jeudi 29 décembre 2016

« Le ciel du dessous », de Jean Azarel


Publié dans la collection « Sur le billot » des éditions « La Boucherie littéraire », « Le ciel du dessous » est un beau texte de Jean Azarel, qu'il convient toutefois de relire pour mieux le saisir.

Inspiré, selon les termes de l'auteur de la saga de Kerstin Ekman, « Les brigands de la forêt de Skule », « Le ciel du dessous » est également un remake à l'envers de « la Divine comédie » de Dante.

Quand je dis remake, ce n'est pas vraiment ça. Les morts-vivants dont parle Jean Azarel ne sont pas des personnages identifiables, contrairement à ce qui se passe dans le poème de Dante.

Quand je dis à l'envers, c'est parce que l'on commence par « le ciel du dessus », pour continuer par « le ciel du milieu » et pour finir par « Le ciel du dessous ». Donc, ici, on passe du paradis au purgatoire, avant de finir par l'enfer.

De plus, le ciel de Jean Azarel n'est pas très religieux. C'est plutôt l'inverse. Même le paradis est sensuel, et les vivants sont surtout des vivantes, voire, une vivante.

Et l'enfer du ciel du dessous – mais est-ce lui, justement ? - sert d'aboutissement à ce voyage en plusieurs dimensions.

Les poèmes qui composent « Le ciel du dessous » sont courts (10 vers maximum), leurs vers également et s'ils n'ont pas de formes préconçues, leur gabarit général est toujours à peu près le même.

D'ailleurs, tous ces poèmes disent le bonheur de la jouissance dans l'instant, avec un brin d'exubérance surréaliste, caractéristique du style de leur auteur.

Extrait de « le ciel du dessous » :

« Veines de ton gouffre
scarifié par l'entre-deux,
la blancheur sacrificielle
de tes fesses nues,
une maison bombée de granite
jaunie par les genêts,
que la main secourable
de l’innommé
a poudrée d'or. »

Pour en savoir plus sur « Le ciel du dessous », de Jean Azarel, qui est vendu au prix de 12 €, vous pouvez aller rendre visite au site de son éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible sur commande dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

mercredi 28 décembre 2016

« Monodies », de Stéphane Branger et Marc-Albéric Lestage


Une fois n'est pas coutume. Je chronique ici un document sonore, et plus exactement un EP : un CD audio d'une durée d'environ une demi-heure, qui est composé de 5 titres, intitulé « Monodies ».

Stéphane Branger et Marc-Albéric Lestage, les auteurs des textes, et Marc-Albéric Lestage, aux instruments (piano-jouet, flûte bulgare (kaval) et basse), se partagent la voix et les sons.

Sur chaque plage de ce CD, les textes sont dits et non pas chantés, les sons se chargeant de créer une ambiance sonore, parfois répétitive.

J'ai personnellement beaucoup aimé le ton détaché avec lequel est analysée l'influence qu'exercent sur notre pensée les lieux que nous traversons.

Bien sûr, l'opposition est forte entre ville et campagne et c'est ce passage de l'une à l'autre ambiance qui est ici décrit, notamment dans « Cimes et sommets ».

J'ai beaucoup aimé également l'analyse de nature sociologique qui est faite dans « Centre-ville » de la nature des déplacements dans l'espace.

Cette apparente objectivité n'empêche pas la poésie d'exister, sauf qu'elle en sort comme décapée de trop habituelles mièvreries sur la nature (surtout dans l'esprit du « grand » public).

À signaler la qualité de l'enregistrement et la finesse des effets sonores qui contribuent au parfait équilibre entre son et voix.

Pour en savoir plus sur « Monodies » de Stéphane Branger et Marc-Albéric Lestage, qui est vendu au prix de 5 € (pour la vente physique, et 4 € pour la vente numérique sur le site suivant: https://marcalbericlestage.bandcamp.com), plus d'informations sur http://www.monodies.tumblr.com

« A huit et la petite foule » suivi de « Chanson pour hautbois » de Christian Degoutte

Publiés par les éditions « La Porte », ces deux groupes de quelques poèmes sont assez énigmatiques.

Dans ces deux courts ensembles, les instruments de musique servent de média pour évoquer le nombre de personnes, des petites foules, pour emprunter le terme à leur auteur.

Dans « A huit et la petite foule », les instruments (au nombre de huit pour un octuor) permettent de blasonner des parties du corps des instrumentistes, tel le pied de l'altiste, la nuque de la clarinettiste.

Également évocation d'une forme poétique ancienne, après le blason, « Chanson pour hautbois » rappelle la ballade, en même temps que la musique, omniprésente, car elle finit par un envoi.

Dans ces poèmes, que je préfère à ceux du précédent ensemble, car plus véhéments, le style fait la beauté.

