samedi 28 novembre 2015

"Écrits sans papier", de Mireille Disdero


Sous-titré "Pour la route, entre Marrakech et Marseille", "Écrits sans papier" est le deuxième recueil publié par les Editions de la Boucherie Littéraire, dans une nouvelle collection intitulée "Sur le billot".
Pour situer ce livre, je dirais qu'il est très "ambiancé".
Mireille Disdero, à travers ses voyages, pas forcément très lointains, nous livre des impressions dictées par ses flâneries à l'extérieur, avec ou sans hommes en premier plan.
Les scènes se passent toutes exclusivement en contrées ensoleillées. Il y règne une torpeur qui permet à l'imagination d'entamer son vagabondage.
Si l'unité de ce livre existe naturellement, elle n'a pas besoin de recourir à une forme particulière pour se concrétiser. Le lecteur passe, sans s'en apercevoir, dans un même glissement de sensations, de textes en proses à des poèmes en vers libres.
Avec "Écrits sans papier", la liberté se réalise au delà des frontières...
En voici un extrait, intitulé "Cargos de silence" :

"Lumière. Odeurs du sommeil quand au bleu plongent les rêves, en affleurement. Couleurs nues le matin, au moment d'ouvrir les yeux.
Puis une respiration, très loin, seulement un battement d'ailes. Cambrure en haute mer. Présence encore, mais en pointillé. On bascule vers le jour, traversant des zones libres, évitant d'approfondir, pour virer de bord au midi.
Absence. Les paroles ne servent à rien quand elle vient. Seulement les couleurs. Juste un silence. La fêlure de l'éveil. Au tréfonds des mots se cherche en apnée la respiration d'écrire. Mais aujourd'hui, rien. L'absence. Seulement les couleurs en nappes insensées, l'estompe d'un sillon de mots qui passent, s'effacent...vers le large... en cargos de silence."

Pour en savoir plus sur ce livre, vendu au prix de 12 €, rendez-vous sur le site des éditions de La Boucherie Littéraire, http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/


Je précise que les livres de la Boucherie Littéraire se commandent dans n'importe quelle librairie de France, Belgique ou Suisse.

mercredi 25 novembre 2015

"Quelques microsecondes sur terre", de Perrin Langda


Coédité par "Les Tilleuls du Square" et "Gros Textes", "Quelques microsecondes sur Terre" de Perrin Langda est l'un des premiers, si ce n'est le premier, recueil publié par son auteur.
Je retrouve bien là sa manière d'écrire. Les poèmes sont ici particulièrement courts. Ils supposent souvent une chute qui parfois d'ailleurs, existe au sens propre du terme. Sinon, il arrive que des jeux de mots émaillent ces textes.
La particularité, l'originalité des poèmes de Perrin Langda est qu'ils se situent à l'extérieur, voire même à l'échelle de l'univers, avec le secours des possibilités scientifiques et technologiques récentes, qui remettent en cause le concept de temps.
Perrin Langda s'en joue, du temps, et parvient à gommer la tragédie de nos vies bornées par une mort certaine.
Par exemple, dans ce poème :

"La vraie couleur des choses

d'un soleil paumé dans
l'univers en suivant
le tracé des étoiles
un photon percute un
petit grain de poussière
brillant dans un rayon
à la fenêtre et va
rebondir dans un oeil"

En lisant "Quelques microsecondes sur terre", vous allez donc vous rafraîchir l'esprit. 

Pour en savoir plus sur ce recueil, vendu au prix de 7 €, adressez votre demande par mail à l'adresse indiquée sur le site de l'éditeur: http://gros textes.over-blog.com/, soit : gros.textes@laposte.net

