vendredi 21 avril 2017

« Terre-à-terre », de Gilles Venier


Publié par Encres Vives dans sa collection « Encres blanches », « Terre-à-terre », écrit par Régis Nivelle et publié sous le pseudonyme de Gilles Venier (anagramme de l'auteur), est un texte-fleuve (c'est le cas de le dire) d'une dizaine de pages qui se présente sous forme justifiée, sans alinéa ou presque.

Après quelques phases, dont la dernière reste longtemps suspendue, débute l'énumération d'espèces végétales animales en voie de disparition : insectes, plantes, fleurs, arbres, animaux, mais aussi écozones : glaciers, prairies, steppe, forêts, vents, îles, courants, etc.

Ainsi, cette liste, dans sa force d'attraction cosmique, va du plus petit au plus grand, progressant vers l'ouvert, comme elle progresse dans l'amour des choses qui nous englobent.

La poésie est dans la beauté de ces noms tous plus exotiques les uns que les autres, qui suggère la beauté des réalités situées derrière.

Le lecteur pourra d'ailleurs s'amuser, s'il y parvient, à retrouver dans ce texte, le nom des espèces imaginaires qui se planquent ici-et-là.

Hélas, la poésie existe aussi dans la déploration de ces choses qui disparaissent, comme plus souvent, dans la tradition populaire, la poésie déplore ses amours perdues. Même si finalement, « TOUT REVIENDRA A LA TERRE »

Ci-après un fragment de l'extrait relatif aux glaciers :

" - Pour que les glaciers de la Colombie Britannique du Montana des Rocheuses Canadiennes du Nunavut de la chaîne volcanique Nord-Américaine dite des Cascades les glaciers des Roches de Chèvre de l’Olympus du Mont Baker des Stratovolcans Mont Rainier Mont Saint Helens Dakobed et Klickitat et ceux des Mont Hood et Jefferson des Montagnes de Wallowa et celles dites Des Trois Sœurs de la Sierra Nevada du Colorado du Montana de l’Utah et du Wyoming le glacier Siachen en Inde avec ceux du Baltoro du Batura et du Biafo au Pakistan du Chimborazo en Equateur du Fedtchenko au Tadjikistan et ceux d’Inylchec et de Carstensz au  Kirghizstan et en Indonésie (...) ne disparaissent... (...)"

Pour en savoir plus sur « Terre-à-terre », de Gilles Venier, qui est vendu au prix de 6,10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://encresvives.wixsite.com/michelcosem

mercredi 12 avril 2017

« Makao et le collier de cauris », de Fred Bonnet


Publié par les éditions comoriennes KomEDIT en version bilingue (traduction en shiKomori par Ali Chami), « Makao et le collier de cauris » est un conte de Fred Bonnet, « inspiré du témoignage véridique d'un corsaire français » (Louis Garneray, « Le négrier de Zanzibar, éd. Phébus).

L'action se passe vers 1800 à Zanzibar. Le jeune Makao, qui aime la jeune esclave Asali et Asali qui aime Makao, vont-ils pouvoir vivre enfin leur amour ? À cause du sultan Yakout, les choses risquent de se passer difficilement, et Makao sera soumis à plusieurs épreuves d'envergure…À vous de découvrir comment tout cela finira en lisant ce livre.

Publié dans un grand format noir et blanc (27,8 cms X 20,8 cms), je suis tombé sous le charme envoûtant et inquiétant des illustrations de Michel Goyon.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Makao et le collier de cauris », de Fred Bonnet, qui est vendu au prix de 18 €, contact : fredbonnet@rocketmail.com

« Là où l'humain se planque », d'Angèle Casanova


Publié par les éditions Tarmac dans la collection « Complément de lieu », « Là où l'humain se planque », d'Angèle Casanova, se présente sous une forme originale. À la fois par le format (10 cms X 20 cms), par le papier (strié) et les caractères utilisés, ces derniers dans le style de ceux de nos vieilles machines à écrire.

« Là où l'humain se planque » regroupe deux nouvelles, dont la première donne le titre au volume, la deuxième nouvelle s’intitulant « A ouvrir dans trente ans ».

Ces deux textes d'Angèle Casanova sont pour moi résolument réalistes, en dépit des obsessions de leurs personnages qui finissent par s’évader du réel.

En effet, les textes se déroulent dans un contexte urbain, social et contemporain, et montrent les plaies de notre époque, du moins, celles qui sont aujourd’hui vécues comme telles (car je pense qu'elles ont toujours existé, mais sous une autre forme).

Je parle ici de la solitude, de l'absence de communication, de la mésentente dans le couple.

L'écriture d'Angèle Casanova contribue aussi à donner à ces textes leur perspective réaliste : les phrases sont courtes, raclées jusqu'à l'os, itératives. Le rythme est haletant, même s'il ne se passe pas forcément grand-chose à l'extérieur.

Pas de doute, ces deux textes sont signés !

Extrait de « A ouvrir dans trente ans » :

« Elle regarde le plafond, compte les fissures, apprend par cœur les dessins hasardeux qu’elles forment, une biche, une chaise, constellations nouvelles sur ce ciel improvisé. Elle regarde le plafond, des heures, des jours, elle ne sait plus. Les persiennes font entrer le soleil et puis non, le temps disparaît. Seule compte l'attente, et encore, au début. Même cela finit par disparaître. Dès lors, elle se contente de fixer le plafond. »

Je précise que l'illustration de couverture est de Jacques Cauda.

