lundi 11 décembre 2017

"Et les mégots du ciel", de Thomas Grison et Jean-Marc Thévenin


Publié par les éditions du Contentieux, « Et les mégots du ciel », de Thomas Grison et Jean-Marc Thévenin est un match de ping-pong de poèmes, tous en vers libres, et dont la longueur varie entre 25 et 50 vers.

Il est impossible de trouver un thème à ce livre, et ce n'est pas forcément grave.

Chacun des deux auteurs est venu avec son style bien trempé, de veine surréaliste, et le résultat est que chacun rebondit sur les évocations de l'autre, enchaînant les variations à partir de là.

Le lecteur pourra reconnaître quelques tendances dans le style de Thomas Grison, plus rond et musical, et dans celui de Jean-Marc Thévenin, légèrement plus déglingué imprévisible.

Pour ma part, cela fait longtemps que je n'avais pas lu de textes à la liberté totale, qui laissent la part belle aux visions, et dans lesquels se trouvent des pépites de vérité, vite digérées par la vitesse de l'écriture.

Extraits de « Et les mégots du ciel », de Thomas Grison et Jean-Marc Thévenin :

« Elles auraient souhaité que je les
branche
si les mots ont un sens
le langage est sexué
voire sexuel
voire un trou dans la tête
où passe du lichen
c'est un mot
qui passe par la bouche
notre trou dans la tête
que sont-ils devenus
les mots
dans leur mille-pattes
d'écriture
on parle de virus
j'y ai vu des insectes
les mouches endormies par la mort
sur un ruban collant
dans la maison près de la Seine
un ruban sexué collant
lorsque l'on parle du piano des saris
avec les mots des notes bariolées
le petit doigt posé
sur le ruban sonore
de la parole qui s'envole
le dessin d'écriture le destin d'écriture
qui sort de la bouche
le lichen un peu vertical un peu gris
un peu la pierre
tu es silence
tu es six lances
dans la campagne et la Seine
pour percer la poitrine
où le cœur ne se connaît
que de ses percements
et les rubans
de toutes les époques
qui s'entrechoquent
ici
pour la pensée et ses orgueils
les propos esthétiques
une façon de dériver
pour que ça brille américain
comme une alliance
et les doigts de la branche
je ne sais pas Thomas
ma tête avec ses trous
ses bosses ?

« le serpent qui se mordait
la queue
la bouche et ses venins
ses mouches
le sourire nain
son vermicelle de louches
et les yeux dans la soupe
les trous velus que l'on cherche à
remplir est-ce
l'orgueil de l'estomac ?
L'aube grise on cherche le soleil
tes mots blancs comme tes
dents dans ta tartine
et le café son marc du matin
le vélin blanc
le chat venu manger
dans la narine
la fiancée des mots du
tomawak
je me souviens Jean-Marc
l'écaille acide
la lumière de tes veines tes venins
comme lorsque tu es venu fumer
devant ma porte
les mots nos antidotes
tombés devant la porte
comme des souches
les méandres des volutes
et le piaillement des oiseaux
des mots tombés du nid
le slip qu'il faut changer avant qu'il
ne jaunisse
c'est la lèvre qui mange l’œil
et l’œil qui mange la lèvre
en cette commissure où Eve
pendait le ruban des mouches
des jaunes d’œuf étalés
griffonnés sur les murs
un lichen écorchant la mémoire
des mots glissant
comme le panier de Moïse
sur les eaux
le mort jeté dans l'océan qui revient
vers la source
et l'océan où se rencontrent enfin
ma Loire et ta Seine
le serpent qui se mord
la queue.

T.G. »

En outre, « Et les mégots du ciel », de Thomas Grison et Jean-Marc Thévenin est préfacé par Eric Simon, la préface de la préface et la 4e de couverture étant de Christine de Rosay.

L'illustration de couverture est de Pascal Ulrich et le frontispice de Michel Marnat.

Si vous souhaitez en savoir sur « Et les mégots du ciel », qui est vendu au prix de 15 €, contact auprès de l'éditeur, Robert Roman : romanrobert60@gmail.com 

"Natures", de Jean-Marc Couvé et Patrick Rana-Perrier


« Natures », de Jean-Marc Couvé, publié en co-édition par les « Cahiers A l'index » et « Editinter », est un livre écrit en collaboration avec Patrick Rana-Perrier.