"Bestioleries poétiques", de Georges Cathalo


Ils ne manquent pas, les recueils décrivant ou se moquant des mœurs peu exceptionnelles des poètes ! Hélas, il n'est pas démontré que ces livres rendent les poètes moins égoïstes et moins prétentieux. 
Je ne peux m'empêcher, malgré tout, et dans ma grande naïveté, de leur trouver une vocation curative. Et j'ai beau pratiquer la poésie en revue et en micro-édition : je ne suis pas sûr d'être immunisé contre les stupidités poétiques !
Georges Cathalo, avec ses "Bestioleries poétiques", édités par les "Carnets du Dessert de Lune", s'emploie donc à nous inoculer une dose de cheval. Il s'agit là d'une série d'aphorismes, illustrés par Claudine Goux et préfacés par Louis Dubost.
Et je dois dire que ces "Bestioleries poétiques" se caractérisent par leur justesse grinçante. Preuve que Georges Cathalo connaît le milieu de près, étant lui-même poète ! Et conséquence directe : il sait appuyer là où ça fait mal...
Quelques exemples ci-après :
"Les poètes continueraient-ils à écrire s'ils avaient suivi une analyse psychiatrique ? J'en vois pas déjà qui se bouchent les yeux et les oreilles..."
"Plus l'on clamera "Poésie pour tous" et plus les gens s'en détourneront".
"Ah ! Les numéros spéciaux des revues ! Que de surprises ! Mais quelle revue proposera enfin un numéro spécial sur les numéros spéciaux ?"
"Professeurs de poésie : quelle rigolade ! Décortiquer un poème, observer son squelette, se livrer à une autopsie différée : encore des âneries professorales !" (bravo !)
"Que deviendraient ces belles publications de luxe sans les subsides des organismes en place ? De toute manière, le coût de beaucoup de ces livres est déjà amorti avant même qu'ils ne paraissent. Alors, qu'ils soient lus ou pas, vous pensez bien que leurs éditeurs s'en moquent comme de leur dernière plaquette" (aïe !)
Bon, je m'arrête là : ça n'empêchera pas qu'ils continueront à exister, tous ceux et celles là !...No illusion ! De toute façon, on n'aurait plus rien à écrire sinon...

Pour en savoir plus sur ces "Bestioleries poétiques", vendues au prix de 12 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.dessertdelune.be/

"99 noms d'un seul truc", de Grégoire Damon


"Ah le vilain !", ai-je envie de dire en lisant les poèmes de "99 noms d'un seul truc" de Grégoire Damon. ça ne signifie pas que je ne les aime pas, ces 99 noms, bien au contraire ! Ce que j'apprécie, c'est le côté "Ni dieu, ni maître !" qui ressort de ces poèmes courts.
Cette bonne dose d'anarchisme qui me donne envie de vivre plus intensément.
L'automatisme apparent de l'écriture me plait aussi beaucoup. Ce "Tapé à la machine à écrire mécanique jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place sur la ligne". Les poèmes s'enfilent à toute vitesse et la spontanéité qui en résulte semble totale. Par exemple, à mes yeux de lecteur, dans "Posologies" :
"prendre un plomb avant chaque repas & mourir dans les bras de la chanteuse du saloon".
Les poèmes de "99 noms d'un seul truc" me semblent aussi faits pour être dits.
Il y a de la musique là-dedans et même des variations sur un même thème. Par exemple, autour du rose :

"Bleus et roses

toutes les petites filles rêvent d'être des 
princesses
tous les petits garçons rêvent d'être des RMistes
alcooliques"

"Guns & roses

toutes les petites filles rêvent d'être cow-boy
tous les petits garçons rêvent d 'être Zara la
chanteuse transformiste qui a un si gentil papa"

Et enfin, "Sent la rose

toutes les petites filles rêvent d'être des cow-
boys revenant des collines les bottes gluantes de
scalps d'indiens
tous les petits garçons rêvent de pirater les
marchandages que nous faisons avec nos 
consciences
& d'en crever de rire".


Pour en savoir plus sur "99 noms d'un seul truc", de Grégoire Damon, vendu au prix de 7 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur, Gros Textes, http://sites.google.com/site/

mardi 24 novembre 2015

"Découper l'univers", de Christophe Siebert


"Découper l'univers", c'est un livre qui remet les pendules à l'heure. Je ne sais pas si on peut le dire comme ça mais en tout cas, c'est ce qui me vient à l'esprit après avoir lu ce nouveau livre de Christophe Siebert.
Il ne s'agit pas d'un roman, pas de poèmes, mais de textes de quelques pages à chaque fois, regroupés en quatre parties différentes, dans lesquelles l'auteur fait le point sur son expérience de la vie (la sienne surtout et celle de ses possibles personnages). On peut y voir également une vision instantanée et synthétique de l'esprit actuel. Il est question enfin d'écriture et de pratique artistique dans ces textes.
Et comme toujours avec Christophe Siebert, les choses sont dites avec netteté, ce qui fait plaisir au lecteur que je suis.

Voici deux extraits de "Découper l'univers", pour vous donner une idée :

"C'est cette capacité à compartimenter. A vivre plusieurs vies parallèles, être plusieurs soi-même qui n’interagissent pas, ce décalage horaire interne permanent. C'est une rencontre qui ne se produit pas, c'est ce que nous sommes tous. C'est cette capacité à mépriser tout le monde et à enseigner à ses enfants le respect. C'est cette capacité à être un employeur dégueulasse et un amant attentionné".