Si vous souhaitez vous procurer « Là où l'humain se planque », d'Angèle Casanova, sur lequel ne figure pas de mention de prix (mais qui est vendu 8 € frais de port compris), rendez-vous sur le site des éditions Tarmac : www.tarmaceditions.com/

lundi 10 avril 2017

« Glace Belledonne » et « L'aventure de Norbert Witz'n Bong », de Perrin Langda








Edités par « Gros Textes » et les éditions de la Pointe Sarène, « Glace Belledonne » et « L'aventure de Norbert Witz'n Bong » sont deux recueils poétiques de Perrin Langda, fort différents par l'ambiance et les formes d'écriture.

Avec « Glace Belledonne », vous verrez les choses autour de vous autrement, de manière plus sympathique, pourrait-on dire.

Comme si Perrin Langda avait le don de prêter des formes humaines, pour ne pas dire féminines, à la nature. Pour lui, cette dernière brille de mille feux (de la rampe) !

Extrait de « Glace Belledonne » :

« La nouvelle ode
(collection automne-hiver 2015)


cette année
la campagne porte une robe
léopard jaune et rouge
sous une veste encore légèrement
verdoyante


un fleuve
passe
dans les tons bleus
et rose pastel
d'un foulard brumeux


les cimes ont mis
de drôles de bonnets de premières
laines
au-dessus de leurs gorges échancrées


on aimerait bien rester un peu plus
sous l’œil bleu ciel
à la pupille couchante
de cette grande
créatrice de mode
qu'ils surnomment
Versatile


mais les jambes
maigrichonnes
de la route sont déjà loin
sur le podium de la nuit »

« L'aventure de Norbert Witz'n Bong » est un « roman » parfaitement déconnant, découpé en chapitres ultra courts et ultra rapides, de trois lignes maximum.

Autant dire qu'avec ce livre en format paysage (fait assez rare pour être signalé), vous verrez, cette fois-ci, le roman autrement. Il est à noter que les chapitres ne sont même pas dans l'ordre. C'est peut-être pour cela qu'il ne faut pas chercher une suite dans ce roman. Ce dernier sonnerait plutôt comme un journal-minute, où l'on croit, au moins dans la dernière partie, y déceler davantage les états d'âme, les préoccupations de l'auteur.

Extraits de « L'aventure de Norbert Witz'n Bong » :

« Chapitre 32 :
Saint-Glavieux-lès-Bains

Rock star internationale. Sans quitter ni sa ville natale. Ni les soirées Mario avec ses geeks d'amis d'enfance. Tel était son seul but. Depuis bien trente-cinq ans. »

Et :

« Chapitre 69 :
La porte des rêves

Il sortait très souvent de ses gonds… D'ailleurs un jour il ôta carrément la porte des toilettes… Puisqu'elle restait trop souvent entr'ouverte... »

Dans ces deux petits livres au style alerte, une chose est sûre : vous demeurez dans la surprise de la lecture et il y sera toujours difficile de savoir de quoi sera faite la page suivante.

Les illustrations de couverture sont respectivement de Danielle Berthet (pour « Glace Belledonne ») et d'Eric Demellis (pour « L'aventure de Norbert Blitz'n Bong » ce dernier recueil étant préfacé par Thierry Roquet).

Si vous souhaitez en savoir sur ces deux publications, vendues toutes les deux au prix de 5 €, rendez-vous sur les sites des éditeurs : http://www.patrick-joquel.com/editions/ et https://sites.google.com/site/grostextes/

mercredi 5 avril 2017

« Exil », de Jean-Pierre Petit et Marie Guastalla


Publié par Cardère éditeur, « Exil » est un beau livre image au format paysage inhabituel en poésie, mais qui est justifié par la teneur du projet qui le sous-tend.

En effet, si texte il y a, c'est l'image qui est primordiale dans ce livre, qu'elle ait été antérieure ou postérieure à l'écrit qui vient en bas.

L'image est composée (dans son format original) d'un ruban de 9,12 mètres de long, découpé en douze bandes de papier, dessinées au crayon et peintes à l'aquarelle par Marie Guastalla.

L'exil de ces hommes décrit par Jean-Pierre Petit est celui de notre vie. Il ne s'agit donc pas tant d'un exil spatial que d'un exil temporel, imagé. Il s'agit d'une attente de quelque chose de mieux, qui ne débouche que sur un éternel recommencement, image, plus largement, du sort de notre espèce.

Le texte et l'image sont reproduits page par page, puis d'un seul tenant, en fin de livre. En outre, une version italienne d' »Exil » figure également, dans une traduction de Maria-Rosa Mennona.

Sobriété et efficacité, telle est l'impression laissée par « Exil ». À noter la force de suggestion des images.

Ci-après, extrait du seul texte, afin de vous donner une idée de l'ambiance :

« C'est une troupe immense qui marche depuis des millénaires. En ordre dispersé, à tâtons, ils avancent, ils avancent. La plupart sont aveugles, d'autres ont perdu un œil, le regard des plus valides ne dépasse guère le bout de leurs pieds. Vaille que vaille, ils avancent, ils avancent, ils frôlent des précipices, traversent des fleuves larges comme des bras de mer, quelques-uns tombent et ne se relèvent pas, d'autres se redressent tant bien que mal et rejoignent les rangs ».