Ce livre, illustré avec élégance par les photographies en noir et blanc de Patrick Rana-Perrier (dont celle de couverture) constitue un hymne au corps de la femme nue qui est vu dans un décor naturel et suscite l'attrait sexuel.

Je précise, pour celles et ceux qui n'auraient pas compris, qu'il n'y a rien de vulgaire dans ces pages. C'est plutôt le retour à la poésie courtoise du siècle de Ronsard, avec l'écriture si caractéristique de Jean-Marc Couvé, qui contient moult jeux de mots, dans le plus grand respect du corps féminin.

En effet, le style de Jean-Marc Couvé, qui se réfère à l’œuvre d'Alphonse Allais, et qui est assumée par l'auteur, loin d'apporter des calembours et d'alourdir la matière aimée, accentue la douceur de ces apparitions naturistes.
C'est pour moi le tour de force de ce livre.

Quant aux photographies de Patrick Rana-Perrier, elles sont impeccables.

« Natures » est préfacé par Jean-Claude Tardif et postfacé par Georges Chapouthier, qui fait remonter le goût du beau chez l'homme à son attirance pour un partenaire sexuel.

Extrait de « Natures » :

« Île est manne ?…

Il émane
Rayant corps seize entrelacs z'être-anges
d'ombres portées, ces feuilles
où mots d'ailes s'effeuillent

Art brelan d'as tard t'es
tonnant corps en corolle

Arrondi de la chair qui ploie corps – on prend date
Île est : Man Ray, encore
Un clin d’œil photographe ?
Hic et nunc. Un clic et un cliché me renvoie
au corps insondable.
Au soleil d'entre-bras,
chat – l'heur entonne, âme où
rire est propre aux deux sexes »

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Natures", de Jean-Marc Couvé et Patrick Rana-Perrier, qui est vendu au prix de 15 € (+ 4 € de port), vous pouvez contacter Jean-Claude Tardif, qui anime la revue "A l'Index", à l'adresse mail suivante : revue.alindex@free.fr ou l'auteur, Jean-Marc Couvé :jeanmarc.couve@gmail.com

lundi 27 novembre 2017

"Le caractère sacré", de Xavier Frandon


« le caractère sacré » de Xavier Frandon, est son deuxième recueil de poésie, publié cette fois-ci par les Éditions du Cygne, après « L'adieu au Loing », édité par le Citron Gare en 2016.

Assurément, ce livre ne se laisse pas résumer facilement. Il résiste à l'analyse habituelle et sa valeur poétique vient en partie de la richesse de climats qu'il développe, faisant alterner le chaud et le froid, l'ironie et le sérieux, la provocation et la gravité.

Premier constat : comme dans « L'adieu au Loing », « Le caractère sacré » se compose de poèmes mesurés, qui, souvent, sont des sonnets.

Ce format d'écriture convient à merveille à l'auteur qui n'a même pas besoin de faire rimer les mots pour composer des poèmes qui soient en vers que l'on dirait classiques. D'où leur caractère rythmé qui donne au style de Xavier Frandon son originalité inimitable. Pensez-vous : en 2017, des poèmes dont on sent qu'il ne peut s'agir de proses découpées en vers !…

Deuxième constat : derrière la variété et la richesse du champ lexical, en définitive, le lecteur finit par se convaincre que le principal sujet de ces poèmes est la poésie et le poète, ce qui est confirmé par la 4e de couverture.

Mais là où, la plupart du temps, on tombe dans la tautologie primaire, du style « la poésie est la poésie » (bien joué les gars, j'y aurais pas pensé!), avec Xavier Frandon, le lecteur ressent une sincère préoccupation de faire rentrer la poésie dans d'autres mondes que le poétique.

Il y a aussi ce réflexe pour le poète de se planquer, qui sait, par pudeur, derrière la variété de ses mots. On sent toujours ce bougé de l'auteur qui n'a pas envie d'être saisi, ce qui ne peut que plaire à un lecteur peu amoureux des évidences...

Extrait de "Le caractère sacré", de Xavier Frandon :

"Je suis trop matérialiste ce soir pour écrire
Un roman - une buse sur un poteau au bord...
De l'autoroute - un oignon émincé dans sa peau
De discours - mon dieu que je m'en veux de m'étendre !

Si on ne me publie pas, on ne me publie pas
Mes textes, et rien d'autre quand je m'en irai
J'espère aurais-je ce choix de vous dire encore comme
Je vous aime, mes alter ego, mes flashs amers...