Et un autre, ci-après (extrait de "Manifeste") : "Marre des films tournés pour des spectateurs qui ne comprennent rien au cinéma.
Marre de la musique destinée à tous ceux qui n'ont ni oreille ni sensibilité ni culture.
Marre des jeux vidéos produits en masse pour séduire la foule de ceux qui se foutent de jouer.
Marre, enfin, marre surtout, des bouquins écrits par des connards, publiés par des connards et destinés à ceux qui n'achètent pas de livre, à ceux qui n'aiment pas lire".
Cela peut paraître évident, mais moi ça m'étonne que ça ne soit pas écrit plus souvent.
Et enfin, plus loin : "Dans le bus le Velvet undeground, Current 93 ou Jean-Sébastien Bach." En voilà, un beau projet de société...
J'ai aussi beaucoup aimé les illustrations de Lilas et Super détergent, pour leur densité (cf la couverture du livre). 

Bref, pressez-vous de lire "Découper l'univers". Pour en savoir plus sur ce livre, vendu au prix de 10 € et édité par "Gros textes", rendez-vous sur le site http://sites.google.com/site/grostextes/

mardi 17 novembre 2015

"Rencontres", de Fabien Tellier


Le titre de ce recueil de proses de Fabien Tellier, intitulé "Rencontres", s'il résume parfaitement son contenu, ne lui rend peut-être pas justice en totalité, car les types de rencontres qui sont ici déclinées, ne se résument pas aux seules rencontres amoureuses. Parfois même, elles seraient presque du 3ème type. 
Au début de ces "rencontres", il est surtout question de solitude. Les tout premiers textes semblent être autobiographiques, s'agissant d'un retour au pays de l'enfance. Et une fois parvenu là, la tentation est grande de retrouver le passé intact. Ainsi, la solitude sert de prétexte à plusieurs rencontres irrationnelles, qui sont le résultat de l'observation ou le fruit de l'imagination. Par exemple, cette petite fille dans une cour de récréation, elle-même esseulée.
Les rencontres concernent aussi des lieux, comme cette usine désaffectée dans laquelle travaillait le grand-père.
Les références à la science servent également à faire de ces rencontres un idéal cosmique.
Au fur et à mesure de sa lecture, le recueil se transforme peu à peu en conte de fées, le merveilleux prenant le pas sur l'inquiétant, avant un dénouement que je vous laisse le soin de deviner.
Extrait de "Rencontres", et pour donner une idée de son ambiance :

"L'odeur du café

Je ne me rappelle pas globalement de mon enfance mais j'en garde des souvenirs éparpillés. Des jeux avec un train sur le tapis du salon, les yeux bleus de notre chat qui s'appelait Etoile, d'autres enfants en train de courir avec moi dans les rues de notre quartier, les matins de Noël quand je me levais du lit autour de six heures alors que tout le monde dormait, le berceau de mon petit frère, ses cris de bébé quand il avait faim ou quand sa couche avait besoin d'être changée ou... enfin peu importe car il y avait cette odeur rassurante de café, rassurante car elle ancrait la présence de nos parents dans une maison sécurisée.
J'aimerais parfois, même à quarante ans, pouvoir me sentir aussi protégé que je l'étais."
Pour vous procurer "Rencontres", vendu au prix de 7 € (port compris), rendez-vous sur le site de l'auteur :http://fabien.tellier.free.fr et fabien.tellier@orange.fr, pour le mail. 

