samedi 12 août 2017

"Je t'écris fenêtres ouvertes", d'Isabelle Alentour


Publié par les éditions « La Boucherie littéraire », dans la collection « La feuille et le fusil », « Je t’écris fenêtres ouvertes », d’Isabelle Alentour, décrit, comme dans une symphonie classique en quatre mouvements, les divers états d’une vie intérieure (et extérieure) marquée par la rencontre, puis la séparation d’avec l’être aimé.

Dans ce livre, le lecteur retiendra avant tout la conscience de son propre corps, qui exprime l’amour, même dans la séparation.

Dans la dernière partie, la pensée de l’aimé va même jusqu’à faire revivre le monde autour.

Extrait de « Je t’écris fenêtres ouvertes », d’Isabelle Alentour :

« Mon cœur à travers la croisée qui rejoint les étoiles
Là où je te pense
Là où     nue
Je te découvre me                              manquant

Et mon bras sans penser qui s’élève et ce geste une main qui approche la peau sans savoir et ce doigt qui effleure d’abord comme s’il n’osait pas ne se souvenait pas et puis qui                             et ce doigt qui se pose sur la bouche et qui touche et qui glisse une lèvre la deuxième et savoure et puis caresse encore et ranime de loin de très loin souvenir enchanté

Le baiser »

Je signale également que ce livre comporte une couverture et un corps de texte tout bleus, qui ajoutent à la classe de l’ouvrage.

Pour en savoir plus sur « Je t’écris fenêtres ouvertes », d’Isabelle Alentour, qui est vendu au prix de 16,50 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur : http://laboucherielitteraire.eklablog.fr

Ce livre est disponible sur commande dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre.

"Loin le seuil", de Fabrice Farre



Publié par les éditions de La Crypte, « Loin le seuil », de Fabrice Farre se compose de courts poèmes en vers libres, qui se transforment parfois en poèmes en prose.

En lisant ce recueil, j’ai l’impression d’assister à la projection d’un film surtout muet. Même si le « je » et le « nous » sont souvent ici présents, ils sont comme étrangers à eux-mêmes et regardent le monde défiler dans une vitrine.

Chez Fabrice Farre, c’est vraiment le sens de l’observation, extérieur, puis intérieur, qui l’emporte sur toute autre permanence des choses et des êtres. Et pourtant, derrière le spectacle qui se déroule sous les yeux de l’observateur, subsiste un regard humain.

Les poèmes de Fabrice Farre, dans leur brièveté, enferment tout un monde qui fait oublier que ces poèmes sont brefs.

Extrait de « Loin le seul », « Réel » :

« La porte s’ouvrira, comme la fenêtre avec le soleil, vous me donnerez à boire après avoir quitté votre chambre. Vous me direz, dans le désert de mes paroles, que je dois mourir de soif. Vous m’aurez salué au préalable, oui, sans vous inquiéter de ma présence ou de mon absence et vous m’aimerez autant que ce qui nous lie l’un à l’autre, à traverser ainsi les jours de lieu en lieu, de visage en visage, en parfaits voyageurs désargentés. »

Les poeysages d’Anael Chadli illustrent la première de couverture, ainsi que les pages intérieures des deux parties qui composent ce livre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Loin le seuil » de Fabrice Farre, qui est vendu au prix de 14 €, rendez-vous sur le site de l’éditeur : http://www.editionsdelacrypte.fr/

"Vivre c'est oublier qu'on est mort", de Fabrice Marzuolo


Publié par les éditions du Contentieux, « Vivre c’est oublier qu’on est mort », de Fabrice Marzuolo est une suite de poèmes en vers libres, qui comporte aussi quelques textes en prose.

Dans ses textes, l’auteur identifie avec exactitude – me semble-t-il – notre place dans la société d’aujourd’hui, celle des assis (de Rimbaud ?), qui sont prêts à gober tout ce qu’on tente de leur faire avaler : c’est la place des bons consommateurs (d'ailleurs, le titre de ce livre résume tout).

Partant de situations quotidiennes, de ce qu’il voit autour de lui ou la télé, Fabrice Marzuolo s’emploie inlassablement à nous désillusionner sur nos pouvoirs : il n’y a pas forcément du désespoir là-dedans, car la conclusion est invariable : on se fait toujours avoir, ce qui ne nous empêche pas de continuer à survivre.

La cible de Fabrice Marzuolo est aussi ces écritures trop certaines de leur confort, qui ne font que relayer notre situation d’esclaves, constat que je partage également. Car une écriture, ce n’est pas que des mots, c’est une vision du monde.

