mardi 10 janvier 2017

"Dopamine et consœurs" de Christophe Lévis



Edité par l'Harmattan dans la collection "Poètes des cinq continents" et préfacé par Christian Saint-Paul, "Dopamine et consœurs", de Christophe Lévis, restitue avec précision les vibrations d'ordre sismique éprouvées plus ou moins par chacun d'entre nous, et qui nous font osciller entre désespoir et révolte.

Ainsi, les préoccupations de l'auteur débouchent sur celles de la plupart des gens, qui, même s'ils ne s'en rendent pas compte, essayent de continuer à vivre dans un monde de plus en plus violent, livré par exemple aux extrémismes religieux ou politiques d'une minorité de personnes.

Le style de Christophe Lévis, qui tend à se décanter au fur et à mesure des publications, n'a heureusement pas perdu de sa puissance peu commune.

Extrait de "Dopamine et consœurs" :

"la cataracte scindée par trop
de gel
j'écorche ma langue
à vous dire pourquoi
ce soir il neige
sur les élans novices
du palefrenier grossiste
vendeur de merde et de purin
et les gosses en redemandent
enfilent leurs doigts dans les prises
délirent à droite
délirent à gauche
vont et viennent
prêcher la rage
comme de petits rats crevés
ils dérivent
seuls
dans des courants alternatifs
j'ai mal"

Pour en savoir plus sur "Dopamine et consœurs" de Christophe Lévis, qui vendu au prix de 10 €, contact sur le site de l'éditeur (ce livre peut être commandé en librairie également) : http://www.harmattan.fr/

"Espaces de respiration", de Séverine Langlois


Édité par « Le Manège du Cochon Seul », « Espaces de respiration », premier recueil publié par Sévérine Langlois, montre une écriture originale, s'agissant de la façon dont la réalité est appréhendée.

En effet, si la nature est apparemment très présente dans ces poèmes, il ne s'agit pas d'une nature « naturelle », mais plutôt organisée par sa décoration.

Il y a plusieurs indices permettant de caractériser cette organisation de l'espace : emploi de verbes à l’infinitif, ambiance ludique, présence de fées, de princes, bref, de personnages qui ne sont pas là par hasard, à l'exemple de cette rockeuse qui se met en scène dans l'un des poèmes publiés.

Les mots « théâtre » ou « rite » sont également employés.

Ainsi, cette animation de l'espace contribue à le rendre plus vivant, lui donne des couleurs, le protège. Il permet, en fin de compte, au sujet du poème d'y respirer, donc d'y vivre. C'est aussi une manière d'aller de l'extérieur à l'intérieur de soi-même.

Extrait de ces « Espaces de respiration », de Séverine Langlois :

« Femme dans le train

Assise sur le côté gauche de la banquette
dans le sens inverse de la marche du train
elle laisse un espace entre la fenêtre et elle

Un livre occupe cette place libre
Dehors, l'orage a fini son courroux.

Le train file vers un ailleurs
La femme à chapeau a revêtu sa robe noire
Son col remonté ne laisse pas deviner
le teint de sa peau
Elle ose livrer ses mollets puissants et croisés

Toute entière fermée au monde
elle relit son texte
elle sait parfaitement les césures
les espaces de respiration

Son chapeau la protège des lumières artificielles
dans le paysage des villes

Elle continue à penser
qu'il existe un moment dans la nuit
où le temps s'immobilise en même temps
chez chacun de nous

un moment où l'inspiration cesse et
l'expiration reprend
cet espace où
le corps habite le silence

Elle pourrait reprendre le train suivant
dans le sens opposé

L'idée de quitter le confort moelleux de ce wagon
est difficile

aussi difficile que de quitter
cet espace-temps où
le monde se lie
dans la fragilité et la puissance d'une seconde ».

J'ajoute que le livre est préfacé par Stéphanie Bara et que l'illustration de couverture est une photographie de Pierre Bastide.


Pour en savoir plus sur « Espaces de respiration », de Séverine Langlois, qui est vendu au prix de    10 €, vous pouvez contacter l'éditeur : Le manège du Cochon Seul Éditeur, 8 rue des Grands Champs 58000 NEVERS.

samedi 7 janvier 2017

"Dans la course, hors circuit", de Murielle Compère-Demarcy


"Dans la course, hors circuit", de Murielle Compère-Demarcy, vient d'être édité par les Editions Tarmac, dans la collection "Carnets de route".

Illustré par Jacques Cauda, cet ensemble de poèmes retranscrit les rapports sociaux de travail existant entre exploités et patrons dans une perspective résolument tectonique. 

Autant dire que ce n'est pas de rigolade, car malgré tous les efforts des médias pour présenter la chose de manière agréable, la lutte des classes existe toujours, même si elle n'oppose, en définitive, que des pauvres aux riches.