vendredi 13 novembre 2015

"Lettre à un vieux poète", de Dominique Sorrente


C'est une belle idée que d'écrire, comme l'a fait Dominique Sorrente, une "Lettre à un vieux poète", publiée par les éditions du Port d'Attache. La référence est facile à trouver : c'est celle des "Lettres à un jeune poète" de Rainer Maria Rilke, écrites au début du siècle dernier.
Avec l'allongement de l'espérance de vie, on peut comprendre qu'il pourrait être tout aussi utile de conseiller un vieux poète qu'un jeune !...
Mais ici, il ne s'agit pas de cela. Nous est plutôt offert le résumé du parcours du vieux poète (le poète pas si absent ou imaginaire que cela), destinataire de la lettre, par l'expéditeur de celle-ci (l'auteur du texte lu).
En fait, ce texte agit comme un baume, d'autant plus que j'ai tendance à déjà me reconnaître dans ce vieux poète objet de toutes les attentions. Beaucoup d'auteurs, la majorité, de toute façon, pourront également s'y retrouver.
Dominique Sorrente répond à la question cruciale de "comment vieillir en poésie ?", quand on a eu droit à quelques honneurs (publications, prix) ou pas et que l'on a atteint ses limites de reconnaissance relative par un public restreint. Si tant est que l'on peut être reconnu en tant que poète par la société !...
Et c'est là qu'intervient le baume, car bien entendu, la perspective de "carrière", même en poésie, si elle en attire plus d'un(e) - me dites pas le contraire ! - s'avère illusoire au vu de la mort qui s'annonce, synonyme d'oubli éternel.
Ainsi, cette "Lettre à un vieux poète" suggère une autre voie, plus naturelle peut-être que celle des honneurs, puisqu'il s'agit de continuer à écrire pour le plaisir, sans se préoccuper des lecteurs.
Dans un langage on ne peut plus clair, Dominique Sorrente nous dit finalement que la poésie, c'est ici et maintenant.
Quel soulagement, soudain, de rappeler cette évidence, trop évidente pour ne pas être souvent oubliée.
Extrait de "Lettre à un vieux poète", ce constat d'où découle la suite :
"Le monde littéraire, le "milieu" comme on dit parfois, n'était guère votre tasse de thé. Vous ne vous êtes jamais senti de ce parti, de cette coterie, de ce clan; cela n'a pas été sans douleur parfois, puisque l'époque ne supporte guère l'esprit de non-appartenance qui appartient aux solitaires. Ce n'est pas que vous ayez refusé de vivre dans la compagnie des autres, de vos amis artistes ou écrivains. Tout le contraire; dès votre adolescence, vous rêviez de cette belle utopie des mots dressés comme une tente. Mais le "milieu" suppose d'autres stratégies qui vous lassèrent au fur et à mesure que les années passaient. Avec le temps, je vous ai vu de plus en plus avouer le désir de "ne pas calculer", lâcher des gestes sans retenue, offrir des lettres qui n'attendaient aucun retour, visiter de votre poésie des lieux non défichés... A chaque fois, vous preniez un malin plaisir à vous exposer comme on vise à retrouver la mobilité des ailes perdues de l'oiseau."

Si vous souhaitez vous procurer "Lettre à un vieux poète", de Dominique Sorrente, vendue aux prix de 3 €, rendez-vous sur le blog des éditions du Port d'Attache animées par Jacques Lucchesi et situées à Marseille, http://editionsduportdattache.over-blog.com/ 

vendredi 6 novembre 2015

"Obscénités", de Marc Bonetto


Le lecteur ne pourra pas dire que ce recueil ne porte pas bien son titre. Il s'agit en effet d'une collection d'obscénités, écrites par Marc Bonetto, constituée d'une suite de textes courts et de haïkus, entrecoupés de quelques interludes.
A ce propos, j'apprécie beaucoup l'adaptation qui est faite de la forme poétique du haïkaï, appréciée d'ordinaire par les classiques éthérés. Comme dans les "Disparates", autres textes de Marc Bonetto, on est dans le percutant.
A part que dans la majorité des cas, ici, il est question de sexe. En général, mais pas toujours.
Et quand des textes parlent d'autre chose que de sexe, ils paraissent comme isolés. A moins d'admettre une bonne fois pour toutes que le monde est copulation et que le sexe est expressionniste. Car dans "Obscénités", il tient plus de Jérôme Bosch que de l'érotisme BCBG. Paillard et rigolard, voire folkloriques (militaires et curés). Il y a de l'humour noir aussi, c'est le moins que l'on puisse dire.
En voici quelques extraits :

"Légionnaire besogné
Par un bouc en rut
Elle observe, la mascotte"

"Double dilatation
Elle fait minette
Aux religieuses enlacées"

"Eh bien, compagnons de débauche et vous, dames lascives, ne voyez-vous pas, dans les vapeurs du haschisch, cet œil qui nous regarde et nous juge ?
Non, mes amis ne voient que le plaisir, et si un œil les observe, ils l'inviteront à partager bonheurs et joies qu'ils prodiguent sans réfléchir, eux."

"Le canon sur la tempe
Mouette rieuse
Du sang sur le sable"

"Allongés sur la barrière
Ils copulent au soleil
Les lézards immobiles"


"Obscénités" de Marc Bonetto est publié dans la collection des Minicrobes de la revue "Microbe", animée par Eric Dejeager et Paul Guiot. Le recueil est vendu avec la revue (les 8 numéros et recueils correspondants à 17,60 € tarif Europe), voir le blog http://courttoujours.hautetfort.com/.