Extrait de « Chanson pour hautbois » :

« Hé, jolis coureurs de ballon
jambes tranchées au ras des fesses
- garçonnets hurlant chair mêlée
au maillot de foot, aux éclats
d'acier – hé, coquines à gémir
le blanc des rêves baveux sale
de sang à l'arrière du crâne
toutes roses de pulpe sous
la peau brûlée – fillettes au pied
d'un mur étonnées du flot sous elles
coulant de leur cul forcé blanches
aux lèvres et muettes muettes -
lecteurs de mickey s'en allant
des boyaux parmi les décombres
sur leurs vomissures – oh, coquettes
dans leur merde et leur pisse assises - »

Si vous souhaitez vous procurer « A huit et la petite foule » et « Chanson pour hautbois » de Christian Degoutte, qui est vendu au prix de 4 €, vous pouvez écrire à l'éditeur : Yves Perrine, La Porte, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

"Finalement", de Daniel Birnbaum


« Finalement » de Daniel Birnbaum, est une série d’aphorismes, publiés par les éditions Stellamaris, qui contiennent à chaque fois le mot « finalement ».

Ce mot magique semble jouer, en quelque sorte, le rôle de déclic de la pensée, servant à trier le bon grain de l'ivraie, à savoir distinguer ce qui est important de ce qui ne l'est pas, à dresser un bilan en pièces détachées de sa vie, d'où surnage en tout cas l'amour.

L'auteur ne recule pas devant les jeux de mots et sait parfois créer l'effet de surprise. La surprise vient aussi du fait qu'il n'y ait pas de jeux de mots et qu'on le cherche malgré tout.

Extraits de « Finalement », de Daniel Birnbaum :

« Certains se disent purs français
Finalement
moi
je suis un pire français. »

*
« Finalement
par certains côtés
un cimetière ressemble
à un parking. »


*
« Finalement
tous les matins
il me faut arracher
un soupçon de vérité
au mensonge du jour. »

*
« Finalement
ma vie a été belle
puis laide
maintenant elle est rebelle. »

*
« Finalement
aimer
c'est chercher la partie sublime de l'iceberg. »

L'illustration de couverture est de Daniel Birnbaum.

Je signale également le format original de ce livre (10 cms X 10 cms), idéal pour les poches.

Pour en savoir plus sur « Finalement » de Daniel Birnbaum, qui est vendu au prix de 11 €, contact auprès de l'éditeur (Stellamaris) : editionsstellamaris@stellamarispoemes.com

mardi 27 décembre 2016

"Le cabinet de curiosités", d'Eric Godichaud

Publié dans la collection Polder de la revue Décharge, « Le cabinet de curiosités » d'Eric Godichaud est constitué d'une suite de poèmes en proses (à l'exception de deux poèmes en vers libres apparaissant en fin de volume).

L'ambiance de ce recueil fait penser à celui des textes surréalistes, et encore plus à ceux de Raymond Roussel, à qui un texte est dédié.

Dans ce cabinet de curiosités, que le lecteur est invité à visiter dès le premier texte, se trouvent pas mal de métiers ou d'inventions merveilleux, comme par exemple : « Le chercheur d'échos », « L'épingleur d'humains », « Le totem abouti », « Une machine érotique ». Mais n'allez pas croire qu'il s'agisse d'objets, et qui plus est, d'objets effrayants, semblables à ceux décrits dans le « Locus solus » de Raymond Roussel.

La caractéristique de ces inventions est, au-delà de leur absence d'utilité, leur évanescence de « tigre de papier », qui est gage de merveilleux.

La style d'Eric Godichaud, avec lequel est mise en phase la police de caractères employée, étonne par sa précision, son sens du détail, qui fait des inventions, même gigantesques, de quasi-miniatures.

Si vous appréciez dans la poésie sa richesse d'imagination visuelle, ce recueil pourrait vous plaire.

Extrait de « le cabinet de curiosités », « L'usine jaune » :

« Passée au ripolin, au jaune citron. Ici sur la pancarte : Fabrique de soleil ! Un personnage armé d'un gourdin fait tourner la roue et plonge la main parmi les abeilles, le métal en grumeaux. A la loterie, les mandarines vernissent la cité, dans des vases plantés de becs et de cerfs volants, enduits de gélatine et d'encre. Des araignées noires tissent leur toile, ayant déserté la gravure. Une pluie acide fait ressortir au chiffon les trumeaux et les pierres vermiculées ».

La préface est d'Alexandre Milon et l'illustration de couverture est de l'auteur.

Et pour en savoir plus sur "Le cabinet de curiosités" d'Eric Godichaud, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de la revue Décharge : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

vendredi 9 décembre 2016

"Fragments nocturnes", de Robert Roman

Amateurs de surréalisme, ce livre est pour vous. Dans « Fragments nocturnes », publié par les éditions Rafael de Surtis, Robert Roman raconte ses rêves, voire plutôt cauchemars, en les datant avec précision. Cela pourrait servir de matériau pour d'autres textes oniriques, mais telle quelle, cette succession de proses constitue autant d'histoires qui ont une fin, ou qui, du moins, finissent par se replier sur elles-mêmes.

Le style de Robert Roman est sobre, tout en rendant compte de la diversité des situations et des images ouvertes par ces rêves. D'où cette impression de couleur, et en même temps de transparence, des textes publiés ici, malgré leur caractère forcément énigmatique.

