je de mon passé ?
   Quelques quarante ans plus tard, mes pieds foulent à nouveau le sol malgache et je guette une brise que je ne sens pas. »

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Le pays de l'enfant ocre », de Michèle Capolungo, qui est vendu au prix de 8,50 €, rendez-vous sur le site de son éditeur : http://www.vagabonde.net

vendredi 5 mai 2017

« On dirait que le temps tourne en rond », de Charles Desailly

Prix des Trouvères 2017, Grand Prix de Poésie de la ville du Touquet (jurés lycéens), « On dirait que le temps tourne en rond », de Charles Desailly, publié par les éditions Henry, dresse le bilan provisoire d'une vie.

L'originalité de ce livre tient justement à ses forces d'opposition.

En effet, la première partie, intitulée « La tentation du temps zéro, l'enfance » décrit l'enfance comme un moment, sauf exceptions, merveilleux ou, du moins, poétique. Cette combinaison, bien qu'elle soit très bien rendue, n'est pas rare en poésie. Cependant, il est aussi rare que l'enfance soit connotée de manière négative.

Malgré tout, avec les deuxième et troisième parties, intitulées respectivement « L'épreuve du désir » et « Les heures épuisées », le bilan positif semble s'inverser, l'âge venant, après le temps intermédiaire de l'incertitude.

Cette vision de la vie ne cherche donc pas à nous bercer d'illusions, n'essaye pas de trier le bon grain de l'ivraie. Hélas, il faut l'avouer, cette expérience me semble plutôt courante (d'ailleurs, ici, le pronom indéfini « on » est très souvent employé), mais elle est peu rendue en poésie, surtout dans un même parcours de lecture.

Le style de l'auteur, Charles Desailly, est on ne peut plus clair, même si les images sont très souvent présentes, ces deux caractéristiques rendant la lecture plus agréable.

La lecture agréable tient aussi au format des poèmes.

Là encore, bien que chaque texte contienne plutôt des versets que des vers, il en ressort une impression générale de brièveté. Car l'unité de valeur n'est pas ici le poème, mais plutôt la phrase qui le compose, celle-ci pouvant être facilement isolée des autres qui l'entourent.

Extrait de « On dirait que le temps tourne en rond », de Charles Desailly :

«    Les trous de repli sont des heures chargées de ciels noirs.
      Les trous nous signifient la fragilité du temps l'espace figé dans la membrane de l'absence.
      Un vieux rêve caresse l'ankylose de l'enveloppe.
    Par nuit traversée d'étoiles on aime l'idée du corps frissonnant les mots vont à l'épaisseur du manque à la fragilité des disparitions.
      Ce qui tombe dans le trou n'est que le reflet de nos vies faciles.
      Le silence sans voix nous protège du voyage programmé.
     Nos défaillances ressemblent à des terres brûlées et longtemps nous traînons à l'assaut des jours emmurés. »

L'illustration de couverture est d'Isabelle Clément.

Ce livre est préfacé par Jean Le Boël, qui rend compte des délibérations du jury des lycéens.

Pour en savoir plus sur « On dirait que le temps tourne en rond », de Charles Desailly, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionshenry.com/

"Guerres", de Laurent Robert


Il peut paraître incongru de prêter la forme du haïku, ce poème japonais en dix-sept syllabes, à la description des guerres, comme le fait ici Laurent Robert, dans ce recueil sobrement intitulé « Guerres » et qui est publié par « Le chasseur abstrait éditeur ».

En effet, dans le haïku classique, le poète cherche surtout à décrire l'immuabilité du cycle des quatre saisons.

Cependant, il n'en demeure pas moins que la guerre se joue au-dehors, donc, dans un décor marqué par la nature. Ici, le lecteur pense surtout au conflit de 14-18, d'autant plus que des fragments en anglais, qui émaillent les poèmes publiés ici devenant parfois presque bilingues, sont tirés d’œuvres de poètes ayant vécu la grande guerre (Wilfred Owen, Robert Graves).

De plus, dans sa brièveté, le haïku traduit la brièveté de la mort, et partant, l'horreur de la guerre.

Mais le texte de Laurent Robert ne se limite pas uniquement à ces moments de guerre. Dans son « Chant II », il parle aussi de sexualité, de ces instants de permission entre les guerres, dont le haïku traduit la brutalité. De l'amour comme une guerre presque, car il faut se dépêcher de vivre avant de mourir. Ici, c'est le poète autrichien, Georg Trakl, connu pour ses amours incestueuses avec sa sœur et son attirance pour la mort, qui prête ses fragments, parfois, aux poèmes.