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Exil » de Jean-Pierre Petit et Marie Guastalla, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://cardere.fr/

"Ptérodactyle en cage", de Florent Toniello


Deuxième recueil publié aux éditions Phi par Florent Toniello, après « Flo[ts] », « Ptérodactyle en cage » se présente comme un journal de bord écrit en vers libres, dont l'ambiance m'a rappelé celle des romans classiques d'anticipation, comme « Un monde meilleur » d'Aldous Huxley ou « 1984 » de George Orwell.

C'est dire si des relents d'inquiétude traversent ce texte.

Dans un univers urbain, hostile, car dépourvu de liberté, j'y vois comme une tentative désespérée de l'auteur de se régénérer en quelque chose d'autre qu'un être humain.

La figure de l'oiseau préhistorique, ce ptérodactyle, constitue donc un symbole fort de cette tentative d’adaptabilité. Sauf que le lecteur sait déjà la fin de l'histoire : l'oiseau vole dans le mur, son futur apparaissant dès lors comme tristement rogné.

Il peut paraître paradoxal que le sujet de ce livre oscille entre réminiscences du passé et préoccupations sur le futur. Mais non, en fait, il s'agit toujours d'imaginaire. Enfin, faisons semblant d'y croire, car cet imaginaire ressemble fort à la réalité.

Le style de Florent Toniello nous aide, en tout cas, à nous projeter dans la fiction. Riche en vocables poétiques saisonniers, mais aussi scientifiques et économiques, il se resserre, la plupart du temps, dans des vers assez courts, image, peut-être, de cette liberté manquante.

Je précise que « Ptérodactyle en cage » n'est pas seulement un livre de format papier, mais que ce dernier s'est incarné au Luxembourg, le 9 mars dernier, en un spectacle poétique et musical, en duo entre l'auteur (Florent Toniello) et un pianiste, Jean Hilger, interprète d'oeuvres de Schönberg, Scriabine, Glass, Janacek, Kurtag ; Satie, Cowell, Prokofiev, Bartok, Poulenc, Ligeti et Bach. Rien que ça !

Extrait de « Ptérodactyle en cage », de Florent Toniello :

« 31 mars : Velléités d'évasion

ode au verrou
Vaste vulve évasée
auquel rêvent
nos visages veules

ode au verrou
vicissitude du vécu
d'ivrognes sans venelles -
sans avenues où vider
le trop-plein de vinasse
dont ils sont in-
volontairement dépourvus

ode au verrou
où vivre ? Vers où ?
Laudes au verre où
voguent les ouvertures
vers un au-delà des verts
vers un entrelacs divers
où vivent partout
d'odieux écrous

ode au verrou
oh ! D'évents roux
les baleiniers vénèrent
les mystères vaudous -
d'ouverte à verrouillée
la vie va volontaire
vers n'importe où
quand les charnières
vocalisent tels des
violons doux la
vivifiante et pour-
tant navrante
ode au verrou ».

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Ptérodactyle en cage », de Florent Toniello, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.phi.lu

samedi 25 mars 2017

"Quelques éléments à connaître sur les débuts de la revue Décharge...", de Jacques Morin


Ce petit livre, intitulé "Quelques éléments à connaître sur les débuts de la revue Décharge à l'usage des lecteurs et des abonnés en particulier" (ouf !), de Jacques Morin, est intéressant pour une raison bien simple.

Envoyé aux abonnés de la revue Décharge (et de la collection Polder), animées par l'auteur et Claude Vercey, ces "Quelques éléments" montrent que, pour fabriquer une belle revue, il ne faut pas forcément commencer avec toute la panoplie du parfait revuiste.

Il est ici question, par exemple, du choix du titre, de la couverture, de l'impression, du choix des chroniques etc.

Bref, vous vous rendrez compte en lisant cet opuscule qu'il n'y a pas de modèle préconçu, pas de recette (vive la liberté, que diable !) pour réussir une revue, mais que l'huile de coude est le principal gage de pérennité. L'argent et la santé aussi, il faut bien l'admettre.

A lire absolument pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure...

Extrait de ces "Quelques éléments" :

"Jeudi 1er décembre : C'est la journée marathon de l'insertion.
Insertion des exemplaires de la revue dans leur enveloppe.
La matinée se passe à coller les étiquettes.
L'infernale triplette : celle du destinataire, celle de l'expéditeur, la mienne autrement dit pour les retours éventuels, et celle de la poste avec l'indication P en gras et la date.
Presque trois heures. Deux choses compensent le côté corvée. D'abord la musique pour emplir l'esprit qui se viderait sinon petit à petit. Et la rapidité du mouvement qui raccourcit la tâche."

Si vous souhaitez avoir d'autres précisions sur ces "Quelques éléments", qui sont vendus séparément au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de la revue Décharge : http://www.dechargelarevue.com/

"Ici le temps va à pied", de Jacques Cauda


Publié par la très ancienne revues "Souffles" (elle date de 1942, Traction-brabant n'a qu'à en prendre de la graine !), "Ici le temps va à pied", de Jacques Cauda, a obtenu le grand prix Joseph Delteil, prix spécial du jury 2016.

Bon, à vrai dire, je l'ai vu qu'après avoir lu le recueil. C'est dire que ce n'est pas ce qui m'incite à en parler.. 