Ces frictions sociétales se répandent hors du monde du travail, dans la société toute entière, par la supériorité de la vitesse numérique sur l’adaptation des lois.

Et au milieu de tous ces impératifs de productivité, l'être humain, lui, survit comme il peut, avec ses ennuis plus ou moins personnels, les maux hérités de sa condition, à la fois "Dans la course" et "Hors circuit".

Malgré cette présentation de fond, n'allez pas croire que le texte de Murielle Compère-Demarcy ne serait pas poétique.

Bien au contraire, à travers d'amples poèmes (de plusieurs pages), il déploie ses images en rythmes, tout à son sujet, sans chercher à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Extrait de "La fatigue de l'effeuillée"  (le début) :

"Le monde marche nos têtes sur le sol
à l'envers
une veste de soleil & de pluie
en peau retournée de velours
brûlant ou douche froide
abats de nos apparences
on en oublie fatigués
de numéroter nos abattis

Le monde marche affublé de nos lunettes de soleil
à brûler la peau ce soleil glacé
la boule à zéro en plein ciel
nos rêves arrachés de sous nos paupières
en plein cœur
décollés de nos rétines
l'espoir dénudé
balayés d'un revers de main
la mer pourtant au bout
de la rue de l'image
sur le transat d'un Atlantique accroché
à des escales pas claires de capitaines Fracasse
version 21e siècle
fracassés sur des digues
à la ramasse
leur faux Atlantique accroché
aux climats délétères des voiles de fatigue..."

Pour en savoir plus sur "Dans la course, hors circuit", de Murielle Compère-Demarcy, qui est vendu au prix de 8 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : http://www.tarmaceditions.com/

"C'est assez", de Josiane Gelot



"C'est assez", de Josiane Gelot, illustré par Patrick Bachs, est un bref recueil autoédité, que j'ai trouvé particulièrement réussi, avant tout pour son rythme d'écriture, et le rapport existant entre textes et images, tout autant rythmé.

En résumé, on sent qu'une histoire progresse ici dans l'espace de la page (en format paysage).

Et ce texte bref, mais dense, se lit avec facilité, ce qui participe du plaisir de le découvrir dans le flux de la lecture.

Le titre de "C'est assez" est un jeu de mots, car il renvoie au terme de "tas", dont il est question.

On pourrait même y voir le terme de "cétacé", tant les tas, avec leur balourdise, ne représentent pas a priori, des objets poétiques. Et pourtant si, justement ! Car tous les tas ne sont pas uniformes, il y en a de plusieurs sortes...
D'ailleurs, même si cela est moins drôle, le tas est tout ce qui reste de nous, une fois morts.

En voici un extrait :

"Voyez les dunes, là-bas...

Dunes du nord
Geste de sable
Sable salé verdi
Herbe ensablée blanchie.

Leur dos bien peigné
leur élégance paysagère
Ce drapé noir
Terribles terrils...."

Mais je ne vous en dis pas plus sur ce poème (car "c'est assez !")... Si vous souhaitez vous procurer "C'est assez", de Josiane Gelot, le mieux est d'écrire à l'auteur : josiane.gelot@orange.fr

"Carnets d'un petit revuiste de poche", de Jacques Morin


Ma première chronique de l'année 2017 sera pour le "Carnet d'un petit revuiste de poche", de Jacques Morin, édité par "Les Carnets du Dessert de Lune".

Comme cela est expliqué sur la feuille volante qui l'accompagne, ce petit livre est reçu en bonus pour les abonnés de la revue "Décharge".

Je ne sais pas si ce carnet parlera autant au "simple" lecteur et "auteur" de la revue qu'il a pu me parler, alors qu'animant "Traction-brabant", je suis confronté en partie à des contraintes similaires.

Il le faudrait pourtant, car il me paraît préférable que les auteurs, de façon à ce qu'ils gardent les pieds sur terre, se mettent à la place de ceux qui les publient.

Et dans ces quelques pages sont expliquées très clairement les caractéristiques de l'oeuvre de revuiste.

Son rapport au temps, toujours contraint, la revue qui imprime sur le revuiste son rythme de vie, le revuiste, également poète, qui n'est plus auteur dans la tête des poètes qu'il publie, quand il devient revuiste, le revuiste qui doit garder la tête froide face aux auteurs qui ne comprennent pas pourquoi tel ou tel texte est mis en avant, qui, bien évidemment, n'est pas représentatif de leur style d'écriture à eux, etc...

Avec son petit format de type bréviaire, le "Carnet d'un petit revuiste de poche" est un livre de résistance, à porter sur soi, et à relire à chaque fois que la foi décline ou que le temps court plus vite que nous.