De ce point de vue, le « Chant III » de « Guerres » semble opérer cette réunion de l'amour et de la mort au-dehors. C'est aussi le moment de retourner sur le front, lorsque le souvenir de l'aimée se dissout dans les machines de guerre.

Extraits de « Guerres » de Laurent Robert :

« 13.
Heureux les soldats
Who lose imagination
Au barda sans rêve

23.
Fatale pétoire
Browning F1903
FN de Herstal

38.
De toute façon
Il n'arrive jamais rien
Herbes dans la boue » (Chant I)

« 6
Entrer dans ton corps
S'y faire un chemin humide
Avant l'explosion


22.
Nestor Gianaclis
Ton haleine tabagique
Et bleue avalée

31.
Soupir des amants
Lamentation des non-nés
Einsame Wandeln » (Chant II)

" 6.
Le silence est rouge
Crépuscule des jacinthes
Pavots aux paupières

32.
Orphée au crayon
Dans la gadoue impérieuse
Pleure une âme morte

44.
Des fleuves brandis
Nuit de femme qui accouche
Sanies de l'aurore » (Chant III)

Pour en savoir plus sur « Guerres » de Laurent Robert, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://lechasseurabstrait.com/

mercredi 3 mai 2017

"Le papillon rémanence", de Pierre Bastide



« Le papillon rémanence », de Pierre Bastide est un joli recueil de petit format publié par les éditions du Frau dans sa collection "Bêtes noires".

Comme souvent, dans les poèmes de Pierre Bastide, le jeu le dispute au merveilleux. Il s'agit ici de renouer avec le passé à l'aide de deux armes magiques : l'écriture bien sûr, et aussi l'image visuelle.

Cette dernière est obtenue à travers les illustrations (silhouettes découpées photographiées en noir et blanc) de Philippe Thémiot qui s’immiscent dans le poème, à moins que ce ne soit l'inverse.

Pourtant, il n'est pas certain que le merveilleux de l'enfance l'emporte sur le présent de l'adulte. Car ce dernier sait comme personne nous ramener à l'actualité de ses victimes, des morts violentes que le présent provoque. 

Ne pas voir ça, c'est faire preuve de mauvaise vue. L'auteur se le reproche et en fin de compte, il est plutôt certain que le papillon rémanence ne l'emportera pas, ou du moins, qu'il n'apportera pas les bonnes images, les bons fluides.

Dans « Le papillon rémanence », les vers libres ne provoquent pas l'alinéa. Ils sont simplement séparés par une barre de mesure et divisés en plusieurs « versets », ce qui donne au poème davantage de densité.

Extrait de « Le papillon rémanence », de Pierre Bastide :

« oh ce sang tout ce sang / une fusillade deux explosions / cent trente morts quatre cents blessés / tant ici tant et tant / si on refaisait l'inventaire / le raton laveur de Prévert revu à la lumière de l'effet papillon

tu te souviens de li fet met (prononcer li fête mette) / sur son lit d’hôpital ton père te dit li fet met tu sais ce que ça veut dire en arabe li fet met ? / le passé est mort ! / tu te souviens des parties de pêche avec ton père / c'est du passé / il est mort à présent

le papillon Rémanence danse / au bout de la ligne embrouillée il y a longtemps / il y a une rime / une virgule d'argent / forcément ».

Pour en savoir plus sur « Le papillon rémanence », de Pierre Bastide, illustré par Philippe Thémiot (dont le prix de vente est de 5 €), rendez-vous sur le site de l'éditeur : http:editions-du-frau.jimdo.com

lundi 24 avril 2017

« Sous la cognée », de Morgan Riet


Nostalgie, quand tu nous tiens !

« Sous la cognée » de Morgan Riet, publié dans la collection « C'est à dire » des éditions Voix Tissées, renvoie sans aucun doute possible aux souvenirs d'enfance de l'auteur.

Étant de la même génération que ce dernier, les poèmes qui composent « Sous la cognée » me parlent d'emblée, car j'y retrouve des choses très « Old school » : ces Dyane jaune, R 12, bonbons mous Kréma, Goldorak, même ce skateboard dont Morgan Riet a raison de rappeler l'existence.

Au-delà de ces éléments bien ciblés, le lecteur croise également des lieux et "jeux" qui renvoient plus largement à toutes les enfances : manèges, chien noir, préau de l'école, cantine, piscine, football, vélo, premier flirt, bagarres, etc. Bref, toutes ces pauvres choses qui, parfois malgré elles, suffisent à exprimer l'inexprimable.

Ainsi, dans ces poèmes soigneusement découpés en plusieurs strophes et vers courts, Morgan Riet appuie avec précision là où ça fait mal, car il évoque bien souvent un monde et des personnes aujourd'hui disparues, avec les regrets qui vont avec.