Extrait de « Fragments nocturnes », « Concert » :

Yves Montand était à côté de moi. Nous nous brossions les dents tous les deux, face au grand miroir de la salle de bain de mon enfance. L'artiste ne pouvait plus se montrer en public depuis qu'il faisait des bruits étranges avec sa gorge. C'était d'ailleurs très impressionnant car durant le temps du brossage, il ne cessa pas de grogner. Les sons étaient graves, fréquents et devinrent très vite irritants. Je ne pouvais pus libérer mon esprit de ces répétitions sonores devenues quasiment hypnotiques et j'attendais nerveusement e prochain bruit. Puis, l’inévitable se produit et je me mis à l'imiter. Au bout de quelques minutes, j'avais pris le tic. Dans la salle de bain, ce n'était plus qu'un concert à base de grognements gutturaux et ininterrompus. C'est à ce moment-là que je fus réveillé par mes propres ronflements...
                                                                                   1er rêve du 6 mars 2016 »

La photographie de couverture intitulée "Au-dessus de nos têtes, le ciel n'existait plus", est de Ghislaine Roman.

Pour en savoir plus sur « Fragments nocturnes », qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur, Rafael de Surtis, http://www.rafaeldesurtis.fr/

jeudi 8 décembre 2016

"A un moment donné", de Thierry Radière


Voici un recueil de six nouvelles de Thierry Radière, intitulées « A un moment donné », qui viennent d'être publiées par les Éditions Tarmac.

Si ces textes sont réunis en même volume, ce n'est pas par hasard. En effet, ils ont tous comme dénominateur commun cette suspension du temps, plus subie que provoquée, qui se produit « à un moment donné ».

Ainsi, le personnage principal de ce livre axé sur l'introspection du personnage principal, toujours nommé par le « je », pourrait être son imagination, dont les méandres détaillés coupent le déroulement d’une histoire. La fin de cette dernière, qui constitue son dénouement, ne signifie que la reprise du temps normal.

Il est noter aussi que souvent, sauf dans la première et la dernière nouvelle de ce volume, l'enfance est à l'origine de cette introspection. Comme si l'introspection devait être, par convenance, bannie du monde des adultes, ce qui est sans doute la conclusion à laquelle il faudrait parvenir.

Qu'importe ! Puisque ces moments d'introspection sont empreints de nombreuses vérités.

Pour vous mettre en attente de la suite, ci-après un bref extrait de « L'intersection », début de la première nouvelle :

« Mais d'où vient-il ?
Du ciel ?
Il roule sur le pare-brise, le capot et enfin s'écrase par terre. Il porte un manteau marron. Son vélo est le même que celui qu'avait une vieille tante de mon père quand elle faisait ses courses. Je ne comprends rien, ne bronche pas, reste dans la voiture alors qu'il est allongé à même le sol, sur le dos. Il ne bouge plus. Même pas un mouvement de la tête. Rien. »

Pour en savoir plus sur « A un moment donné », de Thierry Radière, qui est vendu au prix de 11€, contact : http://tarmaceditions.com 

lundi 5 décembre 2016

« Deux frères », de Sammy Sapin

Premier recueil publié de Sammy Sapin, dans la collection Polder issue de la revue Décharge, « Deux frères » raconte en vers libres les vies parallèles de deux écrivains du XXème siècle, importants parmi d'autres, : Ludwig Wittgenstein, philosophe, voire logicien, autrichien puis britannique (1889-1951) et Charles Bukowski, poète et romancier américain (1920-1994) bien connu des lecteurs de ces chroniques.

Et surprise : Sammy Sapin fait de ces deux intellectuels, bien différents l'un de l'autre, deux frères. Il est vrai que Wittgenstein et Bukowski, avec leurs noms à consonance germanique, ont émigré vers le monde anglo-saxon. Mais au-delà de ça, il n'y a que des différences : l'un est un brillant universitaire (malgré lui, dirait-on) qui fait des excès de manque d'excès, et l'autre est un alcoolique obsédé sexuel, qui s'est fait tout seul.

Mais derrière ces personnalités différentes, Sammy Sapin montre surtout leur appétit de contradictions, chacun dans leurs vies séparées. Ainsi, s'ils deviennent frères, c'est grâce à leurs différences, peut-on en conclure. Et justement, la poésie de « Deux frères » réside dans ces contradictions.

Sammy Sapin écrit à l'américaine, des vers directs, pratiquement dénués d'images, comme de la prose découpée, mais pas n'importe comment.

La caractéristique de son style est d'être dépourvu de toute fioriture, de tout commentaire, les vers sont autant de morceaux de phrases mises en apposition, ce qui renforce les contradictions qu'elles révèlent :

« l'écrivain n'a besoin que d'une seule chose
selon Bukowski :
de solitude
devant sa machine à écrire.
Un écrivain qui descendait dans la rue
ne savait rien de la rue. »

(…)

Dans le Tractatus, trente ans plus tôt,
Wittgenstein écrivait :
« La mort n'est pas un événement de la vie.
On ne voit pas la mort » ».

De tels vers s'impriment facilement dans la tête pour ne plus en sortir.

La préface de « Deux frères » de Sammy Sapin est de Frédérick Houdaer. La couverture est de Sara Laè.

Pour en savoir plus sur « Les deux frères », qui est vendu au prix de 6 €, contact : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

lundi 28 novembre 2016

"Poésie amoureuse de Sappho à René Char"


Publié par les éditions Audiolib, ce livre n'en est pas tout à fait un, puisque il s'agit d'un CD, et comme le dit joliment sa couverture, « écoutez, c'est un livre ! ».