Je dis : ;;; la mer, et je dis les oiseaux, ... mais il
Fait nuit, c'est... le soir poussé à sa limite
Et je m'y assagis... à cause de la fatigue.

Il y a peut-être.. un autocrate, qui, de son dédain,
Nous appelle avec raison. S'il le pense... au fond...
Ce soir je pense que la poésie... est très grave."

L'illustration de couverture est de MAAP.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Le caractère sacré », de Xavier Frandon, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de son éditeur, http://wwweditions.ducygne.com/

"Absent présent", de Damien Paisant


Premier recueil de Damien Paisant, publié par les Editions Abordo, « Absent présent » est parfaitement résumé par son titre.

Peu importe qui est l'absent, pour le lecteur.

Ce qui est important, c'est de constater que, tantôt l’absent semble s'oublier, tantôt il semble être recherché par le je du texte. Il n'en reste pas moins que la jonction entre les deux entités ne s'opère jamais.

Divisé en trois parties, ce livre de petit format comprend 50 poèmes, qui sont traversés par un même courant de déni, ou d'obsession éperdue.

Le style de Damien Paisant étonne par ce refus, qui apparaît, de se laisser embarquer par la valse des sentiments, qui servirait de traitement trop facile à la perte.

Le ton est parfois dur. Il arrive aussi que le vocabulaire de la religion soit utilisé, chose assez rare dans la poésie actuelle. Mais ce n'est pas pour susciter la pitié, mais pour éloigner les tentations de facilité.

Il y a enfin dans ces poèmes le refus du trop plein d'images, auxquelles sont préférées des expressions plus abstraites.

Extrait de « Absent présent » :

« Déshabillé par des jours impudiques
j'ai perdu
ce qui me tenait de jeunesse
et qui me protégeait du froid

Aujourd'hui je cherche
à m'habiller autrement

gagnant à mieux connaître
le soleil d'hiver
et ses longues mains
qu'il me tend.

Le salut reste peut-être
un moyen de renaître

un moyen de ne vieillir
qu'en surface

les traits marqués
par une profonde nudité. »


Si vous souhaitez en savoir plus sur « Absent présent », de Damien Paisant, qui est vendu au prix de 9 €, rendez-vous sur le site de son éditeur, Abordo : http://www.abordo.fr

vendredi 24 novembre 2017

"La vie comme elle va", de Sophie Desseigne

Publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "La vie comme elle va", de Sophie Desseigne, est une suite de courts poèmes en vers libres, qui prennent "La vie comme elle va".

En effet, ces poèmes sont écrits à partir de l'observation des personnes rencontrées dans la vie courante ou des scènes vécues au jour le jour.

Même si quelques poèmes sont sans doute un peu trop faciles (mais qui n'en n'écrit pas ?), l'auteur sait parfaitement saisir la poésie d'une situation en la résumant d'un trait.

Et, comme le dit Christian Degoutte dans sa préface, cela va d'ailleurs un peu plus loin : le trait n'est pas extérieur ou superficiel, il peut être également, et par exemple, critique des maladies contemporaines (racisme, intolérance). Bref, ce genre de poèmes qui visent plus juste que de longs discours. Du net qui se lit bien.

Extraits de "La vie comme elle va", de Sophie Desseigne :

"Segmentés détaillés
déportés charniers
sans-papiers déplacés
réfugiés
la solution finale
s'est banalisée."

Et :

"Les âmes blessées reposent
sur un transat au bord de la piscine
elles font des exercices
de retour au monde
parfois l'éclat d'un massif de fleurs
les éblouit par sa beauté
et elles repartent fragiles et trébuchantes
sur le chemin de la vie."

La quatrième de couverture est d'Yves-Jacques Bouin et l'illustration de Virginie Fidon.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "La vie comme elle va", de Sophie Desseigne, qui est vendu au prix de 6 €, rendez-vous sur le site de la revue Décharge : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

"Un début de réalité", de Marc Guimo

Publié dans la collection Polder de la revue Décharge, "Un début de réalité", premier recueil de poésie de Marc Guimo m'a particulièrement plu, car déjà - ce n'est pas si souvent - il prend place dans la réalité commune : celle du monde du travail.

Même si parfois difficile à supporter, il existe et il ne faudrait donc pas l'oublier dans le décor. Alors, bien sûr, Marc Guimo n'est pas tendre avec lui. Il fustige son hypocrisie congénitale, mais montre comment on peut essayer de résister à ça (sans justement résister !).