Cela n'empêche pas l'auteur d'émailler certains de ces poèmes de jeux de mots, comme par exemple, dans « ici et là » :

« Inexplicablement, moi
dans le lit, sur le bord

du trottoir, en bas
de la cage d'escalier

sise en-dessous de ma
chambre où je suis, ici

et là, si bien que
ne sachant plus si je

dors ou pas – nuit, peur,
pleurs contigus, reje-

tés, classés se-
cri d'enfance. »

Avec le temps passé, la méticulosité du souvenir libère toute sa saveur poétique et montre que l'enfance ne nous a pas quittés d'une semelle, et qu'elle se déplace en même temps que nous, comme une ombre.

Extrait de « Sous la cognée » : « Petit cheval »

« Aujourd'hui, des cordes. Tendue,
capricieuse la voix
du ciel sur les graviers
de la rue encore en chantier
me ramène à ces pleurs
retour d'une fête foraine.
J'avais quatre ans
et n'y entendais goutte -
d'autant plus qu'il
ne plut pas, ce jour-là ! -
et montais donc plus haut
sur mon petit cheval
d'émois, à la moindre idée
de borne, de limite.                Rien
n'a tellement changé depuis. »

« Sous la cognée » de Morgan Riet s'achève par une postface de Sanda Voïca, qui nous éclaire sur le sens du titre du recueil, il est vrai, assez inexplicable, en apparence.

L'illustration de couverture est une photo (d'école) de l'auteur prise en 1982 et publiée dans le journal de Bayeux.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Sous la cognée » de Morgan Riet, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://voix-tissees.com/

« D'ombres », de Cathy Garcia


« D'ombres » est un recueil de courts poèmes en vers libres datés des années 1990 à 2013, qui vient d'être autoédité par Cathy Garcia à l'enseigne de « A tire d'ailes ».

Il s'agit ici surtout d'un recueil d'infortunes, portraits de SDF et de morts solitaires. Cependant, se contenter de dire cela serait ne voir dans « D'ombres » que son aspect réaliste.

En effet ces poèmes sont plus que cela, avec leur mise en scène, presque gothique parfois, et renvoient davantage à une « exaltation », certes, ténébreuse, qu'à la répétition d'un même abattement.

J'y ai souvent trouvé aussi le rythme des chansons, avec des vers coupés courts, parfois répétés, mis en apposition.

Ci-après deux poèmes extraits de « D'ombres » :

« le roi des taupes

sur le parvis de sa raison
gît sa cervelle abattue
jusqu’à oublier son nom
craché là au coin d’une rue

le souffle des rames
les croûtes et les rats
sa bonne étoile, qu'il dit
brille au cul des bouteilles

il parle aux corbeaux
que personne ne voit
je suis le roi des taupes,
qu'il dit, et je vous enterre »

«ressac

le chant des choses communes
déborde des fosses et coule
samedi dimanche
quotidien limé
parfaitement vernissé
marquer les jours d'une voix blanche
troupeau vertige
sur falaises de craie
en bas la mer Virginia
sur un pupitre de buis noir
mourir c’est s’ouvrir un peu
montrer le battement rouge
du cœur »

Les illustrations (des encres, dont celle de la couverture) sont également de Cathy Garcia.


Pour vous procurer « D'ombres », qui est vendu au prix de 10 € (+ 2 € de port), contactez l'auteur par mail : mc.gc@orange.fr

vendredi 21 avril 2017

« Terre-à-terre », de Gilles Venier


Publié par Encres Vives dans sa collection « Encres blanches », « Terre-à-terre », écrit par Régis Nivelle et publié sous le pseudonyme de Gilles Venier (anagramme de l'auteur), est un texte-fleuve (c'est le cas de le dire) d'une dizaine de pages qui se présente sous forme justifiée, sans alinéa ou presque.

Après quelques phases, dont la dernière reste longtemps suspendue, débute l'énumération d'espèces végétales animales en voie de disparition : insectes, plantes, fleurs, arbres, animaux, mais aussi écozones : glaciers, prairies, steppe, forêts, vents, îles, courants, etc.

Ainsi, cette liste, dans sa force d'attraction cosmique, va du plus petit au plus grand, progressant vers l'ouvert, comme elle progresse dans l'amour des choses qui nous englobent.

La poésie est dans la beauté de ces noms tous plus exotiques les uns que les autres, qui suggère la beauté des réalités situées derrière.

Le lecteur pourra d'ailleurs s'amuser, s'il y parvient, à retrouver dans ce texte, le nom des espèces imaginaires qui se planquent ici-et-là.