Enfin, dans la dernière partie du recueil, à travers des textes plus longs que les autres : « La conquête de l’espace » et « Immondicités », l’auteur résume ce qui est, pour lui, l’existence humaine : quelque chose de déjà fini dès que ça a commencé.

Net et précis, le style illustre ce propos. La chute des poèmes les ferme comme des sacs bien cousus.
Extrait de « Vivre c’est oublier qu’on est mort », « La danse de Jean-Baptiste » :

« Dans la voiture wagon
du RER système D pire
entre Paris et mourir
musique exotique à fond

que faire – demander de la mettre en sourdine
et dans cette Babel sur rails
provoquer la bagarre générale
à moins de subir – souffrir sa ruine
s’en accomoder
jusqu’à trouver l’ambiance géniale

par manque de tripes
se mettre à improviser une danse du ventre ».

L’illustration de couverture est de Pascal Ulrich.

Si vous souhaitez en savoir plus sur « Vivre c’est oublier qu’on est mort », de Fabrice Marzuolo, qui est vendu au prix de 10 €, contact de l’éditeur : romanrobert60@gmail.com

mardi 1 août 2017

"Encore plus nu", de Jean Azarel

Coédité par "Les Alpes vagabondes" et "Gros textes", "Encore plus nu" de Jean Azarel, est un recueil-programme.

Oscillant entre nostalgie d'une époque (les sixties et seventies) et révolte contre toutes les injustices de ce monde, on trouve dans ce livre pas mal de portraits de femmes libres (ou essayant de l'être), du sexe aussi, et une préférence, du côté de l'écriture, pour les listes, aphorismes, jeux de mots et quelques "private joke" entre auteurs, éditeurs, unis pour la circonstance dans un même poème.

Bref, de la poésie rock, plus chaude que froide, même si les situations décrites (comme celle ci-dessous), font parfois froid dans le dos.

Extrait de "Encore plus nu", de Jean Azarel :

""Road movie trip"

Assis à califourchon
sur la rambarde
de la voie rapide,
deux adolescents
aux vêtements élimés
s'embrassent
en pleurant.
Cheveux ébouriffés
sous un ciel
vanille fraise.
Sur la rambarde
de la voie rapide,
ils regardent
les yeux vitreux,
la langue noire,
la peau cloquée
qu'ils aimaient tant
caresser
de leur copine Sylvie,
étendue un genou plié
sur le bas-côté,
garrot desserré,
expression étonnée,
Bretelle de soutien-gorge
défaite
à portée de
la bretelle d'autoroute,
une seringue
au brouet rougeâtre
restée plantée
dans le bras gauche"

La photographie de couverture, intitulée sobrement "les pieds" est de PI.

Pour en savoir plus sur "Encore plus nu", de Jean Azarel, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site des Alpes Vagabondes : https://sites.google.com/site/lesalpesvagabondes/

"Streets (Loufoqueries citadines) ", d'Eric Dejaeger


Publié par les éditions Gros Textes, "Streets" d'Eric Dejaeger est une suite de 99 poèmes en vers qui décrivent les caractéristiques des rues contenues dans leurs noms.

Par exemple la Rue d'A côté, dans laquelle vont toutes celles et ceux qui n'ont pas envie de retourner au boulot.

Dans chaque poème, l'accent est mis sur l'humour de la situation, comme avec cette rue de Bruxelles, où tous les passants ont envie de pisser (comme le Manneken Pis).

Un recueil de textes bien senti, même si, je l'avoue, je n'aurais pas envie de me retrouver dans beaucoup de ces rues, ayant peur d'être pris dans des pièges implacables.

Extraits de "Streets" :

"67th street

Entre dix-sept heures
& dix-sept heures trente
il est conseillé
de se munir
d'un parapluie
ou de porter
un vêtement imperméable
pour entrer dans
la Rue aux Pots de Fleurs :
c'est le moment 
de l'arrosage."

Et :

"79th street

Seules les personnes
titulaires d'un doctorat
en sodomie
sont habilitées
à pénétrer dans
la Rue de l'Anus.
On n'y a
de mémoire de docteurs
jamais croisé
de femme."

Les illustrations (dont celle de couverture) sont de Jean-Paul Verstraeten.