D'une durée d'une heure environ, cette nouvelle publication propose à l'écoute des poèmes connus, le plus souvent écrits en langue française (ou parfois traduits du grec, s'agissant du texte de Sappho) et lus par Daniel Mesguich et Catherine Berrianne et qui ont été écrits, pour les plus anciens, durant l'antiquité, ainsi qu'au Moyen-âge et pour les plus récents, au milieu du XXè siècle (René Char).

Si le programme n'est pas des plus originaux, surtout pour les déjà initiés au genre poétique, cette « poésie amoureuse » constitue un joli cadeau de Noël, pas assommant (chaque poème lu est court), à offrir aux curieux qui veulent connaître ce qu'est la poésie.

Pour ma part, cette lecture croisée entre voix de femme et voix de femme m'a permis de redécouvrir des poèmes tellement connus que j'avais oublié qu'ils existaient (et d'en découvrir certains que je connaissais pas).

À écouter également pour la qualité de la lecture à haute voix, bon modèle pour ceux et celles qui voudraient se lancer à leur tour dans la lecture de leurs textes, notamment via Internet.

Pour en savoir plus sur "Poésie amoureuse", qui est vendu au prix de 13,90 € (peut être également téléchargé au prix de 12,50 €), contact : http://www.audiolib.fr/livre-audio/poesie-amoureuse-9782367622699

jeudi 24 novembre 2016

"Ellipses", d'Eric Barbier

Publié par les éditions du Contentieux, « Ellipses » d'Eric Barbier est une suite de vingt histoires singulières, des « ellipses » effectivement, car s'y trouve résumé en quelques pages la part la plus importante de la vie d'un homme, celle-ci étant souvent ponctuée d'une mort violente.

Dans ce livre, la préoccupation qui revient le plus souvent est celle des mauvais hasards de la vie, qui fait que celle-ci bascule « du mauvais côté ».

Souvent d'ailleurs, cette vie a déjà basculé avant et sa fin ne fait que confirmer la marginalité de son sujet, comme s'il s'agissait d'une punition pour son trop grand individualisme.

Le style de l'auteur est celui de la distance avec ce qu'il exprime, distance ironique, notamment quand elle traite du monde artistique.

Extrait de « Ellipses » et de « XX Homonymes » :

« (…)

Olivier Messiaen : ce syndicaliste menait double jeu dans une usine vouée à la fabrication de matériel pour l'industrie pétrolière usine qu'en cette année 1978 le patronat avait pour projet de fermer. Informateur zélé pour le compte de la direction il trompait ses camarades sur la réalité des projets déjà engagés. Ne se laissant plus abuser par ses mensonges, pris par une juste colère les prolétaires après avoir usé à son égard d'une violence exagérée le précipitèrent dans le fleuve qui délaissant ses airs de torrent en entrant dans la ville longeait les murs de la fabrique.

(…)

Bernard Noël : ancien aumônier militaire prêtre d'une paroisse de l'Aubrac, une nuit d'hiver revenant d'une ferme éloignée où il avait été appelé pour donner l'extrême-onction à un vieux paysan alors qu'il marchait difficilement dans la neige épaisse une femme à la sauvage beauté lui apparût dans toute sa nudité avant de s'évanouir dans le paysage, après avoir prononcé un unique mot.

A nouveau seul le prêtre tombe à genoux et pleure. (...)»

Pour en savoir plus sur « Ellipses », d'Eric Barbier, qui est vendu au prix de 8 €, contact : romanrobert60@gmail.com 

lundi 14 novembre 2016

"Bien vue - mal vue", de Louis-Michel de Vaulchier

Édité par l'Atelier de l'Agneau dans sa collection intitulée « Architextes », « Bien vue - mal vue » de Louis-Michel de Vaulchier se compose de trois parties, dont les titres respectifs sont « un petit tiroir », « un découpage » et « une autre langue ».

De ce volume, je préfère personnellement et surtout les deux premières parties, car ces dernières racontent une histoire, voire, même, un conte.

Dans la première, il s'agit des instants de voyeurisme d'une araignée (ou d'un insecte de ce style) dans la chambre d'une dame que l'on suppose belle. Dans la deuxième partie, est décrit le sort d'un mannequin de papier découpé.

Plus particulièrement, l'utilisation par l'auteur des ressources de la PAO (publication assistée par ordinateur), avec des changements de polices ou de tailles de caractères, leur mélanges ou décalages, donne à ces textes un aspect ludique, mettant en valeur les différences d'intensités qui caractérisent tout texte écrit, mais qui ne ressortent en général guère, sauf dans la tête du lecteur.

La dernière partie de ce livre est à mon sens, plus classique, car elle reprend le pari de créer « une autre langue » (titre de cette partie), ce qui est le but de toute une partie de la poésie contemporaine. Cependant, là encore, l’interaction entre différents genres artistiques (poésie incluse dans images et vues, musiques et sons) qui en découle est très forte, ce qui est déjà en soi une performance.

Pour en savoir plus sur « Bien vue - mal vue » de Louis-Michel de Vaulchier, qui est vendu au prix de 15 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur, http://www.atelierdelagneau.com/

jeudi 10 novembre 2016

"Angles morts", de Jean-Baptiste Pédini


Dans « Angles morts », Jean-Baptiste Pédini parle beaucoup de mots. Il faut dire qu'il les tord quelque peu, comme si ces « Angles morts » empêchaient leur envol.