Hélas, la poésie existe aussi dans la déploration de ces choses qui disparaissent, comme plus souvent, dans la tradition populaire, la poésie déplore ses amours perdues. Même si finalement, « TOUT REVIENDRA A LA TERRE »

Ci-après un fragment de l'extrait relatif aux glaciers :

" - Pour que les glaciers de la Colombie Britannique du Montana des Rocheuses Canadiennes du Nunavut de la chaîne volcanique Nord-Américaine dite des Cascades les glaciers des Roches de Chèvre de l’Olympus du Mont Baker des Stratovolcans Mont Rainier Mont Saint Helens Dakobed et Klickitat et ceux des Mont Hood et Jefferson des Montagnes de Wallowa et celles dites Des Trois Sœurs de la Sierra Nevada du Colorado du Montana de l’Utah et du Wyoming le glacier Siachen en Inde avec ceux du Baltoro du Batura et du Biafo au Pakistan du Chimborazo en Equateur du Fedtchenko au Tadjikistan et ceux d’Inylchec et de Carstensz au  Kirghizstan et en Indonésie (...) ne disparaissent... (...)"

Pour en savoir plus sur « Terre-à-terre », de Gilles Venier, qui est vendu au prix de 6,10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://encresvives.wixsite.com/michelcosem

mercredi 12 avril 2017

« Makao et le collier de cauris », de Fred Bonnet


Publié par les éditions comoriennes KomEDIT en version bilingue (traduction en shiKomori par Ali Chami), « Makao et le collier de cauris » est un conte de Fred Bonnet, « inspiré du témoignage véridique d'un corsaire français » (Louis Garneray, « Le négrier de Zanzibar, éd. Phébus).

L'action se passe vers 1800 à Zanzibar. Le jeune Makao, qui aime la jeune esclave Asali et Asali qui aime Makao, vont-ils pouvoir vivre enfin leur amour ? À cause du sultan Yakout, les choses risquent de se passer difficilement, et Makao sera soumis à plusieurs épreuves d'envergure…À vous de découvrir comment tout cela finira en lisant ce livre.

Publié dans un grand format noir et blanc (27,8 cms X 20,8 cms), je suis tombé sous le charme envoûtant et inquiétant des illustrations de Michel Goyon.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Makao et le collier de cauris », de Fred Bonnet, qui est vendu au prix de 18 €, contact : fredbonnet@rocketmail.com

« Là où l'humain se planque », d'Angèle Casanova


Publié par les éditions Tarmac dans la collection « Complément de lieu », « Là où l'humain se planque », d'Angèle Casanova, se présente sous une forme originale. À la fois par le format (10 cms X 20 cms), par le papier (strié) et les caractères utilisés, ces derniers dans le style de ceux de nos vieilles machines à écrire.

« Là où l'humain se planque » regroupe deux nouvelles, dont la première donne le titre au volume, la deuxième nouvelle s’intitulant « A ouvrir dans trente ans ».

Ces deux textes d'Angèle Casanova sont pour moi résolument réalistes, en dépit des obsessions de leurs personnages qui finissent par s’évader du réel.

En effet, les textes se déroulent dans un contexte urbain, social et contemporain, et montrent les plaies de notre époque, du moins, celles qui sont aujourd’hui vécues comme telles (car je pense qu'elles ont toujours existé, mais sous une autre forme).

Je parle ici de la solitude, de l'absence de communication, de la mésentente dans le couple.

L'écriture d'Angèle Casanova contribue aussi à donner à ces textes leur perspective réaliste : les phrases sont courtes, raclées jusqu'à l'os, itératives. Le rythme est haletant, même s'il ne se passe pas forcément grand-chose à l'extérieur.

Pas de doute, ces deux textes sont signés !

Extrait de « A ouvrir dans trente ans » :

« Elle regarde le plafond, compte les fissures, apprend par cœur les dessins hasardeux qu’elles forment, une biche, une chaise, constellations nouvelles sur ce ciel improvisé. Elle regarde le plafond, des heures, des jours, elle ne sait plus. Les persiennes font entrer le soleil et puis non, le temps disparaît. Seule compte l'attente, et encore, au début. Même cela finit par disparaître. Dès lors, elle se contente de fixer le plafond. »

Je précise que l'illustration de couverture est de Jacques Cauda.