Non, ce qui m'a plu dans cette série de 10 poèmes, c'est leur rythme tranquille, d'où sans aucun doute, le titre de "Ici le temps va à pied"  qui décrit des pérégrinations de l'auteur à Paris, Chantilly & Amiens, Saint-Valery-sur-Somme, Trouville-sur-mer, Montpellier, Lorient.

Dans ces poèmes, même quand l'auteur séjourne à l'hôpital, même quand il se rend au cimetière, la tristesse ne l'emporte pas. Il y a de la philosophie dans ces poèmes, toute une conscience tendue vers le regard porté sur les choses.

Parfois, le vers s'élargit à un tel point qu'il tend à devenir prose, notamment lorsqu'il est question de Trouville sur mer. Comme si c'était la mer qui entrait dans les vers.

Extrait de "Ici le temps va à pied" de Jacques Cauda, (le début du premier poème, 1 Paris) :

"Souvent au cours de mes promenades
je passe immanquablement par la rue des Haies
voudrais-je
comme dans ce poème de John Donne
The progresse of the soule
retrouver par la pensée maints pays imaginaires
cages de chairs et viviers d'humains mémoires de bêtes
de femmes et d'hommes ciels de données
et barques de souvenirs
afin de les faire monter jusqu'à mon regard
à l'image de ces bulles irisées que les enfants
forment en soufflant
et qui s'envolent devant leurs yeux éblouis ?"

Pour en savoir plus sur "Ici le temps va à pied", de Jacques Cauda, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de la revue "Souffles" : http: //www.revuesouffles.fr/

"Ad libitum", de Dom Corrieras


Comme il est écrit sur la page de couverture, "Ad libitum", de Dom Corrieras, publié par les éditions Baz'Art poétique, est décrit comme étant un "ramassis de poèmes et nouvelles". 

Je ne sais pas s'il faut dire les choses de cette façon-là. En tout cas, il est vrai qu'il n'y a pas de thème ou de forme immuable dans ce livre.

Cela devient rare dans les livres de poésie qui sortent calibrés de l'usine, comme à l'armée. Elle est chouette la révolte dans les mots !

Cependant, sous sa diversité d'expressions, chaque texte de "Ad libitum", qui signifie "jusqu'à plus soif", est habité par une constance totale. A chaque fois, c'est la philosophie de la vie chaleureuse de son auteur qui ressort, ce qui devient également rare, même en poésie, ce qui ne veut pas dire, non plus, que rien n'est inventé dans ces lignes.

Mais enfin, il n'y a pas, dans ce volume, de construction intellectuelle glaçante. On y trouve plutôt pas mal d'histoires de bars, de loubards. Des marginalités et des infortunes consenties sur le ton des refrains de ballades. Des poèmes autant à dire qu'à lire, donc.

Ma préférence, dans "Ad libitum", va aux poèmes qui racontent pas vraiment d'histoires, mais se laissent emporter par leur propre flux.

Comme , par exemple, dans cet extrait de "Ad libitum", de Dom Corrieras, intitulé "Une bouteille en papier" :

"Dernière ruade de l'étourdi
Sur le clavier solitaire
Vous auriez pu voir
Ces escadrons d'anges avachis
Ivres et dégueulant dans les fossés
Le maintien peiné des astres
Dans la paresse du crépuscule
N'était que de circonstance
Elle était loin la souriante innocence
Un reflet dans le scintillement des pierres
Allant s’effaçant comme pollen sous la risée
Vous auriez pu entendre
Le bouillonnement des durites et des artères
Toussantes de compassion à la porte
Du chais en ces ides de printemps
Les pieds enflés du messager
Trempant dans le jus de ses yeux
Oh, juste un clapotis rien de plus
Une bouteille en papier
Un avion à la mer".

Je précise que "Ad libitum" est préfacé par Claude Billon.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Ad libitum", de Dom Corrieras, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://editionsbazartpoetique.wordpress.com/contact/

dimanche 19 mars 2017

"L'écriture la vie", de Valérie Canat de Chizy


Publié par "les Editions du Petit Rameur", "L'écriture la vie", de Valérie Canat de Chizy repose sur un apparent paradoxe.

Dans ces courts poèmes en vers libres, si l'écriture est la vie, il n'est pas (beaucoup) question d'écriture. Et heureusement d'ailleurs, car sinon, je n'aurais certainement pas chroniqué ce recueil !

La présence de l'écriture agit comme un fantôme dans ces poèmes, par derrière ce qui est décrit, puisque c'est écrit.

L'écriture de Valérie Canat de Chizy se caractérise ici par une attention accrue par rapport à ce qui se passe au dehors d'elle : manifestations extérieures, pas forcément humaines, mais plutôt naturelles, avec un rôle crucial laissé à la lumière.

Et là, si le dehors est si bien capté, il y a séparation triste avec lui, au moins dans un premier temps, puis "capillarisation vers soi", comme par exemple, dans ce poème :

"ce sont des insectes sur les bras
des taches de feuillage
des souvenirs un monde mouvant
incorporé à l'intérieur
les racines de la peau
se prolongeant dans les veines
dans le sang des palpitations
des éclats de petites fleurs
s'ouvrant tout autour."

"L'écriture la vie" comporte une préface de Sanda Voïca et une 4e de couverture de Mireille Disdero.