Par « Angles morts », il faut sans doute entendre tout le poids de la vie, qui ne nous incite pas à déployer nos ailes, à l'inverse de l'Albatros. Comme si nous étions enfermés au fond d'un puits, en quelque sorte.

Dans cette dizaine de poèmes, l'identité est à peu près totale entre ce qui est dit et la forme employée pour le dire, ce qui donne plus de force au message transmis.

Jean-Baptiste Pédini, à travers ces vers courts et boiteux, car de longueurs diverses, rogne les ailes à ses propres mots, au besoin en les privant de leurs articles, comme le montre par exemple l'extrait ci-dessous :

« Non
ce n'est pas tout
de rester là

il faut expirer mots
par vagues lentes
comme si de rien

s'extirper du silence
ou reculer
tout seul

sans plus de sel
dans la gorge

non
ce n'est pas ça
on n'attend rien
ni mouvement
ni mesure

la distance seulement
entre le souffle
et la lumière

c'est presque tout
la langue brûle

plus loin

les voix demeurent
hors d'atteinte. »

Pour vous procurer ce petit recueil dense, vendu au prix de 4 €, une seule adresse : celle de son éditeur (La Porte) : Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin 02000 LAON.

jeudi 27 octobre 2016

« Signaux d'existence », suivi de "La Petite Fille et la Pluie", de Murielle Compère-Demarcy



Comment concilier la luxuriance de la nature avec ces villes tentaculaires que souvent nous traversons ?

De manière en apparence paradoxale, par la solitude qui émanent d'elles, peut-être...

Par le vol des oiseaux aussi, particulièrement observés et aimés dans ce livre. Symbole d'évasion des réalités quotidiennes, cher à la poésie romantique, et bien sûr, signal du contraire, ce chasseur de nos illusions qui a vite fait de les mettre dans la terre.

Il y a tout cela dans ce recueil de Murielle Compère-Demarcy, et sans doute d'autres choses encore, comme l'amour et la poésie, chaque jour de passage. 

Tous les signaux sont là, il n'y a plus qu'à s'en saisir.

Cette fois-ci, comme jamais jusqu'à présent, me semble-t-il, l'auteur n'a autant cherché à coller ensemble, par la mise en apposition des mots qui leur caractérisent, les irréconciliables de la nature (l'extérieur) et de la technologie (l'intérieur).

Le résultat est une écriture qui a trouvé son style, générant du souffle et de la beauté lyrique, présents à travers la quasi-totalité des poèmes publiés ici.

A signaler en fin de volume, "La Petite Fille et la Pluie", épilogue de douceur, par rapport au morceau de résistance que constitue "Signaux d'existence".

Je l'avoue : c'est toujours une joie pour l'éditeur que je suis, et qui a publié en 2015, « Trash fragilité », du même auteur, de voir ses poètes préférés continuer leur route vers d'autres contrées éditoriales.

« Signaux d'existence », publié par les éditions du Petit Véhicule, dans la collection de « la Galerie de l'or du temps », est aussi et sans doute le plus beau livre qu'il m'ait été donné de tenir entre mes mains, cette année.

Cette prouesse n'aurait pas été possible sans les illustrations de Didier Mélique (auteur, entre autres, de l'image de couverture), et photographie de Michel Bourbier, ainsi que par le mode de conception du livre lui-même (dont la mise en page est de Marine Jan) : format (22,2 cms X 21,4 cms) et papier utilisés, reliure noire cousue de bleu clair.

Extrait du livre :

« Le cœur métronome rythme
le chant des nuits
de l'homme et de l’engoulevent qui bâillent
d'insectes à étoiles
d'étoile en étoile

Je surligne au fluo de l'Imaginaire
le tracé de ses passages
et toutes mes ouïes qui regardent
n'en reviennent pas
de ce long cours magnétique
de ce long cours migratoire »

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Signaux d'existence », qui est vendu au prix de 25 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://lepetitvehicule.com/

mardi 25 octobre 2016

"Des falaises", de Mélanie Leblanc


« Des falaises » est le premier recueil publié de Mélanie Leblanc. Et en plus, il est publié chez un éditeur important, depuis pas mal années, dans notre paysage poétique, s'agissant de Cheyne Editeur.

D'emblée, ce qui frappe le lecteur, c'est la totale adéquation entre le sujet de ce texte (les falaises) et le style de l'auteur, si je puis dire, bien tranché, bien campé, dans des vers courts, voire très courts, de un ou deux mots, comme si des mots étaient pendus au bord du vide.

Derrière l'apparence des falaises, dans un aller-retour continuel entre elles et l’œil qui les regarde, Mélanie Leblanc décrit ce qu'elles représentent en nous.

Ainsi, un va-et-vient s'opère entre extérieur et intérieur.

Bien sûr, pour elle, les falaises sont symboles de puissance, mais également de faiblesse, bref, comme un mélange de ce qui peut résumer un être humain vivant, et aussi résumé de nos vies.

Dans ces poèmes, c'est souvent cet instant de la rupture qui est reproduit, générateur à la fois de mort, mais également de libération.