Si vous souhaitez vous procurer « Là où l'humain se planque », d'Angèle Casanova, sur lequel ne figure pas de mention de prix (mais qui est vendu 8 € frais de port compris), rendez-vous sur le site des éditions Tarmac : www.tarmaceditions.com/

lundi 10 avril 2017

« Glace Belledonne » et « L'aventure de Norbert Witz'n Bong », de Perrin Langda








Edités par « Gros Textes » et les éditions de la Pointe Sarène, « Glace Belledonne » et « L'aventure de Norbert Witz'n Bong » sont deux recueils poétiques de Perrin Langda, fort différents par l'ambiance et les formes d'écriture.

Avec « Glace Belledonne », vous verrez les choses autour de vous autrement, de manière plus sympathique, pourrait-on dire.

Comme si Perrin Langda avait le don de prêter des formes humaines, pour ne pas dire féminines, à la nature. Pour lui, cette dernière brille de mille feux (de la rampe) !

Extrait de « Glace Belledonne » :

« La nouvelle ode
(collection automne-hiver 2015)


cette année
la campagne porte une robe
léopard jaune et rouge
sous une veste encore légèrement
verdoyante


un fleuve
passe
dans les tons bleus
et rose pastel
d'un foulard brumeux


les cimes ont mis
de drôles de bonnets de premières
laines
au-dessus de leurs gorges échancrées


on aimerait bien rester un peu plus
sous l’œil bleu ciel
à la pupille couchante
de cette grande
créatrice de mode
qu'ils surnomment
Versatile


mais les jambes
maigrichonnes
de la route sont déjà loin
sur le podium de la nuit »

« L'aventure de Norbert Witz'n Bong » est un « roman » parfaitement déconnant, découpé en chapitres ultra courts et ultra rapides, de trois lignes maximum.

Autant dire qu'avec ce livre en format paysage (fait assez rare pour être signalé), vous verrez, cette fois-ci, le roman autrement. Il est à noter que les chapitres ne sont même pas dans l'ordre. C'est peut-être pour cela qu'il ne faut pas chercher une suite dans ce roman. Ce dernier sonnerait plutôt comme un journal-minute, où l'on croit, au moins dans la dernière partie, y déceler davantage les états d'âme, les préoccupations de l'auteur.

Extraits de « L'aventure de Norbert Witz'n Bong » :

« Chapitre 32 :
Saint-Glavieux-lès-Bains

Rock star internationale. Sans quitter ni sa ville natale. Ni les soirées Mario avec ses geeks d'amis d'enfance. Tel était son seul but. Depuis bien trente-cinq ans. »

Et :

« Chapitre 69 :
La porte des rêves

Il sortait très souvent de ses gonds… D'ailleurs un jour il ôta carrément la porte des toilettes… Puisqu'elle restait trop souvent entr'ouverte... »

Dans ces deux petits livres au style alerte, une chose est sûre : vous demeurez dans la surprise de la lecture et il y sera toujours difficile de savoir de quoi sera faite la page suivante.

Les illustrations de couverture sont respectivement de Danielle Berthet (pour « Glace Belledonne ») et d'Eric Demellis (pour « L'aventure de Norbert Blitz'n Bong » ce dernier recueil étant préfacé par Thierry Roquet).

Si vous souhaitez en savoir sur ces deux publications, vendues toutes les deux au prix de 5 €, rendez-vous sur les sites des éditeurs : http://www.patrick-joquel.com/editions/ et https://sites.google.com/site/grostextes/

mercredi 5 avril 2017

« Exil », de Jean-Pierre Petit et Marie Guastalla


Publié par Cardère éditeur, « Exil » est un beau livre image au format paysage inhabituel en poésie, mais qui est justifié par la teneur du projet qui le sous-tend.

En effet, si texte il y a, c'est l'image qui est primordiale dans ce livre, qu'elle ait été antérieure ou postérieure à l'écrit qui vient en bas.

L'image est composée (dans son format original) d'un ruban de 9,12 mètres de long, découpé en douze bandes de papier, dessinées au crayon et peintes à l'aquarelle par Marie Guastalla.

L'exil de ces hommes décrit par Jean-Pierre Petit est celui de notre vie. Il ne s'agit donc pas tant d'un exil spatial que d'un exil temporel, imagé. Il s'agit d'une attente de quelque chose de mieux, qui ne débouche que sur un éternel recommencement, image, plus largement, du sort de notre espèce.

Le texte et l'image sont reproduits page par page, puis d'un seul tenant, en fin de livre. En outre, une version italienne d' »Exil » figure également, dans une traduction de Maria-Rosa Mennona.

Sobriété et efficacité, telle est l'impression laissée par « Exil ». À noter la force de suggestion des images.