L'illustration de couverture est de Sophie Brassart et s'intitule "Éclat", image qui résume l'écriture brève et précise de l'auteur.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "L'écriture la vie", de Valérie Canat de Chizy, qui est vendu au prix de 5 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://petitrameur.com/

"Otok", de Lou Raoul



Publié par les éditions isabelle sauvage, "Otok" de Lou Raoul est le récit d'un séjour de l'auteure en Croatie, dans ce pays qui a connu la guerre il n'y a pas si longtemps.

Ce livre semble à mes yeux s'inscrire dans une suite des textes précédents publiés par Lou Raoul.

En effet, le personnage d'Else présent dans les autres textes y est évoqué, et j'en découvre d'autres : Kim (dédoublement d'Else), et aussi Mladen, Tea.

Alors, il s'agirait donc plutôt de poésie narrative. En apparence, oui, mais pas vraiment.

Les noms employés agissent comme des typologies, et non comme des êtres humains individualisés. Mladen pourrait être un personnage masculin, Tea, un personnage féminin, ces deux typologies se rencontrant à tout bout de chemin dans ce pays que l'auteur ne connaît pas, avant d'y être.

De plus, l'emploi systématique du conditionnel met de la distance avec la réalité, comme si ce qui a été vécu aurait pu l'être mais ne l'a pas été.

C'est amusant, parce que la plupart du temps, dans d'autres textes, la poésie est vécue comme étant l'appréhension d'une réalité difficile à saisir.

Ici, la démarche est inversée (tout comme les phrases d'ailleurs, fréquemment). La poésie naît plutôt de la distance mise avec la réalité par l'emploi du conditionnel, le recours à ces typologies, et aussi bien sûr, l'emploi de mots étrangers non traduits. On ne sait pas de qui il est question, on ne sait pas quand. Mais des scènes de rues se sont produites dans ce pays lointain, dont les souvenirs douloureux passent par les non-dits.

Extrait de "Otok", de Lou Raoul :

"Tea ce jour-là jeune femme ongles vernis noirs ou marron glacé serait à genoux mains jointes dans l'église Sveti Dominik tandis que Mladen l'homme jouant de la guitare dans la rue plusieurs fois aurait traversé la Manche à bord de cargos où il aurait été électricien la lune atteignant le premier quartier monterait vers la pleine lune monterait encore, la plaque d’immatriculation du camion bleu garé Mihanovića ulica serait bien visible à l’intérieur de la cabine tout près du pare-brise tous les alentours l'arrière-pays seraient arides et désertés et l'autoroute vers Zadar quasiment déserte aussi en cette après-midi du 9 décembre les chaussons des danseurs de ballet frôleraient le sol de la scène léger serait le bruit de leurs pas légers les pas de Mladen sur les sentiers au-dessus de Gornje Sitno légères les mains de Tea cousant créant des vêtements dans sa boutique de la vieille ville"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Otok", de Lou Raoul, qui est vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.editionsisabellesauvage.wordpress.com

"Nuit grave", de Frédérick Houdaer


Publié dans la collection "La feuille et le fusil" des éditions de la Boucherie littéraire, "Nuit grave", de Frédérick Houdaer est un livre consacré à la nuit, ou plutôt aux oppositions de la nuit avec le jour, à tout ce qu'il est possible de faire la nuit, à l'inverse du jour.

Entreprise de réhabilitation de la face cachée des jours, l'objet lui-même est en correspondance avec ce dont il est question : caractères blancs sur fond et pages également noirs. Ce qui en fait un vraiment beau livre et ce qui répond au but de la collection : faire coller forme et fond.

Le sujet de "nuit grave" (avec le jeu de mot sur "nuit gravement à la santé") est très bien trouvé à mes yeux. En mettant la valeur la nuit, la marginalité est également mise en valeur. C'est un angle d'attaque original que de parler de la nuit pour montrer sa lucidité quant à ce qu'on veut nous faire avaler tout le jour.

Le style de Frédérick Houdaer, dans ce livre-là, est enfin d'une netteté à couper au couteau, comme si la nuit restituait aussi leur vrai contour aux choses.

Bref, une belle découverte pour le lecteur que je suis.

Extrait de "Nuit grave", de Frédérick Houdaer :

"que nous nous endormions sur le côté droit
ou sur le côté gauche
ne sera pas mentionné dans notre déclaration d'impôts
que nous faisions de l'apnée du sommeil
ou que nous connaissions de sérieuses insomnies
n'apparaîtra pas dans notre dossier C.A.F.
que nous laissions nos pieds émerger de la couette
ou que nous préférions nous couvrir la tête de notre oreiller
ne profitera pas  notre voiture
au moment de lui faire passer le contrôle technique
à quel moment
dans quel genre de registre
ce que nous faisons ou défaisons la nuit
est-il pris en compte ?"

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Nuit grave", de Frédérick Houdaer, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible sur commande dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

mercredi 15 mars 2017

« Le blues du 21e siècle & autres poèmes", de Tom Buron


124e volume de la collection « Bookleg » des éditions Maelstrom, « le blues du 21e siècle » de Tom Buron est son premier texte édité.

Il s’agit résolument d'un poème-manifeste, qui décrit la masse grouillante de la marginalité, en des termes tels qu'elle ne peut que renverser cette civilisation d’esclaves nés, touchés dès la naissance par la normalisation.