Extraits de « Des falaises » :

« le corps des falaises

empreintes du temps

une couche de silex
pour chaque année noire »

***

« on appelle vivante la falaise qui meurt
la belle la vraie
blanche car effondrée

beau de mourir tous les jours un peu »

***

« peser de tout son poids pour
enfin

s'envoler »

Pour vous procurer « Des falaises », qui est vendu au prix de 17 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.cheyne-editeur.com/

« Ubayubaye ! », de Jean-Marie Alfroy



Publié dans la collection Lieu d'Encres vives », « Ubayubaye !»  est le récit poétique de randonnées effectuées par l'auteur dans les Alpes du Sud, près de la frontière italienne.

Je retrouve dans ce recueil ce qui caractérise le style de Jean-Marie Alfroy, une représentation qui n'en reste pas aux images, mais va vers la musique, par le recours à l'incantation, tout particulièrement à travers le poème-phare de ce cycle qui en appelle à l'Ubayubaye, à travers justement, le terme de « chant ».

D'ailleurs tout le texte est construit sur le modèle des formes musicales : "chant », mais également, « intermèdes », « récitatif » et « coda ».

Et bien souvent, les vers prennent alors la forme de versets, comme ces rivières (telle l'Ubaye) qui, emporteraient tout sur leur passage.

Parfois, par une exception qui confirme la règle, les poèmes se font plus elliptiques, comme dans les « Intermèdes » de la partie centrale du texte.

Mais, même lorsque les vers se raccourcissent, il y a toujours ce dynamisme, cet instinct de révolte qui donne au poème sa puissance.

Extrait de « Ubayubaye », la « coda » finale :

« On ne quitte pas une vallée comme on quitte une plaine à blé
on se glisse sans fierté contre des parois rocheuses qui suintent de larmes
incomprises
et au col in ne se retourne pas vers ceux qu'on pense avoir trahis
on plonge dans le bain des territoires en se disant que c'est fini
qu'il n'y aura plus de pics à définir, de crêtes à dessiner
sur le grand mur des jours et des saisons

On quitte une vallée comme on quitte une Ariane sur son rivage
parce que des Athènes attendent qu'on revienne se perdre dans le grand troupeau
parce qu'on croît être plus fort de porter l'uniforme des citadins bleuis et noircis par les textiles internationaux

On se quitte soi-même et on meurt comme on n'a jamais cessé de le faire
depuis le berceau

On se console en revivant la course des eaux depuis les neiges des
frontières
jusqu'à leur effacement ans le grand lac construit par les hommes
à cause de leur soif de lumière et de propreté
alors qu'ils errent depuis toujours dans leur ignorance et leur saleté
morale

On se console parce qu'il est dans la nature de l'homme de se consoler. »

Pour vous procurer « Ubayubaye », de Jean-Marie Alfroy, qui est vendu au prix de 6,10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://encresvives.wix.com/michelcosem

mercredi 12 octobre 2016

"Regarder vivre", de Murièle Camac


Troisième livre de Murièle Camac publié par les éditions N&B, « Regarder vivre » est moins marqué par le soleil que les deux précédents ("Vitres ouvertes" dans la collection Polder de la revue Décharge et "La mer devrait suffire" aux Editions Henry). C'est même plutôt le contraire qui se produit là.

En effet, s'il est souvent encore question d'escapades, ces dernières ont notamment pour cadre le froid (« Hiver ») ou le « vent » (d'Irlande).

Le plaisir de lire les poèmes (la plupart du temps en vers libres, plutôt qu'en proses) qui composent « Regarder vivre », au-delà de ces considérations atmosphériques, n'est pas forcément facile à expliquer pour le lecteur.

Reste cependant au moins une constante. La poésie est ici souvent spatiale.

Rien à voir avec le courant initié par Pierre Garnier (le spatialisme), si ce n'est que le corps se trouve souvent plongé dans des espaces qui le dominent. Corollaire des voyages ? Non pas seulement, mais plutôt sensation de n'être pas exactement à sa place là où l'on est.

L'impression dérangeante qui en découle est familière aux poètes, et explique en partie qu'ils écrivent.

Mais pour caractériser les poèmes de Murièle Camac, il faut aller plus avant, souligner les références qui les traversent, dont la discrétion fait le charme, ainsi que leur diversité, qui loin de se limiter à la culture classique (mythologie, histoire), embrasse à la fois l'actualité et parfois même de plus mauvais genres (science-fiction, voire cinéma).

Le style de ces textes est également diversifié, derrière leur apparente simplicité, allant d'un registre familier, de refrains vers des raccourcis saisissants, ce qui crée des effets de surprise, toujours bienvenus en poésie, et donnant l’impression que des collages ont été faits comme avec colle et ciseaux.

Le sismographe - si je peux l'appeler ainsi - de ces poèmes est lui aussi étendu, passant de la révolte à la nostalgie en traversant l'auto-dérision, avec un fonds commun de sensibilité, le genre de qualités qui fait que le monde devrait pouvoir continuer à avancer. Un espoir, fragile, qui ne se brise jamais...