Ci-après, extrait du seul texte, afin de vous donner une idée de l'ambiance :

« C'est une troupe immense qui marche depuis des millénaires. En ordre dispersé, à tâtons, ils avancent, ils avancent. La plupart sont aveugles, d'autres ont perdu un œil, le regard des plus valides ne dépasse guère le bout de leurs pieds. Vaille que vaille, ils avancent, ils avancent, ils frôlent des précipices, traversent des fleuves larges comme des bras de mer, quelques-uns tombent et ne se relèvent pas, d'autres se redressent tant bien que mal et rejoignent les rangs ».

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Exil » de Jean-Pierre Petit et Marie Guastalla, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://cardere.fr/

"Ptérodactyle en cage", de Florent Toniello


Deuxième recueil publié aux éditions Phi par Florent Toniello, après « Flo[ts] », « Ptérodactyle en cage » se présente comme un journal de bord écrit en vers libres, dont l'ambiance m'a rappelé celle des romans classiques d'anticipation, comme « Un monde meilleur » d'Aldous Huxley ou « 1984 » de George Orwell.

C'est dire si des relents d'inquiétude traversent ce texte.

Dans un univers urbain, hostile, car dépourvu de liberté, j'y vois comme une tentative désespérée de l'auteur de se régénérer en quelque chose d'autre qu'un être humain.

La figure de l'oiseau préhistorique, ce ptérodactyle, constitue donc un symbole fort de cette tentative d’adaptabilité. Sauf que le lecteur sait déjà la fin de l'histoire : l'oiseau vole dans le mur, son futur apparaissant dès lors comme tristement rogné.

Il peut paraître paradoxal que le sujet de ce livre oscille entre réminiscences du passé et préoccupations sur le futur. Mais non, en fait, il s'agit toujours d'imaginaire. Enfin, faisons semblant d'y croire, car cet imaginaire ressemble fort à la réalité.

Le style de Florent Toniello nous aide, en tout cas, à nous projeter dans la fiction. Riche en vocables poétiques saisonniers, mais aussi scientifiques et économiques, il se resserre, la plupart du temps, dans des vers assez courts, image, peut-être, de cette liberté manquante.

Je précise que « Ptérodactyle en cage » n'est pas seulement un livre de format papier, mais que ce dernier s'est incarné au Luxembourg, le 9 mars dernier, en un spectacle poétique et musical, en duo entre l'auteur (Florent Toniello) et un pianiste, Jean Hilger, interprète d'oeuvres de Schönberg, Scriabine, Glass, Janacek, Kurtag ; Satie, Cowell, Prokofiev, Bartok, Poulenc, Ligeti et Bach. Rien que ça !

Extrait de « Ptérodactyle en cage », de Florent Toniello :

« 31 mars : Velléités d'évasion

ode au verrou
Vaste vulve évasée
auquel rêvent
nos visages veules

ode au verrou
vicissitude du vécu
d'ivrognes sans venelles -
sans avenues où vider
le trop-plein de vinasse
dont ils sont in-
volontairement dépourvus

ode au verrou
où vivre ? Vers où ?
Laudes au verre où
voguent les ouvertures
vers un au-delà des verts
vers un entrelacs divers
où vivent partout
d'odieux écrous

ode au verrou
oh ! D'évents roux
les baleiniers vénèrent
les mystères vaudous -
d'ouverte à verrouillée
la vie va volontaire
vers n'importe où
quand les charnières
vocalisent tels des
violons doux la
vivifiante et pour-
tant navrante
ode au verrou ».

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Ptérodactyle en cage », de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.phi.lu

samedi 25 mars 2017

"Quelques éléments à connaître sur les débuts de la revue Décharge...", de Jacques Morin


Ce petit livre, intitulé "Quelques éléments à connaître sur les débuts de la revue Décharge à l'usage des lecteurs et des abonnés en particulier" (ouf !), de Jacques Morin, est intéressant pour une raison bien simple.

Envoyé aux abonnés de la revue Décharge (et de la collection Polder), animées par l'auteur et Claude Vercey, ces "Quelques éléments" montrent que, pour fabriquer une belle revue, il ne faut pas forcément commencer avec toute la panoplie du parfait revuiste.

Il est ici question, par exemple, du choix du titre, de la couverture, de l'impression, du choix des chroniques etc.

Bref, vous vous rendrez compte en lisant cet opuscule qu'il n'y a pas de modèle préconçu, pas de recette (vive la liberté, que diable !) pour réussir une revue, mais que l'huile de coude est le principal gage de pérennité. L'argent et la santé aussi, il faut bien l'admettre.

A lire absolument pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure...