Extrait de ce "Carnet", et son texte le plus évident à mes yeux :

"Le revuiste travaille sans cesse sur le temps. Chaque numéro est un bras de fer. Il faut en venir à bout tous les trimestres. Ainsi passe année après année. Cette relation au temps est fondamentale, presque pathologique. Il faut tenir coûte que coûte. On sait qu'au moindre décrochement, à la moindre faiblesse, c'est foutu. On ne s'en remettra pas."

L'illustration de couverture est de Claudine Goux et la 4e de couverture de Claude Vercey.

Pour en savoir plus sur ce "Carnet d'un petit revuiste de proche", de Jacques Morin, qui est vendu séparément (de l'abonnement à la revue "Décharge") au prix de 5 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur, http://www.dessertdelune.be/

jeudi 29 décembre 2016

« Le ciel du dessous », de Jean Azarel


Publié dans la collection « Sur le billot » des éditions « La Boucherie littéraire », « Le ciel du dessous » est un beau texte de Jean Azarel, qu'il convient toutefois de relire pour mieux le saisir.

Inspiré, selon les termes de l'auteur de la saga de Kerstin Ekman, « Les brigands de la forêt de Skule », « Le ciel du dessous » est également un remake à l'envers de « la Divine comédie » de Dante.

Quand je dis remake, ce n'est pas vraiment ça. Les morts-vivants dont parle Jean Azarel ne sont pas des personnages identifiables, contrairement à ce qui se passe dans le poème de Dante.

Quand je dis à l'envers, c'est parce que l'on commence par « le ciel du dessus », pour continuer par « le ciel du milieu » et pour finir par « Le ciel du dessous ». Donc, ici, on passe du paradis au purgatoire, avant de finir par l'enfer.

De plus, le ciel de Jean Azarel n'est pas très religieux. C'est plutôt l'inverse. Même le paradis est sensuel, et les vivants sont surtout des vivantes, voire, une vivante.

Et l'enfer du ciel du dessous – mais est-ce lui, justement ? - sert d'aboutissement à ce voyage en plusieurs dimensions.

Les poèmes qui composent « Le ciel du dessous » sont courts (10 vers maximum), leurs vers également et s'ils n'ont pas de formes préconçues, leur gabarit général est toujours à peu près le même.

D'ailleurs, tous ces poèmes disent le bonheur de la jouissance dans l'instant, avec un brin d'exubérance surréaliste, caractéristique du style de leur auteur.

Extrait de « le ciel du dessous » :

« Veines de ton gouffre
scarifié par l'entre-deux,
la blancheur sacrificielle
de tes fesses nues,
une maison bombée de granite
jaunie par les genêts,
que la main secourable
de l’innommé
a poudrée d'or. »

Pour en savoir plus sur « Le ciel du dessous », de Jean Azarel, qui est vendu au prix de 12 €, vous pouvez aller rendre visite au site de son éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr/

Ce livre est disponible sur commande dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

mercredi 28 décembre 2016

« Monodies », de Stéphane Branger et Marc-Albéric Lestage


Une fois n'est pas coutume. Je chronique ici un document sonore, et plus exactement un EP : un CD audio d'une durée d'environ une demi-heure, qui est composé de 5 titres, intitulé « Monodies ».

Stéphane Branger et Marc-Albéric Lestage, les auteurs des textes, et Marc-Albéric Lestage, aux instruments (piano-jouet, flûte bulgare (kaval) et basse), se partagent la voix et les sons.

Sur chaque plage de ce CD, les textes sont dits et non pas chantés, les sons se chargeant de créer une ambiance sonore, parfois répétitive.

J'ai personnellement beaucoup aimé le ton détaché avec lequel est analysée l'influence qu'exercent sur notre pensée les lieux que nous traversons.

Bien sûr, l'opposition est forte entre ville et campagne et c'est ce passage de l'une à l'autre ambiance qui est ici décrit, notamment dans « Cimes et sommets ».

J'ai beaucoup aimé également l'analyse de nature sociologique qui est faite dans « Centre-ville » de la nature des déplacements dans l'espace.

Cette apparente objectivité n'empêche pas la poésie d'exister, sauf qu'elle en sort comme décapée de trop habituelles mièvreries sur la nature (surtout dans l'esprit du « grand » public).

À signaler la qualité de l'enregistrement et la finesse des effets sonores qui contribuent au parfait équilibre entre son et voix.

Pour en savoir plus sur « Monodies » de Stéphane Branger et Marc-Albéric Lestage, qui est vendu au prix de 5 € (pour la vente physique, et 4 € pour la vente numérique sur le site suivant: https://marcalbericlestage.bandcamp.com), plus d'informations sur http://www.monodies.tumblr.com