Extrait de "Regarder vivre" :

"Un midi que je me trouvais chez moi
et qu'un papillon affolé s'était
laisse enfermer dans mes yeux 
il s'est mis à faire nuit
verte une nuit verte
il n'y avait plus lieu
de distinguer les nuages des arbres
la pluie des plantes

je me trouvais chez moi
ce n'était pas la maladie qui faisait voir la nuit si verte
couleur de fièvre et de rêve
il y avait bien dans l'esprit de l'orage un désir de durer
de devenir terrestre

comme il y avait
peut-être
dans l'épuisement
de la conscience
un désir
de se disperser
dans l'orage"

Pour en savoir plus sur « Regarder vivre », de Murièle Camac, qui est vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://n-et-b-editions-poesie-toulouse.org/

lundi 10 octobre 2016

« Morning à la fenêtre », de Christophe Sanchez


Avec « Morning à la fenêtre », premier livre publié par les Éditions Tarmac, Christophe Sanchez me semble avant tout avoir trouvé la forme, originale, qui convient à ce qu'il a écrit.

Il s'agit ici d'une succession d'un ensemble de 3 petits poèmes journaliers rédigés durant trois mois, lors des insomnies matinales de l'auteur et publiés d'abord sur les réseaux sociaux de novembre 2015 à janvier 2016.

Leur forme est originale, s'agissant de poèmes de 5 vers, complété par un vers de un à deux mots, qui n'en est pas un, comme dit l'auteur, mais qui contribue à rythmer le texte.

Et ce dernier texte se retrouve paradoxalement bien encadré dans ses limites, malgré, ou plutôt, grâce à ce débordement volontaire.

Comme c'est prévisible, vu les circonstances dans lesquelles les poèmes ont été écrits, ils retranscrivent l'ambiance qui doit être celle de Palavas les Flots, lieu de vie de Christophe Sanchez, avec la mer, le sable et les oiseaux qui vont avec.

Voilà donc un ensemble de poèmes-météo, à prendre au sens strict du terme, mais aussi au sens plus large de celui-ci. Car la météo est intérieure avant tout : on le voit bien, car, par exemple, lorsque les attentats du 13 novembre 2015 à Paris déteignent sur ces considérations d'extérieur, de leur sang versé.

Et l'imagination, donc la poésie, prennent le pas sur la description. Tant mieux, car je n'aurais pas aimé avoir affaire à un énième recueil de haïkus !...

Extraits de « Morning à la fenêtre » :

   « Des lames rouge sang
   Trempent dans la mer
   Du pain perdu de nuit
Que le jour cuit, tourne
                                           Et retourne » (mardi 17 novembre)

                 « Le vent manque à la mer
                 Manque à la rue solitaire
                 Qui se fige sous un drap
                 Tendu de nuit où s'usent
Les échevelés » (dimanche 20 décembre)

« Deux frères goélands
    Se bataillent à becs
    Acérés le haut siège
    Du réverbère à tête
                                       De brume » (mercredi 6 janvier)


Pour en savoir plus sur « Morning à la fenêtre », de Christophe Sanchez, qui est vendu au prix de 11 €, rendez-vous sur le site des éditions http://tarmaceditions.com/

vendredi 7 octobre 2016

« Lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h


Je n'ai pas l'habitude de chroniquer des livres de poésie heureux, mais celui-ci me paraît en être un.

Il s'agit de « Lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h, édité par « Interventions à Haute Voix ».

A travers le titre de ce recueil est déjà énoncé son objet : donner une succession de tentatives réussies de définitions poétiques de la « nuit », du « vent », de « l'archipel », du « regard », mais aussi « des choses dont on ne se lasse pas », à savoir les saisons.

Cela donne une poésie simple, mais pas gênée aux entournures, qui sait quoi faire de cette nature qu'elle exprime, et qui en jouit.

Bien entendu, les images sont très visuelles et évoquent souvent le lieu d'habitat de l'auteur, à savoir les paysages maritimes de sa Bretagne.

Extrait de « lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h :

« Il faut tendre l'oreille
pour cueillir tous les bruits de la nuit
les paroles diffuses
dans le taillis des signes »

*

« le vent
dans l'abondant feuillage
du peuplier argenté

Le même registre sonore
qu'une robe que l'on défait
un soir d'été »

*

« Quelles correspondances unissent les nuages blancs et frais comme des ventres de chats, et le vol lent des hérons qui passent le soir au-dessus du jardin ? »


Pour en savoir plus sur ce « lexique élémentaire », de Jean-Luc Le Cleac'h, vendu au prix de 10 €, contact : gerard.faucheux@numericable.fr

"Diplômes", d'Alain Jean Macé

Avec « Diplômes », qui vient d'être publié aux Éditions de l'Arbre, Alain Jean Macé nous fait parcourir un brin d'histoire des écoles, un brin inactuel ou éternel, suivant comment on se place : du certificat d’Études au Doctorat, en passant, bien entendu, par le Baccalauréat.

Il faut dire qu'en matière d'études, cet exposé, tout en poèmes, nous fait surtout reprendre les chemins de l'école buissonnière, bien que, sans doute, Alain Jean Macé était un bon élève.

Le style de l'auteur se reconnaît aisément, à travers ces poèmes en vers courts et percutants, dans lesquels, chaque effet, jeux de mots y compris, sont à leur place. On ne pourrait certes glisser, au cœur de ces vers, un mot de plus.