Extrait de ces "Quelques éléments" :

"Jeudi 1er décembre : C'est la journée marathon de l'insertion.
Insertion des exemplaires de la revue dans leur enveloppe.
La matinée se passe à coller les étiquettes.
L'infernale triplette : celle du destinataire, celle de l'expéditeur, la mienne autrement dit pour les retours éventuels, et celle de la poste avec l'indication P en gras et la date.
Presque trois heures. Deux choses compensent le côté corvée. D'abord la musique pour emplir l'esprit qui se viderait sinon petit à petit. Et la rapidité du mouvement qui raccourcit la tâche."

Si vous souhaitez avoir d'autres précisions sur ces "Quelques éléments", qui sont vendus séparément au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de la revue Décharge : http://www.dechargelarevue.com/

"Ici le temps va à pied", de Jacques Cauda


Publié par la très ancienne revues "Souffles" (elle date de 1942, Traction-brabant n'a qu'à en prendre de la graine !), "Ici le temps va à pied", de Jacques Cauda, a obtenu le grand prix Joseph Delteil, prix spécial du jury 2016.

Bon, à vrai dire, je l'ai vu qu'après avoir lu le recueil. C'est dire que ce n'est pas ce qui m'incite à en parler.. 

Non, ce qui m'a plu dans cette série de 10 poèmes, c'est leur rythme tranquille, d'où sans aucun doute, le titre de "Ici le temps va à pied"  qui décrit des pérégrinations de l'auteur à Paris, Chantilly & Amiens, Saint-Valery-sur-Somme, Trouville-sur-mer, Montpellier, Lorient.

Dans ces poèmes, même quand l'auteur séjourne à l'hôpital, même quand il se rend au cimetière, la tristesse ne l'emporte pas. Il y a de la philosophie dans ces poèmes, toute une conscience tendue vers le regard porté sur les choses.

Parfois, le vers s'élargit à un tel point qu'il tend à devenir prose, notamment lorsqu'il est question de Trouville sur mer. Comme si c'était la mer qui entrait dans les vers.

Extrait de "Ici le temps va à pied" de Jacques Cauda, (le début du premier poème, 1 Paris) :

"Souvent au cours de mes promenades
je passe immanquablement par la rue des Haies
voudrais-je
comme dans ce poème de John Donne
The progresse of the soule
retrouver par la pensée maints pays imaginaires
cages de chairs et viviers d'humains mémoires de bêtes
de femmes et d'hommes ciels de données
et barques de souvenirs
afin de les faire monter jusqu'à mon regard
à l'image de ces bulles irisées que les enfants
forment en soufflant
et qui s'envolent devant leurs yeux éblouis ?"

Pour en savoir plus sur "Ici le temps va à pied", de Jacques Cauda, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de la revue "Souffles" : http: //www.revuesouffles.fr/

"Ad libitum", de Dom Corrieras


Comme il est écrit sur la page de couverture, "Ad libitum", de Dom Corrieras, publié par les éditions Baz'Art poétique, est décrit comme étant un "ramassis de poèmes et nouvelles". 

Je ne sais pas s'il faut dire les choses de cette façon-là. En tout cas, il est vrai qu'il n'y a pas de thème ou de forme immuable dans ce livre.

Cela devient rare dans les livres de poésie qui sortent calibrés de l'usine, comme à l'armée. Elle est chouette la révolte dans les mots !

Cependant, sous sa diversité d'expressions, chaque texte de "Ad libitum", qui signifie "jusqu'à plus soif", est habité par une constance totale. A chaque fois, c'est la philosophie de la vie chaleureuse de son auteur qui ressort, ce qui devient également rare, même en poésie, ce qui ne veut pas dire, non plus, que rien n'est inventé dans ces lignes.

Mais enfin, il n'y a pas, dans ce volume, de construction intellectuelle glaçante. On y trouve plutôt pas mal d'histoires de bars, de loubards. Des marginalités et des infortunes consenties sur le ton des refrains de ballades. Des poèmes autant à dire qu'à lire, donc.

Ma préférence, dans "Ad libitum", va aux poèmes qui racontent pas vraiment d'histoires, mais se laissent emporter par leur propre flux.

Comme , par exemple, dans cet extrait de "Ad libitum", de Dom Corrieras, intitulé "Une bouteille en papier" :

"Dernière ruade de l'étourdi
Sur le clavier solitaire
Vous auriez pu voir
Ces escadrons d'anges avachis
Ivres et dégueulant dans les fossés
Le maintien peiné des astres
Dans la paresse du crépuscule
N'était que de circonstance
Elle était loin la souriante innocence
Un reflet dans le scintillement des pierres
Allant s’effaçant comme pollen sous la risée
Vous auriez pu entendre
Le bouillonnement des durites et des artères
Toussantes de compassion à la porte
Du chais en ces ides de printemps
Les pieds enflés du messager
Trempant dans le jus de ses yeux
Oh, juste un clapotis rien de plus
Une bouteille en papier
Un avion à la mer".