Dans "Un début de réalité", l'auteur tient compte également du rôle joué par les nouveaux modes de communication (Internet, ordinateur), enfin, façon de parler, puisque ces modes de communication ont tendance à tenir les hommes un peu plus à distance les uns des autres.

Malgré tout, le monde des écrans peut générer une nouvelle poésie : celle des fantômes, ou des cadavres, celle aussi des raccourcis  qui tuent. Et c'est ce savoir-faire ironique et rempli de dérision que l'auteur nous invite à voir dans "Un début de réalité".

Le style de Marc Guimo est coupant, comme gauchi par les nouvelles technologies, et revêt aussi l'habit abstrait de l'immatériel.

En voilà donc, de la vraie poésie urbaine !

Extrait du recueil : "RDV avec une autre réalité"

"Cet homme a RDV dans un bureau
Ce n'est pas un RDV sympathique ni érotique
Les scénaristes n'avaient pas assez fumé
Et aucun des deux personnages n'avait fumé
Cet homme commençait à le regretter
   profondément
Le problème du RDV mal préparé
Quand on y est
C'est qu'on ne peut pas demander à sortir
Faire une pause
Pour fumer et se détendre
On ne peut pas non plus compter
Sur des drogues plus précises
Qui sont restées dans un tiroir dans un autre
    bureau
On est nu et de plus en plus nu
Quand vient le tour de parler
On a des choses à dire mais il ne faut pas les dire
En 2016, dans 8 m² de bureau en France
On n'est pas en sécurité
On est dans une fiction qui écrase toutes les
   autres
Où la qualité de vie dépend de quelques mots
Certains jouent mieux que d'autres
Comme s'ils étaient nés dans un bureau
Mais cet homme est né à l'ancienne
Il a du mal à donner ce qu'on veut
Il voit d'autres scénarios
Il a envie d'écrire et de réécrire la scène
Ecrire qu’il va sortir du bureau
Sans une seule trace d'écrasement".

La préface de "Un début de réalité" est signée de François-Xavier Farine.

La couverture est de Jaya Suberg.

Si vous souhaitez en savoir plus sur "Un début de réalité", de Marc Guimo, qui est vendu aux prix de 6 €, rendez-vous sur le site de la revue Décharge : http://www.dechargelarevue.com/-La-collection-Polder-.html

mardi 14 novembre 2017

« Le poids du monde », de Marlène Tissot


Publiée en 2014 par les Éditions Lunatique dans sa collection « 36e Deux Sous », puis rééditée en 2017, « Le poids du monde », nouvelle de Marlène Tissot, a obtenu cette année le prix Livresse, décerné par le lycée Corduan de Royan.

Derrière son apparente simplicité de lecture, « Le poids du monde » contient une analyse très fine des entrelacs de la pensée du personnage principal, analyse qui n'a rien d'artificielle et qui s'inscrit dans la réalité vécue.

Du point de vue du style, il n'y a rien à jeter. Tout y est, même l'ambiance.

Ce qui fait plaisir, c'est de constater que cette nouvelle, qui traite du sombre problème contemporain de la misère due au chômage et du déni de soi qu'il provoque, a obtenu un prix décerné par de jeunes lecteurs.

Histoire de dire que personne n'est dupe de la situation actuelle, même si elle n'est pas précisément belle.

Voici comment commence « Le poids du monde », de Marlène Tissot, histoire de vous mettre illico dans le bain.

« Il y a cette petite baraque, là-bas, au milieu d'un jardin abandonné. Les volets sont fermés, certains sont cassés. Une vieille pancarte indique « A VENDRE ». La peinture s'écaille. Personne n'a l'air de s'y intéresser. On la regarde à chaque fois qu'on passe par ici. Lili dit que ce serait chouette une maison comme ça avec un bout de jardin. Ouvrir les fenêtres le matin et ne plus avoir ces foutus entrepôts en guise de paysage. On pourrait même planter un cerisier. Elle sourit. Je ne sais pas comment elle fait pour rêver si facilement, Lili. Moi, je n'y arrive plus depuis longtemps. »

L'illustration de couverture est de l'auteur.

Pour en savoir plus sur « Le poids du monde », de Marlène Tissot, qui est vendu au prix de 5 €, rendez-vous sur le site de son éditeur, http://www.editions-lunatique.com/marlene-tissot