Il y a beaucoup de monde dans ce blues du 21e siècle, beaucoup de références littéraires aussi : Maïakowski, sous l'aura duquel ce recueil est placé, avec une citation liminaire de « Le nuage en pantalon », et puis aussi « des dean des villon des rimbaud en fuite et des cravan des genet »...

Vous remarquerez qu'il n'y a pas de majuscules à ces noms comme à tous les autres. En effet, ce n'est pas de l'admiration béate, mais plutôt un compagnonnage de braves qui tient chaud au cœur.

Malgré les scènes psychiatriques qui traversent ce blues (c'est bien un blues !), je n'arrive pas à trouver ce poème au long cours désespéré. Bien au contraire. On y trouve une pulsion de vie qui n’appartient qu'à peu de poètes d'aujourd'hui, et qui me rappelle les textes de Cendrars, toujours pas mal dans la mort en rigolant.

Les mots eux-mêmes sont jetés sur la page en versets irréguliers, du fait de leurs décalages avec la marge, image révélatrice de cette écriture.

Ainsi, la marge au-delà de la marge devient plus marrante, au moins le temps d'un poème.

Extrait du recueil « Le Blues du 21e siècle » (l'un des poèmes isolés qui suit) : « Fossoyeyurthanasia (délire n°27 sous speed) :

      Je suis le seppuku fier de Mishima
   la douille écrasée dans le cerveau teigneux d'Hemingway
  Je suis les clous nus crevant les veines alertes du Christ
le gaz poison de Sylvia Plath
             Je suis la corde sèche de Nerval
la guitare empoisonnée au carrefour luciférien de Robert
                                                                              Johnson
Le Smith & Wesson chaud de Brautigan
   une plaie sans fin aucune de bornes oxydées
     bardo pilonné
       pyromane
               de cœur et de chamade
trifouillant le parinirvâna
    surprise acerbe sans oracles »

L'illustration de couverture est d'Yves Budin.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « le blues du 21e siècle » de Tom Buron, dont le prix de vente est de 3 €, contact sur le site de l'éditeur : http://www.maelstromreevolution.org
Le recueil est également disponible sur le site de Bruxelles Wallonie Librairie: http://www.librairiewb.com/

jeudi 9 mars 2017

"Réflexions buissonnières", de Frédéric Dechaux


Publié par les éditions Unicité, « Réflexions buissonnières » de Frédéric Dechaux est un recueil d'aphorismes divisé en trois parties.

Plutôt que de résumer le contenu de chacune des parties dans lesquelles n'apparaît pas nettement de thème fédérateur, je préfère distinguer les préoccupations transversales à celles-ci.

Contrairement à ce qui se passe avec les moralités classiques, l'auteur n'entend pas se faire porteur de certitudes positives. Bien au contraire, le préoccupent à la fois la force de pesanteur qui nous emporte tous, ainsi que le conformisme de nos comportements.

Par exemple, lorsqu'il écrit :

« Ce dont on se gargarise comme d'une « capacité d'adaptation », cela exprime surtout la peur de nous affirmer puissamment face à nos contemporains. »

Ou bien :

« Entraîné à taire sa singularité, le mutant se comporte comme un agent double qui se renie à force de ne rien exprimer de lui-même. »

Ainsi, ces aphorismes sont-ils, tout au plus, mâtinés de sagesse orientale, le Tao (ou la Bhagavad-Gita) servant d'horizon qui s'éloigne de plus en plus de notre civilisation consumériste qui fait tache d'huile. Bref, si la solution d'un vrai bonheur existe, elle n'est guère saisie par la majorité des humains.

« La force de la Chine reste d'avoir donné très tôt droit de cité à un Lao-Tseu. Quelle tristesse pour l'Europe de s'être quant à elle privée d'un vrai sage ! »

Dans ce marasme la survie tient donc du miracle indifférencié.

Peut-être le secret de la survie intérieure se trouve-t-il dans la pratique de quelques activités plutôt ordinaires :

« Les activités auxquelles je m'adonne avec un enthousiasme sincère sont les repas et les rêves. Cela illustrerait-il le caractère simpliste de ma personnalité ? Pas nécessairement, puisque les repas fournissent sa force à l'organisme, son énergie pour être plus précis, et donc le meilleur antidote aux rêveries. »

De manière générale, le style de Frédéric Dechaux, dans sa tranquille constance, semble être à lui seul une manière de vivre qui, dans sa distance mise avec les autres et la réalité, permet de passer avec succès entre les vagues.

Pour en savoir plus sur « Réflexions buissonnières », qui est vendu au prix de 13 €, contact sur le site de l'éditeur : http://www.editions-unicite.fr/

lundi 6 mars 2017

"Sombre danse", de Serpil Çökelik


Édité par « Le pré Carré », « Sombre danse », de Serpil Çökelik, est son premier recueil publié. Il ne s'agit pas là d'un simple fait. En effet, le texte est en lui-même symbolique d'une volonté liminaire. Car le regard, dont il est ici question, est la première chose qui vient des autres et qui va vers eux.

Ainsi, est décrite une réaction en chaîne pouvant unir ou désunir les êtres.

Le style d'écriture de Serpil Çökelik est davantage basé sur l'itération que sur la répétition, ce qui, à mes yeux, est un avantage. En effet, si le lecteur progresse par cercles concentriques, caractéristiques de cette « danse », en repartant de la fin du poème précédent dans le poème à suivre, il ne fait pas du surplace. Et ce qui paraît évident s'il est dit en une seule fois, le paraît déjà moins quand chacune des conséquences attachée à un seul regard est décomposée poème par poème.