Je précise que "Ad libitum" est préfacé par Claude Billon.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ad libitum", de Dom Corrieras, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://editionsbazartpoetique.wordpress.com/contact/

dimanche 19 mars 2017

"L'écriture la vie", de Valérie Canat de Chizy


Publié par "les Editions du Petit Rameur", "L'écriture la vie", de Valérie Canat de Chizy repose sur un apparent paradoxe.

Dans ces courts poèmes en vers libres, si l'écriture est la vie, il n'est pas (beaucoup) question d'écriture. Et heureusement d'ailleurs, car sinon, je n'aurais certainement pas chroniqué ce recueil !

La présence de l'écriture agit comme un fantôme dans ces poèmes, par derrière ce qui est décrit, puisque c'est écrit.

L'écriture de Valérie Canat de Chizy se caractérise ici par une attention accrue par rapport à ce qui se passe au dehors d'elle : manifestations extérieures, pas forcément humaines, mais plutôt naturelles, avec un rôle crucial laissé à la lumière.

Et là, si le dehors est si bien capté, il y a séparation triste avec lui, au moins dans un premier temps, puis "capillarisation vers soi", comme par exemple, dans ce poème :

"ce sont des insectes sur les bras
des taches de feuillage
des souvenirs un monde mouvant
incorporé à l'intérieur
les racines de la peau
se prolongeant dans les veines
dans le sang des palpitations
des éclats de petites fleurs
s'ouvrant tout autour."

"L'écriture la vie" comporte une préface de Sanda Voïca et une 4e de couverture de Mireille Disdero.

L'illustration de couverture est de Sophie Brassart et s'intitule "Éclat", image qui résume l'écriture brève et précise de l'auteur.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "L'écriture la vie", de Valérie Canat de Chizy, qui est vendu au prix de 5 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://petitrameur.com/

"Otok", de Lou Raoul



Publié par les éditions isabelle sauvage, "Otok" de Lou Raoul est le récit d'un séjour de l'auteure en Croatie, dans ce pays qui a connu la guerre il n'y a pas si longtemps.

Ce livre semble à mes yeux s'inscrire dans une suite des textes précédents publiés par Lou Raoul.

En effet, le personnage d'Else présent dans les autres textes y est évoqué, et j'en découvre d'autres : Kim (dédoublement d'Else), et aussi Mladen, Tea.

Alors, il s'agirait donc plutôt de poésie narrative. En apparence, oui, mais pas vraiment.

Les noms employés agissent comme des typologies, et non comme des êtres humains individualisés. Mladen pourrait être un personnage masculin, Tea, un personnage féminin, ces deux typologies se rencontrant à tout bout de chemin dans ce pays que l'auteur ne connaît pas, avant d'y être.

De plus, l'emploi systématique du conditionnel met de la distance avec la réalité, comme si ce qui a été vécu aurait pu l'être mais ne l'a pas été.

C'est amusant, parce que la plupart du temps, dans d'autres textes, la poésie est vécue comme étant l'appréhension d'une réalité difficile à saisir.

Ici, la démarche est inversée (tout comme les phrases d'ailleurs, fréquemment). La poésie naît plutôt de la distance mise avec la réalité par l'emploi du conditionnel, le recours à ces typologies, et aussi bien sûr, l'emploi de mots étrangers non traduits. On ne sait pas de qui il est question, on ne sait pas quand. Mais des scènes de rues se sont produites dans ce pays lointain, dont les souvenirs douloureux passent par les non-dits.

Extrait de "Otok", de Lou Raoul :

"Tea ce jour-là jeune femme ongles vernis noirs ou marron glacé serait à genoux mains jointes dans l'église Sveti Dominik tandis que Mladen l'homme jouant de la guitare dans la rue plusieurs fois aurait traversé la Manche à bord de cargos où il aurait été électricien la lune atteignant le premier quartier monterait vers la pleine lune monterait encore, la plaque d’immatriculation du camion bleu garé Mihanovića ulica serait bien visible à l’intérieur de la cabine tout près du pare-brise tous les alentours l'arrière-pays seraient arides et désertés et l'autoroute vers Zadar quasiment déserte aussi en cette après-midi du 9 décembre les chaussons des danseurs de ballet frôleraient le sol de la scène léger serait le bruit de leurs pas légers les pas de Mladen sur les sentiers au-dessus de Gornje Sitno légères les mains de Tea cousant créant des vêtements dans sa boutique de la vieille ville"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Otok", de Lou Raoul, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionsisabellesauvage.wordpress.com