Extrait de « Diplômes » :

« Ma parole il avait bu
L'auteur de la loi
Imposant
Même au possesseur d'un doctorat
La licence quatre
Donnant le feu vert
D'ouverture
De son débit de boisson

Quand le poissonnier
Pour ouvrir un bar
N'a besoin de rien
Hormis un couteau
Comme il lui en faut
Pour une barbue
Un rouget barbet
Ou contre un loubard »

Pour vous inscrire aux « Diplômes » d'Alain Jean Macé, dont le prix est de 12 €, il faudra en passer par la case courrier postal, en vous adressant à l'éditeur, Éditions de l'Arbre, 7 rue d'Hameret 02370 AIZY-JOUY.

mercredi 5 octobre 2016

"13 poèmes taillés dans la pierre", de Patrick Dubost


Cet ensemble de treize poèmes, publiés par les éditions la Boucherie littéraire dans sa nouvelle collection « La feuille et le fusil », ne sont pas là pour porter malheur à leur lecteur.

Bien au contraire : ils existent pour faire méditer celles et ceux qui les liront.

J'aime beaucoup le plan selon lequel ils sont construits.

En effet, chacun de ces textes commence par le mot « on ». Ils énoncent d'abord une vérité générale,  censée être valable pour la plupart des humains, qui est aussitôt démentie dans la suite du texte.

De cette façon, le lecteur va de la certitude vers l'incertitude.

La forme de ces « 13 poèmes taillés dans la pierre » obéit également à des règles spécifiques, présentant tous une mise en page qui s'évase de bas en haut.

En réalité, cette disposition dans l'espace découle du fait que ces poèmes ont été composés, dans le cadre d'une résidence d'écriture, afin d'être exposés dans les encoignures de la Chartreuse Notre-Dame-des-Prés de Neuville-sous-Montreuil (Pas-de-Calais).

C'est aussi pour cette raison qu'ils parlent des hôtes pouvant être présents en ces lieux (clochers, chouettes, oiseaux).

Leur thématique fait qu'ils s'inscrivent là où ils sont destinés à être lus "en direct" et en dehors de ce livre.

Je signale qu'une version sonore existe également de ces « 13 poèmes taillés dans la pierre ».

Extrait de ce livre ci-dessous :



Pour en savoir plus sur ces "13 poèmes taillés dans la pierre" bicolores et à la couverture « foulée », vendu au prix de 13 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Sachez cependant que pour toute commande, les livres de la Boucherie littéraire s'achètent en librairie.

dimanche 2 octobre 2016

"Sémiotique de la crasse", de Lukrate


"Sémiotique de la crasse" de Lukrate, n'est pas un livre de poésie au sens étroit du terme, sauf que la poésie peut être partout, même dans la crasse.

Cette remarque mise à part, il s'agit d'un recueil de 26 histoires courtes, que j'ai trouvées plus proches du conte que de la nouvelle.

Elles ont toutes en commun qu'elles racontent des scènes de la vie d'un quasi-SDF, vivant souvent dans la crasse ou pas très loin. C'est un livre de survie au quotidien, qu'une misère noire aiderait à qualifier de gothique. D'où la référence au diable, évidente, qui est inscrite dans la numérotation de la dernière histoire.

Les instants de cette vie en noir ou en gris pourraient paraître déprimants s'ils n'étaient contrebalancés par une paradoxale joie de "mal" vivre, qui se mesure à travers toutes les remarques humoristiques, dont est parsemé le livre, ainsi qu'à travers moult références artistiques et notamment musicales (la préface cite à cet égard, Georges Brassens, Léo Ferré, Hubert Félix Thiéfaine).

De quoi vous éclairer sur l'univers de ce projet anarchiste que je partage en commun.

Les histoires sont racontées à la première personne du singulier, mais ce "je" là ne manque pas de dérision, ce qui fait passer aisément la pilule.

Malgré les difficultés à vivre (manque d'argent et d'amour, alcoolisme, solitude), "Sémiotique de la crasse" peut être vu comme une revendication de la marginalité, autant recherchée que subie. Car faire partie de la norme - on l'oublie un peu trop souvent - ce n'est pas non plus ressembler à quelque chose de particulièrement beau, ce n'est pas forcément avoir un sort enviable.

D'où cet hymne en négatif que j'ai trouvé réjouissant à lire.

Histoire de vous mettre dans l'ambiance, je cite le début de la première histoire : "La fille de l'aube" :

"Elle se tenait droite, inflexible face au monde, les yeux perdus dans le vague.

C'eût été une idole païenne si elle ne portait pas ces frusques à la mode, puant le brillant et le trop serré.

Frêle, encore nimbée de la candeur faussement virginale des enfants nées trop tard, elle crachait par intermittence des geysers de fumée épaisse.

La fine pluie qui nous séparait ne suffisait pas à masquer sa détresse.

Tendant alors de rationaliser ma "pseudo-relation" avec cette inconnue, je relevai le col de mon vieux cuir élimé roulant fébrilement un mégot.
Je voulais détacher les yeux de ce puits de tristesse tout en analysant ce tableau presque vivant : la rue à six plombes du mat."

La fabrication du livre "Sémiotique de la crasse" a la particularité d'avoir été financée sur Internet, avant autoédition, par une campagne de crowdfunding (Kisskissbankbank).

Pour en savoir plus sur ce livre, vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur https://www.kisskissbankbank.com/semiotique-de-la-crasse ou pour le lire sur Internet, https://ebook.nolim.fr/ebook/9791022754569/semiotique-de-la-crasse-lukrate