En définitive, la valeur poétique de « Sombre danse » repose sur cette somme de tous les instants à déchiffrer et à reconnaître.

Extraits de « Sombre danse » de Serpil Çökelik :

« de ton regard qui ne te regarde pas à ta soudaine présence et de ta soudaine présence à ton regard qui me voit »

« de ton regard qui me voit à ton regard qui rôde et de ton regard qui rôde à mon regard qui te voit            de mon regard qui te voit à tes allées et venues et de tes allées et venues à mon regard dans le tien ».

Pour en savoir plus sur « Sombre danse » de Serpil Çökelik, qui est vendu au prix de 8 € port compris, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://precarrediteur.fr

"Peu importe", de Jean-Marc Proust


Parmi les textes que j'ai lus de Jean-Proust, ce sont ses aphorismes que, sans détours, je préfère, moi qui ne suis pas pourtant un amateur du très court poétique.

En voici une petite série qui vient d'être publiée par « la Porte ».

J'y retrouve le ton coupant, sans concession, qui donne sa force à ces fragments de pensée. L'important aussi est de ne pas être complaisant avec soi-même. On peut compter sur l'auteur pour ça.

Par exemple :

« Mon désespoir est complaisant et puant.
Il est celui du ventre plein ».

Ou bien :

« Mieux aurait valu que je n'essaie pas ».

Ou bien encore :

« Dès que je m'approche de mon côté
appollinien comme Icare je retombe. »

Du coup, le lecteur est surpris quand il lit, telle une éclaircie au milieu d'un temps pluvieux, ceci :

« Ce qui me rend le plus profondément heureux,
c'est l'espoir des autres. »

Ouf ! On peut dire merci à Jean-Marc Proust, qui contrebalance ainsi l'effet continu d'une misanthropie célinienne !

Pour en savoir plus sur « Peu importe », de Jean-Marc Proust, qui est vendu au prix de 4 €, vous pouvez écrire à son éditeur, Yves Perrine, à l'adresse suivante : 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

"Bestiaire", d'Etienne Ruhaud


Édité par « La Porte », ce « Bestiaire » d’Étienne Ruhaud présente à travers des textes en prose, dix animaux fantasmagoriques ou existants, dont la description fait la poésie, mais qui sont loin d'être des animaux attirants.

Ici d'ailleurs, la poésie peut très bien venir de la science, tellement cette dernière dépasse la fiction. Et le lecteur a parfois du mal à distinguer ce qui pourrait être possible et ce qui ne l'est pas.

Extrait de ce « Bestiaire » : « Les dorses » :

« Une excroissance au loin, telle une barrière de corail, sortie de l'océan.

Ils ont poussé là comme un mauvais sort, encerclant une île oubliée des atlas, pour former un atoll empli d'algues violettes.

La partie immergée est couverte d'une large couche de granit noir, armure posée sur un corps spongieux et fragile, de couleur marron. La partie émergée, elle, est garnie de peignes triangulaires en métal bleu, flexibles mais plus tranchants que des rasoirs, et dressés à la verticale, hauts vers le ciel.

Le vent qui souffle dedans produit des ultrasons, audibles au large. »

Pour en savoir plus sur « Bestiaire », d'Etienne Ruhaud, qui est vendu au prix de 4 €, vous pouvez écrire à son éditeur, Yves Perrine, à l'adresse suivante : 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

jeudi 2 mars 2017

"Au désordre du monde", de Josiane Gelot



"Au désordre du monde", de Josiane Gelot, que j'avais chroniqué précédemment, alors qu'il avait été auto-édité, a depuis, connu une véritable édition (par "Interventions à Haute Voix", émanation de la MJC de La Vallée, Maison pour tous de Chaville). Preuve qu'un recueil de poésie auto-édité n'est pas forcément dépourvu de valeur !...

Après une courte introduction composé de trois poèmes, ce livre dresse le bilan de pas mal d'années, entre passé et présent.

En effet, si dans la première partie de "Au désordre du monde" est évoquée explicitement la jeunesse de l'auteur, dans les deux autres parties, Josiane Gelot, à mes yeux, s'interroge sur le fait de savoir comment sauvegarder la poésie dans un monde qui ne l'est guère, et pas simplement en apparence : univers des villes et de la pauvreté.

L'écriture frappe surtout par le degré d'exigence que l'auteur semble garder vis à vis d'elle-même. Il y a de la force là-dedans, la fierté de ne pas abdiquer devant la laideur de l'existence et de survivre avec dignité au milieu de tout cela.

Si dans "Au désordre du monde", vers courts et vers longs alternent au fil des poèmes, c'est surtout quand le vers se raccourcit qu'il trouve sa plus grande force.

Voici deux poèmes extraits de "Au désordre du monde" :

"Griffures d'ajoncs
De bruyère
Couleurs foulées d'enfance
Déjà
Marcher et vivre
D'un même geste
Marcher jusqu'à
La halte
Le mot auquel s'adosser
Halte
Mêler au mot sur la langue
L'acidité du granit surchauffé.
Craquement de feuilles...
Choc de brindilles...
Peut-être un serpent
Peut-être le vent
La peur prend
Rampe à son tour
La terre est sèche."