Pour en savoir plus sur "Streets" d'Eric Dejager, qui est vendu au prix de 10 €, rendez-vous sur le site de l'éditeur : https://sites.google.com/site/grostextes/

mardi 11 juillet 2017

"Civilisé", de Walter Ruhlmann


Publié par les éditions Urtica, « Civilisé » de Walter Ruhlmann regroupe les poèmes issus du recueil qui donne son titre à ce livre, plus d'autres poèmes écrits entre 2005 et 2014.

« Civilisé », mais pas trop surtout, j'aurais envie de dire en lisant ces textes. Ou plutôt, civilisé à contrecœur, à cause d'un héritage pas toujours facile à porter, celui de la famille tout particulièrement, qui nous est plus ou moins commun à tous.

Car les poèmes publiés ici clament leur soif d'une vie intense, loin des codes, obligations sociales et toutes sortes de clichés. Une soif de liberté et d'aventures, bien entendu, qui est vécue comme quelque chose de sombre, par la faute des interdits amassés tout autour.

Il y a pas mal de sexe dans ces poèmes, des souvenirs de fêtes sombres, des portraits de femmes aussi, des souvenirs de mort familiales.

J'aime, en tant que lecteur, cette ambiance crépusculaire et ce sentiment d'urgence qui s'échappe de ces vers.

L'image de couverture est de Norman J. Olson.

Extrait de « Civilisé », de Walter Ruhlmann :

« Famille

La famille craint la fin,
elle suinte la peur ;
elle geint, elle pleure,
elle fait tout pour dramatiser.

Théâtre ambulant,
portes qui claquent,
paires de claques,
fouet, martinet.

Les fils électriques
une ombre ecclésiastique,
les démons et les ogres
déferlent, frappent et cognent
sur le fils éclectique.

Mais la famille relie
le fils indigne,
l'enfant prodigue -
celui fabriqué de ton sperme -
à tes tuyaux, tes souffles, tes yeux, ta peau.

La famille ferme les portes à l'espoir,
l'optimisme n'est pas de rigueur ;
la rigueur est tout ce qu'elle a à cœur
et son credo,
son hymne,
son fait,
se résume à la règle de l'endurance,
de marche ou crève,
du pain rassis et des souffrances
affrontées et digérées.
Endurées. »

Pour en savoir plus sur « Civilisé », de Walter Ruhlmann, qui est vendu au prix de 7 €, contact  : wruhlmann@gmail.com

lundi 10 juillet 2017

"Les agrès du plaisir", de Robert Roman


Publié par les éditions du Contentieux, « Les agrès du plaisir », de Robert Roman est consacré au sexe très brutal. 

Peut-être inspiré par des photographies d'un monde post-industriel (merci les usines fermées...), les textes qui composent « Les Agrès du plaisir » - une nouvelle et trois brefs pavés en prose (des « embuscades ») - semblent se dérouler dans ces lieux d'outre-tombe, voués à la mort autant qu'au plaisir, destinés à de véritables séances de torture en même temps que de plaisir.

Politiquement pas très correct, « Les agrès du plaisir » remplit son objectif : décrire les choses sans y mettre du romantisme, ou alors, il sera très gothique. Quant à savoir s'il y a là-dedans de l'humour au dixième degré ou pas du tout, je vous laisse juges.

Extrait de « les agrès du plaisir », de Robert Roman :

« Deuxième embuscade

Tapis. Deux experts du fondement. Un couple de narines aux frémissements dilatés. Grand écart animal. Chutes d'airain . Nombrils en creux. Une envie de starting-block à l'extrémité des talons. La sueur se déplace dans le repli des peaux. Le mascara vacille. Titube un vagabond nocturne. Son air penché a séduit. Feu ! Nos sloughis s'élancent. Placage en règle et bâillon de rigueur. Les haillons dispersés se tendent vers les étoiles. Des doigts de fer se vissent dans le fessier. Un dard anxieux féroce le passage, visite les muqueuses, possessionne l'intérieur, travaille l'empalement. Le rouge et le blanc s'entremêlent dans un tournoiement de filaments Mouvement de croupes. Le premier se rétracte. Le vagabond, allégé ; esquisse un regard de plaisir. Son orifice murmure une prière secrète. Le second l’enfourche et l'exauce. E pal devient câlin, sa semence, une douceur. Retrait. Son postérieur déborde. Ils ont disparu.

Un vent chaud souffle dans on entaille. »

L'illustration de couverture est de Pascal Ulrich. Les photographies des pages intérieures sont de l'auteur.

Pour en savoir plus sur « Les agrès du plaisir », de Robert Roman, qui est vendu au prix de 5 €, contact : romanrobert@gmail.com