Et :

"Les couloirs de métro
Charrient, en vrac
Bêtise
Elégance
Beauté
Indifférence
Et surgit
L'épuisement
A l'état pur
Taillé
Dans la face émaciée
D'un visage creusé
D'ombre charbonneuses,
Un œil malade
Fermé sur nous.
L'autre, éteint.
Le corps
Voué à la maigreur
Sautille,
Foule
On le foule
Il bouge
Comme un ballon perdu
Dans les pas d'une valse."

Les dessins de la couverture (et de la page intérieure) sont de Patrick Bachs.

Pour en savoir plus sur "Au désordre du monde", vendu au prix de 10 €, vous pouvez contacter l'éditeur (Gérard Faucheux) : gerard.faucheux@numericable.fr ou aller faire un tour sur le site de la MJC de La Vallée : http://www.mjcdelavallee.fr/

mercredi 22 février 2017

"Un homme pend", de Jérôme Bertin


Publié par les éditions « Le feu sacré », « Un homme pend » de Jérôme Bertin s'inscrit dans la continuité des autres livres que j'ai pu lire de l'auteur, notamment édité par Al Dante.

C'est de l'écriture trash, héritage lointain d'un Louis-Ferdinand Céline, mais transposée dans le monde d'aujourd'hui. Il s'agit de carnets de marginalité complète totale, qui décrivent des instants oscillant entre solitude, dèche, lendemains qui font mal à la tête, obsessions sexuelles, atmosphère poisseuse et crépusculaire des grandes villes (Lille, Marseille) occupées par la pauvreté.

L'avantage est qu'« Un homme pend » se lit bien, car les pavés en prose sont entrecoupés de poèmes en vers très courts, voire en mots coupés :

« la couche d'ordure
recouvre
le nouveau-né

bien au froid
il pleure
mais
n'a encore rien vu
une chienne veut

lui manger la
langue
et ce sont

toujours des
chiennes qui veulent
nous

empêcher de
gueuler
notre dégoût

des prêtres
en mini-
jupes
qui nous
sucent
jusqu'au fond jusqu'

aux nerfs
jusqu'
au silence (...) »

Jérôme Bertin a aussi le sens des formules qui claquent pour décrire la poisse et le désir sexuel, de quoi passer - presque paradoxalement, malgré le malaise - un bon moment de lecture.

Par exemple : « ( …) Avec mes énormes sabots. Saboteur de joie. Vendeur de mensonges éhontés. J'ai hanté leurs nuits tantôt avec brio, tantôt avec Bidou, mon fidèle camarade de crasse. Tantôt romantique. Tantôt têtard à queue. Toujours bâtard du vide. À renifler la première culotte qui passe. Infidèle et félon. Toujours à sentir le bon filon. Même dans les bas filés d'alcooliques à groin. Là où la misère gronde (...) ».

La photographie de couverture est de Maxime Ballesteros.

J'en profite pour signaler le soin apporté par les éditeurs à cette publication (format, papier, police de caractère utilisée) et la devise de l'éditeur : "Malheur à qui fait croître le désert".

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Un homme pend », de Jérôme Bertin, qui est vendu au prix de 9 €, contact sur le site de "Le feu sacré" : http://www.lefeusacreeditions.com/

vendredi 27 janvier 2017

« Le soir on se dit des poèmes », de Thierry Radière


Publié par les éditions Soc et Foc, « Le soir on se dit des poèmes », de Thierry Radière, est un livre de poèmes où se mélangent tous les rôles. Je parle ici des rôles d'enfant et de père. En effet, parfois, il arrive que des poèmes semblent avoir été écrits par l'enfant. D'où leur côté plus direct et familier.

Bien sûr, le lecteur comprend qu'en fin de compte, c'est le père qui revit sa propre enfance. Et plus simplement, il décrit les rêves de son enfant.

Mais là encore, les rêves semblent déborder sur l'existence. À travers ces rêves, ces histoires que l'on raconte avant le sommeil, c'est le mode de vie qui se trouve chamboulé. Pourquoi ne pas désormais se déplacer en trottinette, pourquoi ne pas changer tous les jours les draps de son lit, pourquoi ne pas dormir au moins  une fois à la belle étoile ?

Même si les impératifs du réalisme à la mode reviennent vite au galop, c'est une bien jolie chose de pouvoir redevenir enfant quand on est adulte.

La tendresse qui traverse chacun des poèmes qui composent « Le soir on se dit des poèmes » le prouve.

En voici un extrait :

« jouets

il n' y a pas besoin d'attendre l'arrivée du soir
pour écrire le soir
tous les jours avec toi
des lunes sortent de ma tête
se posent sur le balcon
parce que tous les poètes savent que la poésie
est un gigantesque mensonge
nécessaire
à la vérité qu'on n'arrive pas à dire
et je te regarde sans que tu le saches
jouer dans ta chambre
au papa et à la maman
avec des ours en peluche
et des baigneurs en plastique
à qui tu expliques en surarticulant que s'ils ne sont pas sages
ils n'auront pas d'histoire
juste avant de dormir
et je me demande si tu imites l'écrivain
où tes parents fatigués par leur journée. »

Je signale que les illustrations de José Mangano (dont celle de couverture), sur papier glacé, contribuent à faire de ce livre un bel objet.

Pour en savoir plus sur « Le soir on se dit des poèmes », qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.soc-et-foc.com